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08.07.2007
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Du spirituel au temporel

Posté le 23.04.2008 par auto23652

Du spirituel au temporel


Le 10 Juin 2008 - (E.S.M.) - Comment rester chrétien dans ce monde sans Dieu ? m’a demandé, ce matin, ce jeune garçon. Quelle étrange question ! Et comme elle est révélatrice d’un état d’esprit, d’une mentalité, je dirais presque, si je n’avais pas peur de galvauder un beau mot, d’une tradition de défaite.

Sainte Jeanne d’Arc -

Du spirituel au temporel

« Entrez, tout est vôtre ! »

Comment rester chrétien dans ce monde sans Dieu ? m’a demandé, ce matin, ce jeune garçon. Quelle étrange question ! Et comme elle est révélatrice d’un état d’esprit, d’une mentalité, je dirais presque, si je n’avais pas peur de galvauder un beau mot, d’une tradition de défaite. Posée ainsi, la question est sans réponse. Je ne sais pas, mon jeune ami. Débrouillez-vous ! Demandez à Dieu qui vous a jeté dans ce monde où Il n’est pas. Moi je n’ai pas de recette pour me sauver tout seul, pour rester comme vous dites, chrétien. Quel est donc ce christianisme auquel vous tenez tant ? Que vous avez si peur de perdre ? Que ce monde sans Dieu pourrait vous enlever ?

Si c’est un lien personnel, exclusif, entre le Christ et vous, comment voulez-vous que le monde, et surtout le monde sans Dieu, vous l’enlève ? Que peut contre Dieu un monde sans Dieu ?

Mais si cette crainte vous habite, n’est-ce pas que ce prétendu lien avec Notre Seigneur n’est en réalité qu’un lien avec une image de vous-même ? Ou avec vos idées, que vous appelez votre doctrine ? Pire encore, avec une morale, une habitude, des réflexes ou quelques rites ? Tout fout le camp, monsieur ! Les conventions mondaines comme la cuisine, la tenue vestimentaire, la coupe de cheveux et le catéchisme. Dans cet écroulement, vous voulez garder votre foi, « rester chrétien », comme si cette foi était conditionnée par ce monde !

- Que m’importe, m’a dit cet excellent ecclésiastique, que m’importe au fond, que s’écroule cette société ? Je ne suis pas de ce monde. Ma patrie est au Ciel. C’est l’Église, et l’Église seule, l’Église universelle qui a les promesses de la Vie éternelle… Tout le reste est poussière. Regardez l’Apocalypse… Les églises jadis florissantes, où sont-elles ? Plaçons donc où il convient notre espérance.

Nous étions au soir du 30 mai, fête de saint Ferdinand, le roi victorieux des Maures, et de sainte Jeanne d’Arc… J’ai senti bouillir en moi une vraie colère, un torrent débordant d’indignation, une de ces « gueulantes mémorables » qui, dans mon jeune temps, me ravissaient en m’assourdissant quand j’entendais, soit à la maison, mon père, soit dans son bureau, Jean Ousset – un autre père, en quelque sorte – tempêter contre ce nihilisme à prétendue couleur chrétienne, et défendre, les larmes aux yeux et le tonnerre dans la voix, « les pauvres honneurs des maisons paternelles ».

J’ai mieux compris, du coup, cette formule volontairement scandaleuse du jeune Maurras, quand il écrit d’Athènes à monseigneur Pénon, son maître et ami, sa « détestation du christianisme ». Je me suis même interrogé pour savoir si le poème mystérieux Optimo sive Pessimo, « Essence pire que le pire / et meilleure que le meilleur », dont certains disent qu’il était adressé à une femme, d’autres à la France, n’était pas, en réalité, un cri d’amour et de colère, en même temps, à cette religion chrétienne avec laquelle il a tant débattu, pour, à la fin, rendre les armes dans l’Église, sous le regard de sa mère, « Charles, tu feras comme moi… »

Ce n’est pas un long fleuve tranquille, la vie chrétienne ! Cet écartèlement entre le rien, le Nada des mystiques, la théologie négative qui habitait Thibon, et le Tout, qui donne au moindre caillou du chemin la lumière du paradis.

Dites-moi, plutôt, jeune homme, comment nous pourrions, d’un monde sans Dieu, faire une société chrétienne. Dites-moi, Monsieur l’Abbé, pourquoi le Ciel – la Cour céleste – les puissances surnaturelles, les saints et les anges sont venus s’occuper de rétablir sur son trône et faire sacrer à Reims un roi plutôt qu’un autre… pourquoi elles ont suscité, en France, une vierge politique et militaire, qui fait la guerre et choisit son parti, et qui remporte des victoires militaires, politiques sans délivrer d’autres messages surnaturels que le service du Roi de France, qui est le lieutenant du Roi des Cieux ?

Autant vos premières questions, ou réflexions, « rester chrétien dans un monde sans Dieu »… contempler le néant des cités temporelles… conduisent à la tristesse des impasses, au romantisme du désespoir, et, en définitive, à la pose insupportable de l’ermite gros et gras réfugié dans son fromage, et disant aux malheureux qui viennent lui demander un secours temporel : « Ces choses-là ne me concernent plus », autant saint Ferdinand et sainte Jeanne d’Arc ouvrent l’esprit, le cœur, l’âme à un chemin magnifique… chemin de guerre, de luttes, d’épreuves, mais chemin de joies, de rire, de compagnonnage, une vie de soldat, c’est-à-dire, une vie de jeunes gens, qui risquent leur peau, leur réputation, leur liberté, et, bien sûr, leur pauvre argent, et, donc, sont obligatoirement joyeux.

Tout habités qu’ils sont de leurs amours, ils ne cherchent pas à savoir s’ils vont rester chrétiens, puisqu’ils sont nés « soldats du Christ »… Ils ne se posent pas la question des rapports difficiles du politique et du religieux, du temporel et du spirituel, s’ils vont agir dans le monde « en chrétien », ou « en tant que chrétien » si c’est la société qui doit être chrétienne ou si ce sont eux, qui doivent, dans la société, être chrétiens… puisque tout est à eux.

« Entrez, tout est vôtre ! »

Dans ce cri de guerre et de victoire de Jeanne à Orléans, est contenu l’élan de la vie du vrai chrétien. Tout, absolument tout, Salomon dans son or et sa pourpre et Job sur son fumier, la sagesse de Platon et d’Aristote comme « l’Évangile des quatre Juifs obscurs », la nudité du pauvre d’Assise et la débauche d’or et d’argent de l’Église du Gesú, le dépouillement de saint Bernard et la richesse de Suger, la bourgeoise aisance des époux Martin comme la misère du cachot de Bernadette. Tout, oui, tout, et dans ce tout, on ne voit pas que l’Église ait jamais renié, méprisé, négligé le temporel. « L’Église, disait Jean-Paul II, est toujours l’Église du temps présent. » Ni une secte de purs hors du temps et du lieu, ni une association de nécrophiles refusant de quitter le carré illusoire de leurs morts et de leurs regrets, ni un club de rêveurs habitant la bulle d’un avenir dessiné dans leurs songes, ni une horde d’animaux errants dont le museau ne s’élève pas au-dessus du derrière de celui qui court devant, mais une société d’êtres humains, qui, selon les mots de Benoît XVI, « offre le témoignage de la communion ».

« Cette réalité, disait le Pape, le 18 mai dernier à Savone, ne vient pas d’en bas » mais est un mystère qui a, pour ainsi dire, ses « racines au Ciel » précisément en Dieu un et trois. C’est lui, en lui-même, l’éternel dialogue d’amour qui, en Jésus-Christ, s’est communiqué à nous, qui – et là, c’est moi qui souligne – « est entré dans le tissu de l’humanité et de l’histoire pour le conduire à la plénitude ».

Y a-t-il une plus belle et plus autorisée parole pour nous confirmer que la route de l’histoire des nations et, donc de notre combat temporel, politique, culturel, et s’il le faut, militaire, est notre vrai chemin de paradis ?

Que, si nous sommes, bien sûr, des serviteurs inutiles, nous sommes des serviteurs nécessaires, et qu’il est de notre devoir comme de notre honneur de chrétien, d’écrire, autant qu’il est en nous, cette histoire, l’histoire du royaume de France.

Et que tout le reste est littérature.

JACQUES TREMOLET DE VILLERS, avocat français au Barreau de Paris, écrivain et journaliste.


Sources : chronique de Jacques Trémolet de Villers/Article extrait du n° 6607 - E.S.M.

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 10.06.08 - T/Méditations








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Cathos

Posté le 18.04.2008 par auto23652
Les cathos : conviction ou témoignage

"Quand on est catholique et que l'on respecte les règles de la laïcité, on doit pouvoir le faire savoir, sans que cela soit perçu comme une atteinte aux principes républicains
Conviction ? un mot malheureux, qui en cache un autre, qui est d'origine celui-là, le mot témoignage. Les chiffres sont là, je les rappelais tout à l'heure. Nous sommes passés d'un christianisme de chrétienté à un christianisme de témoignage. Un christianisme minoritaire, mais qui n'en est pas moins attirant. Un christianisme qui retrouve petit à petit à l'instigation d'un certain Benoît XVI le sens et le goût de la vérité.
J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé" dit le Psaume. Ce témoignage nouveau prend deux formes spécifiques, deux formes que l'on n'attendait pas forcément : une forme culturelle et une forme liturgique."


par l'abbé Guillaume de Tanoüarn

Henri Tincq, le catho de service au quotidien Le Monde depuis des lustres vient de publier un livre prophétisant le retour des Cathos. Il n'en fallait pas plus à L'Express pour proposer un dossier bien troussé sur ce thème.

On sent quelque chose. Comme un frémissement. Avec son habituelle acribie Ernest Antoine Seillière, ancien président du Medef, a bien défini ce qui se passe : "Quand on est catholique et que l'on respecte les règles de la laïcité, on doit pouvoir le faire savoir, sans que cela soit perçu comme une atteinte aux principes républicains. L'expression de sa foi n'est pas une mode et le fait que Nicolas Sarkozy évoque le religieux est intéressant, car il estime que cela diffuse quelque chose qui 'est pas défavorable à la République. Cela n'a absolument rien à voir avec un phénomène à l'américaine. Il y a dans la société une aspiration profonde à la spiritualité qu'il est difficile de nier"

Inutile de crier victoire cependant. Les chiffres sont toujours en baisse. Il y a eu 344 852 baptêmes en 2006. Il y en avait 421 295 en 1996. Aujourd'hui 32, 5% des jeunes époux se marient à l'église. Il y en avait 41, 4 en 1999. Pas de quoi faire cocorico.

Mais indéniablement cela dit, le vieil anticléricalisme s'essouffle. il n'a plus rien à proposer. Un signe ? L'interview croisée, dans Valeurs Actuelles d'il y a trois semaines, de Alain Bauer, ancien Grand Maître du Grand Orient et de Thibaut Collin, (co-auteur du livre de Nicolas Sarkozy sur la République, les religions, l'espérance). Leur face à face était presque consensuel et ce consensus loin d'être anticlérical ! J'ai senti là quelque chose de vraiment inédit. L'outrance des attaques contre le christianisme (dernièrement avec le Da Vinci Code et un tueur fou appartenant soi disant à l'Opus Dei) finit par suggérer, contre la foi, beaucoup de mauvaise foi.

On sent bien - et L'Express a raison de le souligner - que l'heure est à un retour des Cathos. Mais quel retour ?

Interprétant les signes des temps, Mgr Dagens, évêque d'Angoulême et dont on sait qu'il est candidat non déclaré à l'Académie française, vient de publier aux éditions du Cerf Méditation sur l'Eglise catholique en France. Lui croit à ce qu'il appelle "une communauté de conviction". On sait que ce mot de conviction, depuis le sociologue Max Weber, est un mot chargé, qui légitime l'utopie en politique. il me semble que si les cathos réduisent leur revival à cette représentation sociale d'une utopie politique, emballée de bons sentiments et flirtant sans complexe avec toutes les contradictions au nom de la générosité, ce coming-back risque fort de ne pas nous mener très loin. Il s'agirait au fond sans le dire de continuer, au nom de l'Utopie (Ah ! le joli mois de Mai, il y a quarante ans), la politique préconisée dans les années Soixante dix par le pape Paul VI dans sa Lettre au cardinal Roy (Octogesimo adveniens). Cela signifierait surtout que l'on s'efforcera chez les cathos de donner à une extrême gauche, en pleine inflation verbale, une sorte de crédibilité spirituelle ou évangélique.

Conviction ? un mot malheureux, qui en cache un autre, qui est d'origine celui-là, le mot témoignage. Les chiffres sont là, je les rappelais tout à l'heure. Nous sommes passés d'un christianisme de chrétienté à un christianisme de témoignage. Un christianisme minoritaire, mais qui n'en est pas moins attirant. Un christianisme qui retrouve petit à petit à l'instigation d'un certain Benoît XVI le sens et le goût de la vérité.

Le témoignage chrétien (je ne parle pas forcément de la revue du même nom) se porte de mieux en mieux, c'est un fait. Les gens ont besoin d'extérioriser une foi, et pas simplement à travers la pratique dominicale, vécue souvent comme décevante. Ce n'est pas un hasard si l'on compte cinq millions de personnes en plus sur les lieux de pèlerinage français en deux ans.

"J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé" dit le Psaume. Ce témoignage nouveau prend deux formes spécifiques, deux formes que l'on n'attendait pas forcément : une forme culturelle et une forme liturgique.

Culturels sont les coming out de plus en plus fréquents du style de celui que Jean Claude Guillebaud, éditorialiste au Nouvel Observateur, qui a signé récemment chez Albin Michel : Comment je suis redevenu chrétien. Tirage : 50 000 exemplaires. C'est beaucoup pour un essai qui n'a rien de particulièrement attractif. Intellectuellement, Guillebaud, entre Jacques Ellul et René Girard, n'a pas fait dans les concessions. Mais son texte tente de montrer un christianisme séduisant. Il en va un peu de même du curieux livre de Julia Kristeva que je suis en train de lire et sur lequel je reviendrai : Thérèse mon amour. Cette apologie pour Thérèse d'Avila, au nom du féminisme et de la jouissance, est assez étonnante. Elle provient d'une psychanalyste célèbre. Mais on n'y discerne plus le réductionnisme matérialiste freudien, déchiffrable dans L'avenir d'une illusion. Oh ! Thérèse mon amour n'est pas une profession de foi à mettre dans toutes les mains. Mais il me semble qu'après Cet incroyable besoin de croire, l'auteur veut exprimer publiquement un sentiment nouveau vis à vis du christianisme, sentiment de plus en plus partagé : quelque chose comme une attente.

Je crois qu'il faut ajouter à ce témoignage culturel un témoignage liturgique. De plus en plus on ressent la nécessité de "prier sur de la beauté" comme disait saint Pie X. Le retour de la liturgie traditionnelle, initiée par Benoît XVI le 7 juillet 2007 par le Motu proprio Summorum pontificum pourrait bien avoir une grande importance dans l'affirmation d'un christianisme qui n'est pas seulement un christianisme de convictions à la carte, toutes proférées dans le ciel de l'utopie humaniste, mais un christianisme, qui, s'acceptant minoritaire, se veut et se voudra, sereinement, un christianisme du témoignage.

Marthe Robin

Posté le 04.04.2008 par auto23652
Marthe Robin


A l'heure où l'on s'interroge sur le sens de la souffrance, et où des associations essaient de faire valoir des philosophies matérialistes de la vie et de la mort, le cas de Marthe Robin vient, avec celui du Padre Pio, pour témoigner du caractère vraiment spirituel de l'homme, et sa puissance en Jésus Christ.

M.

Le portrait de Marthe Robin (Jean Guitton)


Affectée d'une pathologie effroyable (grabataire, aveugle, les jambes repliées, ramenées sous le torse), elle a «surnaturalisé» sa maladie…


Le portrait de Marthe Robin est un des ouvrages les plus profonds de Jean Guitton. Né le 13 mars 1902, dans un village de la Drôme, Marthe Robin est morte le 6 février 1981, dans la maison paternelle qu'elle n'avait jamais quittée. Cette femme simple et humble de la campagne a vécu près de cinquante ans paralysée dans son lit, ne se nourrissant que de la sainte hostie. Chaque vendredi, elle revivait la passion du Christ, manifestée par toute une série de phénomènes extraordinaires (plaies, traces de coups, sueur de sang). Marthe Robin vivait intérieurement le mystère de le la Croix du Christ. Elle a épousé chaque jour les ténèbres de la Passion dont beaucoup de chrétiens à son époque cherchaient à occulter la réalité effrayante. Elle l'a soufferte au-delà du dicible depuis son offrande de victime d'amour en 1925. Elle était une de ces mystiques destinées à affronter le drame du salut. Elle y faisait face avec obstination, sans jamais reculer, même lorsqu'elle était assaillie par la douleur la plus cruelle, celle de l'abandon, de la déréliction, de la Nuit Obscure, dont elle pressentait la dimension salvifique : «L'existence, écrit Jean Guitton, nous propose un choix entre la vie et la mort. L'homme a péché. Mais il existe une loi de substitution qui permet que l'innocent rachète le pécheur […] Elle se tenait aux portes de l'enfer pour que l'enfer soit vide. Elle imaginait que c'était là son office principal, sa tâche, son métier». Huysmans n'aurait pas désavoué le langage employé par le philosophe pour dépeindre cet être supplicié, «cloué à la douleur» comme elle le disait elle-même. Elle avait une conscience aiguë de la solidarité entre les êtres, de la communion des purs et des impurs. Il est significatif que Jean Guitton adopte une lecture traditionnelle de l'Epître aux Hébreux, texte où le vocabulaire sacrificiel abonde, pour décrire l'expérience mystique de Marthe Robin :

«Marthe disait que les souffrances d'ordre physique ne pouvaient se comparer à sa souffrance d'ordre moral. Elle avait l'impression d'être réprouvée. Elle était désolée, au sens le plus fort de ce mot. Elle participait à la grande ténèbre. Elle se croyait rejetée. L'épître aux Hébreux, qui est une méditation sur la Passion, dit que le Christ s'est fait péché, et qu'il a pris sur lui non la culpabilité mais la peine des péchés. Marthe se sentait "devenue péché". Baudelaire, parmi les modernes, est peut-être celui qui a exprimé de manière la plus intime l'impression d'être habité par le dégoût […] Cette impression de péché était ce qu'il y avait de plus pénible dans son épreuve du vendredi. Et comme elle pensait que le malheur du XXe siècle était la séparation qu'avait faite l'humanité d'avec Dieu (sorte d'enfer sur terre) elle pensait qu'en éprouvant cette impression de déréliction et de condamnation elle représentait l'humanité entière, en ce XXe siècle à son déclin».



Marthe Robin voulait absorber l'impureté du monde pour l'en délivrer. Comme sainte Thérèse de Lisieux, elle s'est offerte en holocauste sur l'autel du monde. Le terme Holocauste (du grec : «brûler tout entier») est une traduction du terme hébreu olah qui signifie «ce qui est offert en sacrifice». Dans l'holocauste la créature est entièrement consumée ; elle est comme vidée de son sang. C'est dans l'holocauste que peut se réaliser la plus parfaite donation de soi-même. Jean Guitton dit de Marthe Robin qu'elle était plongée dans le mystère du sang. Le philosophe cherche la confirmation de ses intuitions dans des domaines relevant de la science pure. Mais c'est Joseph de Maistre, sans doute, qui a projeté les lumières les plus pénétrantes sur ce mystère. L'innocent qui souffre, écrit-il, expie pour le coupable et «de même que Jésus-Christ a donné sa vie innocente pour racheter les péchés du monde, la victime innocente donne son sang pour le coupable». La force régénératrice du sang ne doit pas être comprise de façon naturaliste mais toujours en référence au Sacrifice sanglant du Christ. Pour Maistre, le sang est le support organique d'une réalité d'ordre spirituel. Observer le corps même de Marthe Robin revenait à contempler ce mystère infini. Il existe un symbolisme du corps humain. Le corps disait Maurice Zundel est «un carrefour de symboles, un nœud de significations où les plus hautes réalités se peuvent faire jour». Le sang qui chaque jeudi soir suintait de ses plaies, de ses côtes et de ses yeux pouvait être perçu par le regard contemplatif comme le signe symbolique d'une réalité surnaturelle. Ce qui se passe ici-bas reflète phénoménalement les réalités du monde invisible. Toute la force et la valeur du martyr de celles que Louis Massignon appelaient les «compatientes mystiques» vient de la vie très précieuse sacrifiée par le Christ.
Le symbole requiert de nous, toujours, une conversion du regard spirituel : «Il nous convie, écrit jean Borella dans La crise du symbolisme religieux, à rompre avec la conscience ordinaire qui ne perçoit que l'extériorité séparative d'une entité corporelle pour nous faire entrer dans la relation interne qui la relie à son archétype» (en l'occurrence le sang rédempteur de Celui qui a tout assumé). Le symbole est un signe dont la fonction est de faire connaître, au moyen d'une forme visible une réalité invisible. Il est un signe aussi parce que sa signification doit être déchiffrée. Un corps blême, étendu et saignant, pareil à une hostie, voilà ce que Marthe Robin offrait au regard de ses visiteurs. Il fallait, comme le note Jean Guitton, chercher sous l'écorce barbare le sens intérieur, le mystère sous les apparences sensibles.
En écrivant sur Marthe Robin, Jean Guitton a pris conscience de l'importance de la question du sacrifice qui heurte tellement la conscience moderne, et de la nécessité de la soumettre à une réflexion approfondie. C'est pourquoi son portrait contient de longs développements sur ce thème majeur :

«A mes yeux, le sacrifice du sang est coloré par une mentalité grossière, par une biologie primitive. Mais c'est aller bien vite que de s'en tenir à cet aspect superficiel. Sous les mentalités, je me suis toujours efforcé de chercher l'esprit […] Plus personne ne songerait à faire du sang l'élément substantiel de notre être, porteur et signe de la vie […] Plus personne ne lie plus le don du sang à l'alliance éternelle. Personne n'admet plus que la séparation radicale du corps et du sang chez le bouc, le taureau ou l'agneau sans tache puisse purifier la conscience humaine. Les chrétiens savent qu'à l'immolation stérile des victimes animales innombrables s'est substituée l'immolation unique et efficace du fils de Dieu : le corps et le sang ont été mystérieusement sublimés dans le rite eucharistique […] Je cherche pour ma part à discerner, par une analyse faite en profondeur, quel est l'esprit qui se voile sous ces mentalités. Et je réponds que c'est l'esprit le plus profond et le plus pur, le plus abyssal, le plus nucléaire, de la religion juive et de la religion chrétienne […] Quel est cet esprit, ce mystère, cette idée ? C'est l'idée qu'à cause de la solidarité des hommes et de leur communion intime et substantielle, l'acceptation d'une mort sanglante par l'être pur purifie l'être impur, l'idée (qui en résulte par voie de conséquence) qu'il n'est pas de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. Et nous retrouvons ce qui est admis tacitement par la conscience universelle : la prééminence du don de soi fait par amour.»

Marthe Robin a reçu de nombreux théologiens réputés, le Père Garrigou Lagrange, o.p, envoyé par Pie XII, Auguste Valensin et le cardinal Jean Daniélou jésuites. Sur la demande de Rome, elle a été examinée par des professeurs de médecine à Lyon. De nombreux livres ont été publiés à son sujet (Raymond Perret, Marcel Clément etc…). Son rayonnement s'est répandu sur la terre grâce aux « Foyers de Charité » fondés avec le père Finet en 1936. Pendant cinquante ans plus de 100. 000 personnes se sont succédées dans sa chambre obscure pour recevoir un conseil, une orientation pour leur vie. Son procès de béatification est en cours depuis 1991. Son cas continue pourtant d'alimenter le scepticisme. Affectée d'une pathologie effroyable (grabataire, aveugle, les jambes repliées, ramenées sous le torse), elle a «surnaturalisé» sa maladie…

www.sombreval.com


Video


http://www.youtube.com/watch?v=w3MwAFP8TyA&feature=related


http://www.youtube.com/watch?v=86EKpzgt4lY

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Saint Thomas

Posté le 30.03.2008 par auto23652
D'après Michelangelo Merisi, dit le Caravage (1571-1610)
L'Incrédulité de saint Thomas
Huile sur toile
Loches, église Saint-Antoine

Pour agrandir, cliquez sur l'image, (le tableau mérite vraiment d'être agrandi, le visage de Jésus sort de la pénombre.) Puis cliquez deux fois sur le son...


Thomas l'incrédule

Thomas appelé Didyme (le Jumeau) fait partie du petit groupe de ces disciples que Jésus a choisis, dès les premiers jours de sa vie publique, pour en faire ses apôtres. Il est "l'un des Douze" comme le précise saint Jean (Jean 21. 24). Le même Jean nous rapporte plusieurs interventions de Thomas, qui nous révèlent son caractère. Lorsque Jésus s'apprête à partir pour Béthanie au moment de la mort de Lazare, il y a danger et les disciples le lui rappellent: "Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider." Thomas dit alors aux autres disciples: "Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui." Dans cette parole est préfiguré le martyre futur de celui qui, dès le début, a donné sa vie à Jésus. Lors du dernier repas, lorsque Jésus annonce son départ, c'est Thomas, la gorge nouée sans doute, qui pose la question :"Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin?" - "Je suis le chemin, la vérité et la vie", répond Jésus. Mais, c'est grâce à ses questions et à ses doutes que Thomas, doit sa célébrité. Le voici qui revient d'on ne sait où: "Nous avons vu le Seigneur!" - "Si je ne vois pas dans les mains la marque des clous, si je ne mets pas ma main dans son côté, non, je ne croirai pas." Pour la postérité, il a reçu le qualificatif d'Incrédule. C'est grâce à cette incrédulité, à cet esprit scientifique pourrait-on dire, qui ne croit que ce qu'il a vérifié, que nous devons la certitude qui nous habite. On oublie souvent que Thomas est surtout le premier qui, devant le mystère des plaies du Christ ressuscité, a donné à Jésus son véritable titre: "Mon Seigneur et mon Dieu."
"O miracle inouï, la paille touche le feu et fut sauvée. Thomas mit sa main dans le Côté brûlant de Jésus-Christ et ne fut pas consumé par ce toucher. Il transforma la méchanceté de son âme en foi bénie. Avec ferveur, il s’écria du fond de son âme : Tu es mon Seigneur et mon Dieu. O Ressuscité des morts, gloire à Toi ! "
(Hymne byzantine)

Homme spirituel et homme psychique.

Posté le 27.03.2008 par auto23652
Un jour, Il nous apparaîtra à nous aussi !

« L’homme psychique (ndlr : l’homme laissé aux seules ressources de sa nature, Bible de Jérusalem) n’accueille pas ce qui est de l’Esprit de Dieu : c’est folie pour lui et il ne peut le connaître, car c’est par l’Esprit qu’on juge. L’homme spirituel au contraire juge de tout et ne relève lui-même du jugement de personne… Et nous l’avons, nous, la pensée du Christ » (1 Corinthiens 2, 14-15, 16b).



Cité du Vatican, le 27 mars 2008 - (E.S.M.) - Avec la force de la foi et de l’abandon au Christ Ressuscité, avec les paroles « Jésus, j’ai confiance en Toi », proclamé avec toute la force de notre âme, nous ferons un exode en sortant de nous-mêmes, et nous irons vers le Seigneur qui vient, jusqu’à parvenir à cette rencontre définitive, quand la foi n’aura plus raison d’être, parce que nous serons transfigurés en Lui ! - AVE MARIA par Mgr Luciano Alimandi.

Le Christ Ressuscité

Un jour, Il nous apparaîtra à nous aussi !

VATICAN - AVE MARIA par Mgr Luciano Alimandi

Quand nous sera-t-il donné de voir le Seigneur Ressuscité, de nous extasier en Sa Présence ? En toute certitude, nous pouvons dire : à la fin de nos jours, quand notre cœur arrivera à ses derniers battements de vie, alors, oui, nous aurons le privilège et la grâce indicibles de voir Notre Seigneur, de Le rencontrer à l’horizon de l’Au-delà, parce qu’Il est la Porte (cf. Jean 10, 9), le Passage de ce monde au Père !

Nous saurons Le reconnaître et nous serons capables d’entendre Sa Voix, si, durant notre pèlerinage terrestre, nous l’aurons connu. Son Visage, Sa Personne ne nous seront pas étrangers, nous n’hésiterons pas à nous abandonner entièrement à Jésus, puisque, « ce moment » sera le point d’arrivée d’innombrables actes d’amour et de don, que nous aurons accumulés tout au long de notre existence. Cela ressemble réellement au chemin que les Apôtres ont fait avec Jésus, une route faite de confiance progressive en Lui. Nous aussi, comme eux, nous écoutons Sa Parole, nous nous familiarisons avec Sa Présence, nous nous apercevons des signes de Son Action au milieu de nous, nous devenons Ses Témoins et nous L’invoquons comme Notre Maître et Seigneur

A nous aussi, comme aux premiers disciples, il est donné d’entrer toujours plus dans son Royaume, par la conversion qui nous amène à devenir des enfants (cf. Mathieu 18, 3). La seule différence entre les premiers disciples et nous, c’est que nous verrons le Ressuscité seulement à la fin, alors que, eux, ils L’ont vu durant sa vie terrestre. Il nous apparaîtra au moment de notre trépas, quand viendra vers nous « La lumière véritable, celle qui éclaire tous les hommes » (Jean 1, 9). Mais c’est précisément pour cela que nous serons appelés bienheureux, parce que, sans L’avoir vu auparavant, nous aurons cru en Lui (cf. Jean 20, 29) ! La foi dans la Résurrection de Jésus est le plus grand don du Ciel sur cette terre, parce que, grâce à elle, nous entrons en communion de vie avec le Ressuscité ; que de fois le Seigneur a déclaré : « Dieu en effet a tant aimé le homme qu’il a donné son Fils unique, pour que ceux qui croient en Lui ne meurent pas, mais aient la vie éternelle » (Jean 3, 16)

C’est là la foi que Jésus veut trouver sur la terre à Son retour ; mais la trouvera-t-il ? Il ne le dit pas. Dans l’Evangile, il laisse cette question sans réponse (cf. Luc 18, 8), et il indique ainsi que, conserver la foi, n’est pas facile, et que c’est précisément sur cela que tout se joue : être ou ne pas être des chrétiens authentiques. Pour les Apôtres eux aussi, le risque de perdre la foi a été grand. Même s’ils vivaient avec Jésus, même s’ils avaient assisté à Ses miracles, même s’ils avaient reçu Ses enseignements les plus intimes, au moment de l’épreuve, ils ont risqué de se perdre. L’Evangile témoigne à plusieurs reprises de la difficulté à comprendre Jésus. Ils s’enfuirent tous au moment de Son arrestation, et ils l’abandonnèrent (cf. Mathieu 26, 56), parce qu’ils ne croyaient pas comme ils auraient dû croire.

Nous aussi, comme les disciples d’Emmaüs, nous avons parfois « les yeux dans l’incapacité de le reconnaître » (Luc 24, 16), parce que nous avons été « des esprits sans intelligence, lents à croire ce qu’ont annoncé les prophètes » (Luc 24, 25). Les Evangiles de la Résurrection révèlent la faiblesse de la foi des premiers disciples, et indiquent que, pour tous les chrétiens, il s’agit de la même lutte, des mêmes doutes, de la même résistance de la chair vis-à-vis de l’esprit. Dans l’homme, en effet, il y a deux réalités en opposition entre elles : la matière et l’esprit. L’une le pousse aux choses extérieures, aux choses visibles, terrestres ; l’autre l’attire vers les choses intérieures, vers les choses invisibles, célestes.

Saint Paul, le grand converti du Ressuscité, rappelle que, selon les choix de notre vie, nous deviendrons des hommes spirituels, ou nous resterons des hommes naturels, qui ne peuvent percevoir ce qui est surnaturel, comme, précisément, la Résurrection du Christ : « L’homme psychique (ndlr : l’homme laissé aux seules ressources de sa nature, Bible de Jérusalem) n’accueille pas ce qui est de l’Esprit de Dieu : c’est folie pour lui et il ne peut le connaître, car c’est par l’Esprit qu’on juge. L’homme spirituel au contraire juge de tout et ne relève lui-même du jugement de personne… Et nous l’avons, nous, la pensée du Christ » (1 Corinthiens 2, 14-15, 16b).

Pour avoir la pensée du Christ, nos devons vivre selon l’Esprit. Le Christ, en effet, est Dieu, et Dieu est Esprit (Jean 4, 24). Pour ne pas perdre la foi dans le Ressuscité, pour l’approfondir toujours plus, nous avons donc besoin de fuir le péché et de vivre dans la grâce de Dieu. En d’autres termes, il n’est pas possible de conserver la foi, si la vie est en désaccord avec ce en quoi l’on croit. Toute l’annonce évangélique est pour la conversion et pour la foi. Le « changement de vie » et la « foi sont indissociables entre eux : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile ! » (Marc 1, 15). Proclamer la foi seulement avec ses lèvres, n’opère pas notre sanctification. Derrière la foi, comme soutien de la foi, en vertu de la foi, il doit y avoir la conformation de notre vie à celle de Jésus ; c’est là, on le comprend, un chemin progressif. Il est possible seulement si nous renions notre « moi » matérialiste et charnel, esclave de la « concupiscence de la chair, de la concupiscence des yeux, et de l’orgueil de la vie » (1 Jean 2, 16), comme nous l’enseigne saint Jean. Ce petit grand « moi » ne cessera jamais de se chercher lui-même !

Alors, avec la force de la foi et de l’abandon au Christ Ressuscité, avec les paroles « Jésus, j’ai confiance en Toi », proclamé avec toute la force de notre âme, nous ferons un exode en sortant de nous-mêmes, et nous irons vers le Seigneur qui vient, jusqu’à parvenir à cette rencontre définitive, quand la foi n’aura plus raison d’être, parce que nous serons transfigurés en Lui !



Sources : www.vatican.va A.F. - E.S.M.

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 27.03.2008 - T/Méditation


La Foi, Le Christ et le Corps Glorieux

Posté le 27.03.2008 par auto23652
Le matérialisme tel que le développe l’économie de l'argent, de la consommation et du loisir est dans la plus pure tradition de Lucifer, tel que l'a toujours défini la théologie. Sa capacité de séduction, d'adaptation et de transformation, sans cesse renouvelée, pour égarer l'homme et le détacher de sa véritable nature, a atteint un niveau jamais égalé auparavant. Le pouvoir mortifère de cette économie se fait d’ailleurs sentir à tous les niveaux.
Les forces du mal sont à l'œuvre, et nous chutons dans la matière, oubliant l'allégorie spirituelle, dans sa vérité éternelle, au profit du théâtre de la matière et de ses représentations, mais surtout oubliant que toute scène a ses Coulisses. Tout est en place pour nous ancrer définitivement dans la matière... et nous écarter de notre mission spirituelle. Les pouvoirs merveilleux des Saints, prémisses de leur glorification, sont éclipsés par les technologies du virtuel, de l'image et de la communication...contrefaçon matérielle et bien réelle du pouvoir de l'Esprit!
Nous sommes là pour hisser le corps jusqu'aux hauteurs de l'Esprit et le Glorifier et non pas, pour le ravaler à la matière.
C'est là que se trouve la véritable exégèse de la Résurrection du Christ et de sa Glorieuse Ascension.
M.



Paul - 1 Cor 15 v 35 :

Comment les corps ressuscitent-ils ? Et avec quels corps reviennent-ils ?

Insensé !
Ce que tu sèmes ne reprends point vie, s'il ne meurt pas...
Ce que tu sèmes n'est pas le corps qui naîtra, c'est un simple grain,
puis Dieu lui donne un corps comme il lui plaît
et à chaque semence (esprit) il lui donne un corps qui lui est propre.
Toute chair n'est pas la même chair,
il y a des corps CELESTES et des corps TERRESTRES, qui ont chacun un aspect différent.
Comme le soleil, la lune ou les étoiles, chacun a son éclat différent.
Le corps est semé corruptible, il ressuscite incorruptible,
Il est semé méprisable et fragile, il ressuscite glorieux,
Il est semé infirme, il ressuscite plein de force.
Il y a un corps animal, et il y a un corps spirituel.

Ce corps glorieux fait allusion à la « Gloire de Dieu », expression biblique qui désigne Dieu lui-même, l'éclat de sa sainteté dans les manifestations perceptibles de sa présence. Dans l'Ancien Testament, elle est symbolisée par une lumière éclatante, un feu. C'est la nuée lumineuse qui apparaît à Moïse sur le Sinaï et guide le peuple dans le désert, puis descend dans le temple de Salomon. Dans le Nouveau Testament, cette nuée descend sur le Christ lors de sa transfiguration sur le mont Tabor. Après sa résurrection, il entre dans la Gloire de Dieu.

Extrait d'un texte de Dominique Clairembault

Dans la symbolique chrétienne, le nimbe (du latin nimbus, « nuage »), l'auréole des saints, est liée à la manifestation de la Gloire divine et témoigne de la présence en eux de la lumière spirituelle. Cette dernière représentation est antérieure au christianisme. On la trouve dans l'art asiatique et grec, tout comme dans le mazdéisme. L'auréole est en quelque sorte une préfiguration de leur résurrection en un corps glorieux.

Dieu se révèle en une « gloire primitive » qui est la Sagesse (Christ, Verbe…). Cette Sagesse est le temple par lequel Dieu se révèle, c'est l'espace primordial. Cette Sagesse est le ciel, le séjour des anges et des Élus. Elle constitue le corps du Christ.
C'est une substance lumineuse qui est à l'origine de tout. Elle est la chair des anges, le Saint-Élément.

Ce corps de lumière de Dieu est en quelque sorte l'archétype des corps glorieux des hommes. Ce ciel primordial contient aussi toutes les idées, qui sont autant de germes qui prennent en corps.

Notre monde est à l'emplacement de ce royaume céleste, de ce qu'il en reste après qu'il fut dénaturé par Lucifer. Ce porte-lumière s'est en effet égaré dans la contemplation de sa propre lumière, oubliant que cette lumière n'est que « communiquée » et non pas donnée.

C'est dans ce même espace, lorsqu'il sera sanctifié, que règnera Jésus avec ses Élus. Cette régénération universelle commencera avec l'homme, mais elle a été initiée par Jésus ressuscité, car sa chair ressuscitée est la « matière ultime », la Sagesse reformée. La résurrection de l'homme le conduira à revêtir lui aussi une chair spirituelle.

L'homme s'incarne deux fois. La première par sa naissance et la seconde par son entrée dans la foi. Cette seconde naissance a été anticipée en l'homme par la résurrection du Christ. La chair céleste de Jésus ressuscité remplit l'univers et nous donne la nourriture (chair et sang) nécessaire à notre régénération.

L'homme est esprit, il ne possède pas de corps. Son lieu de résidence est situé au centre de l'immensité céleste. Cependant, pour pouvoir agir dans le monde, l'homme est doué d'une faculté particulière : celle de pouvoir produire un corps glorieux, une sorte de voile qui lui permet de se manifester et d'agir dans la Création. L'homme peut mettre en œuvre ce corps en lui donnant la forme qu'il désire. c'est précisément en usant d'une manière abusive de ce privilège, que l'homme perd ce corps glorieux pour sombrer dans un corps de matière qui l'obligera désormais à habiter le monde terrestre.

Exilé dans un corps de matière et sur la Terre, l'homme n'en garde pas moins sa mission. Il a cependant ajouté une difficulté supplémentaire à sa réalisation, dans la mesure où il doit reconquérir sa place dans la Création pour mener à bien sa mission.

Lorsque la Bible présente Adam dans son état de nudité, c'est pour nous dire qu'il était immatériel, sans corps de chair .

Par notre travail spirituel, nous ranimons notre corps glorieux, nous faisons naître la Sophia en nous.

Lorsque le Christ ressuscite après avoir accompli sa mission terrestre, ce n'est pas avec un corps terrestre, mais dans son corps glorieux qu'il apparaît. Ainsi en sera-t-il de l'homme lorsqu'il aura achevé son périple terrestre.

Le Christ, est le seul appui, la seule force par laquelle l'homme peut s'élever au-dessus des ténèbres dans lesquelles il s'est enfoncé.

C'est en utilisant d'une manière erronée son corps glorieux que l'homme a causé sa perte. Dans cette perspective, on comprendra que la tâche essentielle de l'homme est de retrouver le manteau de lumière qu'il a perdu. Ce manteau, il peut en tisser les fibres à chaque instant par son travail spirituel. Car si l'homme ne peut retrouver son vêtement primitif qu'au sortir de sa vie terrestre, il peut déjà en sentir les effets dans ces quelques instants où il s'enveloppe dans le silence pour communier avec le royaume de la lumière, dans la prière.




La souffrance au coeur du mystère Pascal.

Posté le 20.03.2008 par auto23652
La souffrance au coeur du mystère Pascal

La souffrance est au cœur de la semaine Sainte, du mystère Pascal et de la Rédemption.
Les chrétiens sont souvent regardés avec condescendance par les athées positivistes, qui voient en eux une sorte d'attardé mental.
Cependant le problème du sens, de la signification, du symbole et du Verbe, ne peut être résolu par le hasard, cheval de bataille des athées.
En effet si le hasard présente l'avantage d'écarter toute tentative de donner du sens à l'histoire de l' Esprit de l’Homme et à sa genèse, il a la faiblesse d'être en contradiction avec la pensée elle-même, dans sa réalité bien tangible et dans son acceptation même de logos... Les mots sont de ce monde, la pensée, visiblement d'un autre...
Le hasard disait Rousseau lui-même, qui n’est pas une référence ne la matière, est le grand mot des sots…
Nous sommes appelés à être des êtres d’Espoir, des athlètes de l’Esprit et non pas uniquement comme on essaye de nous le faire croire aujourd’hui des champions de la consommation et du loisir.
Le problème, c’est que tout un paradigme redoutable et dogmatique, soutient la société de consommation. C’est l’hédonisme, la distraction, la satiété. Et le moteur de cette société, c’est la faiblesse devant l’acte d’achat, obtenu par un abaissement général du niveau de la volonté… Certains changements de notre société auxquels tout le monde applaudit, ont accéléré le mouvement dans l’aveuglement général…Voilà ce que défend maintenant la laïcité, quand les Idéaux de la République ne sont plus à la hauteur de notre Volonté.
Voila la victoire du matérialisme que l’on nous propose, forme subtile qu’à pris d’ailleurs le combat des ténèbres sur la Lumière.
Le événement de cette semaine, pas comme les autres, sont riches pourtant en signification et en sens. Je pense à Marthe Robin, grabataire à vie, la gorge nouée et qui ne put avaler même une goutte d’eau pendant des années et qui devint une athlète de l’Esprit, ce qui démontre à elle seule, la victoire de l’Esprit sur la matière mais surtout celle de l’Espoir sur le désespoir. Je pense aussi à Ben Laden qui renvoyant l’Occident à ses contradictions, a menacé en affirmant que si nous ne savons pas encadrer notre liberté, les musulmans ne seront pas non plus encadrer leurs actes.
Salir ce qui est sacré est un blasphème, parce qu’effectivement on ne peut s’attaquer indéfiniment au sens, et aux signes, et les ravaler au niveau de support publicitaire ou de mode. Les supports de l’Esprit sont en effet plus complexes que ceux de la matière, où, comme tout le monde l’a compris, une bonne agence de publicité et de communication suffit…A trop vouloir utiliser tous les moyens de la communication pour imposer des changements discutables nous verrons bien ce qui se passera.
Il a d’ailleurs ajouté, nous renvoyant face à face avec notre apostasie, la riposte sera ce que vous verrez, pas ce que vous entendrez… Il ne peut y avoir en effet de réponse plus matérielle et ironique que celle-ci…
Mais revenons à la souffrance et au problème difficile de son sens, qui est effectivement au cœur du Vendredi Saint et du mystère Pascal.

Voici un texte tiré de la Réponse Chrétienne

M.



Voici l’une des questions les plus difficiles à laquelle les chrétiens ont à répondre.

« Le problème de la souffrance » , comme l’appelle C. S. Lewis, l’érudit biblique bien connu dans le monde anglophone, est l’arme la plus puissante utilisé par l’athéisme contre la foi chrétienne.

Lorsqu’elles sont bien appréhendées, la science et l’histoire étayent l’existence de Dieu. Les preuves sont telles que, comme le dit la Bible, « L’insensé dit en son cœur: il n’y a point de Dieu » (Psaume 14:1)


La plupart des athées cependant, sans aucune preuve objective sur laquelle baser leur conviction que Dieu n’existe pas, recourent à des objections d’ordre philosophique. Et le problème de la douleur est la plus grande d’entre elles.

Comment un Dieu d’amour peut-il permettre des drames tels les guerres, la maladie, la douleur et la mort, surtout lorsque leurs conséquences sont le plus profondément ressenties par des êtres apparemment innocents? Ou bien il n’est pas un Dieu d’amour et il ne se soucie pas de la souffrance humaine, ou il n’est pas un Dieu puissant et ne peut rien faire pour y remédier. Dans les deux cas, le Dieu de la Bible défini comme plein d’amour et tout-puissant, devient une impossible contradiction. Du moins, c’est ce qu’ils prétendent !

Le problème est bien réel mais ni l’athéisme ni l’agnosticisme ne constitue une réponse convenable! Bien que le mal soit largement présent sur cette terre, le bien l’est encore davantage. La preuve en est que la plupart des individus s’accrochent à la vie aussi longtemps que possible. De plus, chacun reconnaît instinctivement que le « bien » est une valeur supérieure au « mal ».

Nous devons aussi reconnaître que nos esprits ont été créés par Dieu. Nous ne pouvons donc les utiliser que dans les limites qu’il a fixées, et il est dès lors présomptueux de notre part de vouloir nous en servir pour questionner Dieu sur ses motivations.

« Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice? » (Genèse 18:25)
« Ô homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu? Le vase d’argile dira-t-il à celui qui l’a formé: Pourquoi m’as-tu fait ainsi? » (Romains 9:20)
Par nous-mêmes, nous ne pouvons pas établir les barèmes de ce qui est bien. Seul le Créateur de toutes réalités peut le faire. Nous devons convaincre nos cœurs et nos esprits, que tout ce Dieu fait est juste par définition, que nous le comprenions ou pas.

Lorsque nous avons accepté cela par la foi, nous pouvons alors chercher en quoi notre vie spirituelle pourra tirer profit des souffrances autant que des bénédictions. Il est bon de garder les vérités suivantes à l’esprit pendant que nous méditons ces considérations.

Il n’y a pas vraiment de souffrance des « innocents ».
Car « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Romains 3:23). Personne n’a donc le droit de se proclamer innocent afin de se soustraire au courroux de Dieu.

Lorsque nous considérons les bébés, et les individus mentalement incapables de distinguer le bien du mal, il est clair, à la fois selon la Bible et de par l’expérience universelle, qu’ils sont pécheurs par nature et que par choix ils deviendront pécheurs inévitablement aussitôt qu’ils le pourront.


Le monde actuel est placé sous le signe de la Malédiction de Dieu (Genèse 3:17) à cause de la rébellion de l’homme envers la Parole de Dieu.

Cette « servitude de la corruption » dans laquelle « la création tout entier soupire et souffre les douleurs de l’enfantement » (Romains 8:21-22) est universelle et touche les hommes, femmes et enfants de tous horizons. Dieu n’a pas créé le monde pour qu’il en soit ainsi, et un jour Il rétablira toutes choses. En ce jour, « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » (Apocalypse 21:4).


Sachez combien Christ a souffert !Le Seigneur Jésus-Christ, qui fut le seul homme vraiment « innocent» et « intègre» de l’histoire, a souffert plus que quiconque sur cette terre, et il l’a fait pour nous !

« Christ est mort pour nos péchés » (1 Corinthiens 15:3). Il a souffert et Il est mort afin de finalement libérer le monde du mal et Il peut encore à présent délivrer du péché et de son joug quiconque le reçoit avec foi pour son Sauveur et Seigneur personnel. Cette magnifique délivrance de la condamnation amenée par le péché originel autant que par les péchés commis ouvertement assure très probablement aussi le salut de ceux qui sont morts avant d’avoir atteint l’âge où ils peuvent consciemment discerner le bien du mal.

En nous basant sur notre foi dans la bonté de Dieu et la rédemption en Christ, nous pouvons reconnaître que nos souffrances du moment présent peuvent être transformées pour Sa gloire et pour notre bien.

Les souffrances des individus qui ne sont pas encore devenus disciples de Jésus-Christ sont souvent utilisées par le Saint-esprit pour amener ceux-ci à prendre conscience de leur besoin de salut et à se tourner vers Christ dans un esprit de foi et de repentance. Les souffrances des chrétiens devraient toujours être le moyen de développer une plus grande dépendance envers Dieu et de forger un caractère de plus en plus semblable à celui de Christ chez ceux qui ont été « exercés de la sorte » (Hébreux 12 : l1).

Dieu est donc plein d’amour et de miséricorde même lorsqu’il permet « pour un temps » aux épreuves et à la souffrance de venir dans nos vies.

«Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. » (Romains 8:28).

En modifiant la prière, on modifie la croyance

Posté le 15.03.2008 par auto23652
Introduction

Lex orandi, lex credendi. Cet adage célèbre, résumé d’une phrase écrite au Ve siècle et attribuée à St Célestin Ier, a été reprise depuis, par de nombreux autres Papes, tels que Benoît XIV, Léon XIII, Pie XI et Pie XII l. Il signifie que la loi de la prière détermine la loi de la croyance.

Autrement dit, on peut en modifiant la prière modifier aussi la croyance. C’est, nous le verrons, en modifiant la liturgie de la Messe que de grands hérétiques comme Luther et Cranmer ont entraîné dans le protestantisme des populations entières qui se croyaient encore catholiques.

Nous assistons actuellement, et sur une plus grande échelle encore, au même événement. Notre intention est de montrer dans cet opuscule comment la Nouvelle Messe n’a d’autre objet que d’imposer une nouvelle religion. La révolution liturgique n ’est qu ’une pièce, maîtresse il est vrai, de tout un ensemble qui concourt de manière cohérente à l’établissement de cette nouvelle religion.

Le cardinal Journet disait, il y a quelques années : "La liturgie et la catéchèse sont les deux mâchoires de la tenaille avec laquelle on arrache la foi" 2.

Il nous faudrait donc, pour être complets, situer le problème de la Nouvelle Messe dans un ensemble qui comprendrait aussi l’étude de la catéchèse actuelle. Nous serions également amenés à aborder d’autres domaines : ceux du rituel des sacrements, de l’ensemble des prières et de l’office, des diverses formes de piété, de la discipline ecclésiastique.

Nous nous bornerons néanmoins à un examen, assez complet bien que rapide, de la Nouvelle Messe, en nous efforçant toutefois de dégager sommairement l’entourage historique et de faire justice de quelques opinions hâtives.


1ère partie : Histoire de la Messe jusqu’à St Pie V

On sait que la Révélation est terminée depuis la mort du dernier Apôtre. Depuis, par conséquent, aucune vérité, aucun dogme nouveau ne peut venir l’enrichir. En revanche, des dogmes implicitement contenus dans la Révélation peuvent être encore dégagés et définis de nos jours : l’exemple le plus récent est la proclamation de l’Assomption en 1950. Une fois définis, les dogmes sont intangibles et nul ne peut les nier, les contester ni même les passer sous silence.

C’est dire que tous les dogmes qui définissent la Messe étaient déjà contenus dans la première Messe célébrée par Notre Seigneur Jésus-Christ lors de la Cène.

Dès les Ier et IIe siècles, les paroles du Christ sont entourées d’une liturgie encore mouvante, mais à peu près semblable en Orient et en Occident, ainsi que l’attestent la Didachè, l’épître de St Clément, celle dite de Barnabé, les écrits de St Ignace, St Justin et St Irénée 3.

Les rites se cristallisent assez rapidement et il existe au IVe siècle quatre types de messes : les rites d’Antioche et d’Alexandrie, le rite romain et le rite gallican. Mais toutes les parties de la Messe se retrouvent dans tous les rites dès le IIe siècle 4.

Signalons, dès le IVe siècle, la première hérésie antiliturgique, celle de Vigilance qui s’oppose au triomphalisme et veut revenir à la simplicité primitive 5. C’est la première apparition de l’archaïsme et de la désacralisation; en fait, l’hérésie antiliturgique ne varie guère de siècle en siècle.

A la même époque, les Ariens, qui nient la divinité du Christ, communient debout et avec la main, donc en diminuant les marques de respect 6. Alors que, comme pour la plupart des hérétiques, leurs écrits manquent souvent de netteté, ils veulent changer pratiquement la foi en modifiant la liturgie : lex orandi, lex credendi.

Dès le Ve siècle, apparaît une tendance à l’unification occidentale sur le seul modèle romain. Survivront jusqu’à nos jours : à Milan la liturgie ambroisienne qui a le canon romain, à Tolède la liturgie mozarabe d’origine orientale, la liturgie dominicaine très voisine du rite romain à part quelques détails venus des missels français du Moyen Age.

La Messe dite actuellement de St Pie V n’est autre que le rite romain, tel qu’on le trouve à peu près dès le Ve siècle. Les prières de l’offertoire, qui peuvent dater des VIIe ou VIIIe siècles n’ont été adoptées par Rome qu’au XIe siècle 7.

Mais l’ensemble du canon romain date au moins du IVe siècle, avec quelques additions au Ve siècle. On trouve des traces de ce canon dès le IIe siècle 8.

On présente le canon d’Hippolyte comme plus ancien que le canon romain, car on l’attribue à St Hippolyte, antipape et martyr du IIIe siècle. Beaucoup moins riche que le canon romain, c’est une anaphore orientale qui n’eut guère de succès et que seul un souci d’archaïsme, dont nous reparlerons, a voulu déterrer. La prière eucharistique n° 2 de la Nouvelle Messe se réclame en effet de ce canon, mais n’en contient en réalité que quelques réminiscences 8.

On voit donc que la Messe est fixée dès l’Antiquité et qu’elle traversera tout le Moyen Âge sans subir de changements importants, à part l’enrichissement de l’offertoire. On note, dans différentes églises, de très petites variations de détail dues à des usages locaux parfois fort anciens.

Survient alors la Renaissance et l’émergence du naturalisme qui va attaquer les bases surnaturelles de la religion catholique. Déjà, en 1525, le Pape Clément VII, par souci d’adaptation au monde, accepte de nouvelles prières où l’on évoquait les dieux de la mythologie, comme Bacchus et Vénus 9 ; le bref de 1525 ne sera d’ailleurs jamais annulé.

Beaucoup plus grave sera la contestation apportée par les initiateurs de la Réforme ; et c’est ce qui justifiera l’œuvre du Concile de Trente et de St Pie V.

Mais arrêtons-nous quelques instants sur le premier réformateur, ce Luther que l’Eglise conciliaire tient maintenant pour une sorte de saint et dont le portrait figure dans les livres de catéchèse entre ceux de Ste Catherine de Sienne et de St Ignace de Loyola. Voici ce qu’en dit un des experts du Concile Vatican II, le père Congar : "Luther est un des plus grands génies religieux de toute l’histoire. Je le mets à cet égard sur le même plan que St Augustin, St Thomas d’Aquin ou Pascal. D’une certaine manière il est encore plus grand" 10.

En tout cas, Luther, cet ancien moine, n’était pas un saint. Voici ce qu’il dit de lui-même 11 : "Je suis ici du matin au soir inoccupé et ivre." Ou bien : "Tu me demandes pourquoi je bois si abondamment, pourquoi je parle si gaillardement et pourquoi je ripaille si fréquemment? C’est pour faire pièce au diable qui s’était mis à me tourmenter." Ou encore : "C’est de boire, de jouer, de rire, en cet état, d’autant plus fort, et même de commettre quelque péché en guise de défi et de mépris pour Satan, de chercher à chasser les pensées suggérées par le diable à l’aide d’autres idées, comme par exemple en pensant à une jolie fille, à l’avarice ou à l’ivrognerie, ou bien se mettre dans une forte colère.".

En 1525, il écrit : "J’ai eu jusqu’à trois épouses en même temps" 12. Deux mois après ce prêtre se marie pour de bon avec une quatrième femme, une religieuse 12.

Notons que, d’après son disciple et successeur Théodore de Bèze 13, Calvin n’était pas plus édifiant : "Pendant quinze années que Calvin a consacrées à enseigner aux autres les voies de la justice, il n’a pu se former ni à la tempérance, ni à des habitudes honnêtes, ni à la vérité; il est demeuré enfoncé dans la boue." Que penser de réformes dues à de tels réformateurs ?

Mais restons-en à Luther. Dès le début de son action, il s’attaque à la Messe : "Quand la messe sera renversée", dit-il, "je pense que nous aurons renversé la papauté ! Car c’est sur la messe comme sur un rocher que s’appuie la papauté tout entière, avec ses monastères, ses évêchés, ses collèges, ses autels, ses ministères et sa doctrine... Tout cela s’écroulera quand s’écroulera leur messe sacrilège et abominable" 14.

En fait, il adapte la Messe à son enseignement 15 :

D’abord, pour lui, le sacerdoce n’est pas réservé aux prêtres, mais partagé par tous les fidèles : "Quelle folie", dit-il, "de vouloir l’accaparer pour quelques-uns". Les prêtres se distinguent donc non par le sacerdoce, mais seulement par la fonction de président; d’où l’inutilité du célibat et de l’habit religieux.

Puis, dit-il, "la Messe est offerte par Dieu à l’homme et non par l’homme à Dieu". Elle est donc une liturgie de la parole, une communion et un partage ; d’où le recours à la langue vernaculaire et à l’autel face au peuple.

La Messe n’est donc pas un sacrifice, pour Luther, et surtout pas un sacrifice propitiatoire puisque la foi (dans le sens de confiance) suffit pour nous sauver.

D’où l’acharnement de Luther contre les belles prières de l’offertoire qui expriment si clairement le but propitiatoire et expiatoire du sacrifice. "Suit", dit-il, "toute cette abomination à laquelle on assujettit tout ce qui précède. On l’appelle Offertoire et tout y ressent l’oblation" 16.

Luther croit à une certaine présence réelle mais il nie la Transsubstantiation. S’il garde les textes essentiels du canon, il les donne comme simple récit de l’institution de la Cène ; les marques de respect sont supprimées de la communion. Voici, pour résumer, ce qu’il pense de la Messe : "Cet abominable canon qui est un recueil de lacunes bourbeuses ; on a fait de la messe un sacrifice ; on a ajouté les offertoires. La messe n’est pas un sacrifice ou l’action d’un sacrificateur. Regardons-la comme sacrement ou comme testament. Appelons-la bénédiction, eucharistie, ou table du Seigneur, ou Cène du Seigneur ou Mémoire du Seigneur" 17.

Mais Luther ne veut pas agir trop franchement. Il dit : "Pour arriver sûrement et heureusement au but, il faut conserver certaines cérémonies de l’ancienne messe, pour les faibles qui pourraient être scandalisés par le changement trop brusque" 18. Il dit aussi : "Le prêtre peut fort bien s’arranger de telle façon que l’homme du peuple ignore toujours le changement opéré et puisse assister à la messe sans trouver de quoi se scandaliser" 19.

En application de tout cela, la messe luthérienne se présentait ainsi dès Noël 1521 15 : Confiteor, Introït, Kyrie, Gloria, Epître, Evangile, prédication; pas d’offertoire, Sanctus, récit à haute voix et en langue vulgaire de l’institution de la Cène, communion à la main et au calice sous les deux espèces sans nécessité d’une confession préalable ; Agnus Dei, Benedicamus Domino. Le latin disparaîtra peu à peu.

Les autres réformateurs agiront de la même façon. Zwingli, en Suisse, utilisera des récipients profanes à la place des vases sacrés et fera distribuer la communion par des laïcs 20. En Angleterre 21, la reine Elisabeth charge les théologiens de ne rien dire qui censurât le dogme de la présence réelle mais de le laisser indécis, au choix de chacun 22. Le latin laisse la place à l’anglais; l’autel est remplacé par une table posée face au peuple ; la communion est reçue debout puis dans la main ; la confession privée est remplacée par des cérémonies collectives ; au nom de Messe sont substitués ceux d’Eucharistie et de Cène 20. En résumé, les protestants porteront leurs efforts sur trois points essentiels :

l. Négation du caractère sacrificiel de la Messe, sauf dans le sens vague de sacrifice de louange ; pour eux la Cène est une sorte de repas communautaire.
2. Négation de la transsubstantiation ; pour eux la présence réelle se limite soit à une présence temporaire à l’intérieur des espèces, soit à une présence spirituelle.
3. Négation du sacerdoce du prêtre, remplacé par un sacerdoce collectif de l’assemblée des fidèles sous la présidence du prêtre ou du pasteur.

On retrouvera ces trois points dans la Nouvelle Messe, soit sous la forme d’omissions, soit sous la forme d’atténuations et d’affirmations équivoques. Nombre de commentaires iront jusqu’à l’affirmation catégorique, non équivoque.

Le Concile de Trente opposa au protestantisme le rempart de la doctrine catholique qu’il formula de manière précise et dans les formes requises pour lui assurer le caractère d’infaillibilité. Il n’est donc plus possible, sans quitter l’Eglise catholique, de revenir sur les définitions du Concile de Trente, définitions évidemment conformes à ce que l’Eglise avait toujours enseigné 23.

Pour le Concile de Trente, la Messe est un sacrifice véritable offert par le prêtre agissant, par la vertu de son sacerdoce, "in persona Christi", c’est-à-dire à la place du Christ qui est à la fois le prêtre et la victime, à la Messe comme sur la Croix.

La Messe est en effet le même sacrifice, mais non sanglant, que celui de la Croix. Ce sacrifice a quatre finalités : c’est un sacrifice de louange; un sacrifice eucharistique, c’est-à-dire une action de grâce; un sacrifice propitiatoire, c’est-à-dire qu’il nous rend Dieu favorable; un sacrifice impétratoire, c’est-à-dire destiné à présenter une demande. C’est surtout le caractère propitiatoire que les Protestants ont rejeté et que l’on a grand-peine à retrouver dans la Nouvelle Messe ; or ce caractère propitiatoire a été affirmé de manière solennelle, sous peine d’anathème, lors de deux sessions du Concile de Trente 24.

La victime du sacrifice de la Messe est Notre Seigneur Jésus-Christ réellement et substantiellement présent, dans son corps, son sang, son âme et sa divinité, sous les apparences du pain et du vin. Le changement de la substance totale du pain et du vin en le corps et le sang du Christ n’est clairement et sans équivoque défini que par le mot transsubstantiation, comme l’a rappelé solennellement et sous peine d’anathème le Concile de Trente 25.

Enfin, devant l’anarchie liturgique génératrice d’hérésies, le Concile de Trente décida : "Que le sacrifice soit accompli, selon le même rite partout et par tous, afin que l’Eglise de Dieu n’ait qu’un seul langage... Que les missels soient restaurés selon l’usage et la coutume ancienne de la Sainte Eglise Romaine" 26.

On entend souvent dire que Paul VI, en promulguant sa Messe, n’a fait que suivre l’exemple de St Pie V. C’est une grosse erreur, car Paul VI a établi un nouveau rite que, nous le verrons, ne demandait nullement le Concile Vatican II; alors que St Pie V s’est contenté, à la demande expresse du Concile de Trente, de restaurer la Messe romaine dans sa forme la plus pure.

Cette Messe restaurée fut promulguée le 19 juillet 1570 par St Pie V au moyen de la bulle Quo primum rédigée d’une manière particulièrement solennelle 27.

La bulle précise bien qu’il s’agit, non d’un nouveau rituel, mais d’un "Missel revu et corrigé" que des "hommes érudits, s’étant instruits des récits des Anciens et d’autres autorités qui nous ont laissé des monuments sur les anciennes liturgies, ont restitué... à la règle et au rite des saints Pères".

Que décrète la bulle au sujet des autres messes existant en 1570? Exactement le contraire de la politique suivie par les défenseurs de la Nouvelle Messe. Alors qu’actuellement toutes les variations et fantaisies sont autorisées ou tolérées et que seule la Messe restaurée par la bulle Quo primum est pourchassée avec l’acharnement que l’on sait, St Pie V supprime les rites récents et déviants, résultats ou générateurs d’hérésie, mais maintient au contraire toutes les messes "ayant un usage ininterrompu supérieur à deux cents ans,". En pratique, le missel révisé supplantera peu à peu, et sans contrainte, la plupart de ces messes anciennes qui en étaient très proches : c’est ainsi que le diocèse de Paris l’adoptera en 1615, près d’un demi-siècle plus tard 28.

Une disposition importante de la bulle accorde un indult à perpétuité selon lequel personne ne pourra jamais interdire à aucun prêtre de célébrer la Messe dite actuellement de St Pie V : "Que désormais, pour chanter ou réciter la Messe en n’importe quelles églises, on puisse, sans aucune réserve, suivre ce même missel, avec permission donnée ici et pouvoir d’en faire libre et licite usage, sans aucune espèce de scrupule ou sans qu’on puisse encourir aucunes peines, sentences et censures. Voulant ainsi que les prélats, administrateurs, chanoines, chapelains et tous autres prêtres... ne soient tenus de célébrer la Messe en toute autre forme que celle par Nous ordonnée; et qu’ils ne puissent, par qui que ce soit, être contraints et forcés à modifier le présent Missel." Tout cela signifie clairement qu’en cas de Nouvelle Messe chaque prêtre a le droit de continuer à célébrer selon le rite de 1570.

L’indult et la bulle elle-même sont protégés de manière particulièrement forte contre toute altération : "Statuons et déclarons que les présentes lettres ne pourront jamais et en aucun temps être révoquées ni modifiées mais qu’elle demeureront toujours fermes et valables dans toute leur force". Ou encore, à la fin de la bulle : "Qu’il ne soit à personne, absolument, permis d’enfreindre ou, par téméraire entreprise, contrevenir, à la présente charte," etc., "Que s’il avait l’audace de l’attenter, qu’il sache qu’il encourra l’indignation du Dieu tout-puissant et des bienheureux apôtres Pierre et Paul."

On entend parfois affirmer que la promulgation de la Nouvelle Messe a automatiquement abrogé la bulle et donc la Messe traditionnelle. C’est absolument faux. Il aurait fallu pour cela un acte pontifical abrogeant explicitement la bulle. Et même si la Messe dite de St Pie V n’avait pas eu le support de la bulle, il aurait fallu pour la supprimer une loi explicite selon le canon 30 du Code de droit canon qui précise 29 : "Une loi ne révoque pas les coutumes centenaires ou immémoriales contraires, à moins qu’il en soit fait une mention spéciale." Le canon 23 dit de même : "La révocation de la loi préexistante n’est pas présumée." Or aucun acte de Paul VI ni de ses successeurs ne mentionne une abrogation ni de la bulle ni de la Messe. On peut se demander pourquoi Paul VI, qui voulait certainement favoriser la Nouvelle Messe, n’a pas pris soin d’abroger la bulle. La réponse est que, s’il avait pu le faire validement, cette abrogation n’aurait sans doute pas été pour autant licite. Pour qu’une abrogation éventuelle soit licite, il faudrait qu’il y ait des motifs si graves qu’ils auraient amené St Pie V lui-même à cette abrogation; sinon elle porterait atteinte à l’essence de l’autorité suprême. Car, il ne faut pas l’oublier, la bulle est revêtue très clairement et très fortement de toutes les conditions de perpétuité; son fond est d’autre part une simple restauration du missel romain primitif.

En conclusion, la Messe dite de Paul VI ne peut être imposée à quiconque à la place de celle dite de St Pie V. Ajoutons qu’un certain nombre de paroisses ont conservé la Messe traditionnelle et que, si des persécutions feutrées sont menées contre leurs curés sous différents prétextes, aucune sanction n’est jamais prise contre eux au sujet de la Messe.

Très bien, dira-t-on, mais l’obéissance due au Pape ne doit-elle pas amener chacun à renoncer de lui-même à la Messe traditionnelle, puisqu’il parait évident que Paul VI voulait la remplacer ?

Deux mots sur l’obéissance dans l’Eglise 30. Il faut distinguer le magistère déclaratif et le magistère canonique. Le magistère déclaratif porte sur la conservation, la déclaration et la définition du dépôt de la révélation divine; exercé dans les conditions définies par le Concile Vatican I, il est infaillible et exige une obéissance absolue. Le magistère canonique porte sur l’organisation de la vie chrétienne ; il n’est pas infaillible et on ne lui doit pas obéissance, au contraire, s’il se trompe. Nous verrons que les textes de Vatican II relèvent du magistère canonique et non du magistère infaillible.

En ce qui concerne une prétendue interdiction de la Messe traditionnelle et une prétendue obligation de la Nouvelle Messe, on peut même douter qu’il y ait magistère canonique puisqu’il n’existe aucun acte pontifical précis sur ce point.


2ème partie : Histoire de la Messe jusqu’à Vatican II

La liturgie romaine restaurée par le Pape St Pie V subit des altérations dès la fin du XVIIe siècle, et spécialement en France sous l’influence du gallicanisme, du protestantisme et du jansénisme 31. Notons en vrac : diminution de l’esprit de prière, réduction du culte de la Ste Vierge et des saints, augmentation du nombre des lectures de l’Ecriture Sainte, remplacement ci et là de l’autel par une table, adoption du français ; toutefois on n’osa pas toucher au Canon qui resta presque toujours récité en latin mais à haute voix. En résumé, tendance à la désacralisation et à la profanation ; et aussi émiettement et anarchie puisqu’à la fin du XVIIIe siècle beaucoup de diocèses français avaient des liturgies particulières.

Ces fâcheuses tendances gagnèrent l’Allemagne et surtout l’Italie où, en 1786, le fameux synode de Pistoie prôna des mesures similaires : un seul autel par église avec extension de la concélébration, adoption de la langue vulgaire dans la liturgie, etc... Le synode de Pistoie fut condamné en 1794.

La Messe fut finalement restaurée dans sa pureté au cours du XIXe siècle, principalement dès 1830 par dom Guéranger, fondateur de Solesmes 32. La restauration des chants liturgiques, également entreprise par dom Guéranger, fut achevée par St Pie X.

Malheureusement, après la mort de ce Pape, le mouvement liturgique ne tarda pas à dériver vers une modification de la Messe où l’aspect apostolique passerait avant l’aspect cultuel, où l’éducation de l’esprit chrétien prendrait le pas sur le culte rendu à Dieu 33. Une fois de plus, on tendit à substituer la dimension horizontale à la dimension verticale, la Messe offerte par Dieu aux hommes à la Messe offerte à Dieu par les hommes (selon la parole de Luther).

Dès les années 1920, dom Beauduin envisage de faire servir la liturgie au mouvement œcuménique en l’adaptant aux urgences de l’union des Eglises. Certains de ses moines en profiteront pour passer à l’Eglise orthodoxe. Lui-même sera condamné mais continuera à collaborer avec les Dominicains les plus avancés, comme les pères Chenu, Congar et Roguet. Pie XII essaya en vain de mettre fin en 1947 à la subversion liturgique en publiant l’encyclique Mediator Dei où on lit par exemple 34 : "II faut réprouver l’audace tout à fait téméraire de ceux qui, de propos délibéré, introduisent de nouvelles coutumes liturgiques ou font revivre des rites périmés." Un peu plus loin : "De sorte que ce serait sortir de la voie droite de vouloir rendre à l’autel sa forme primitive de table, de vouloir supprimer radicalement des couleurs liturgiques le noir, d’exclure des temples les images saintes et les statues, etc."

Pie XII parle de "l’excessive et malsaine passion des choses anciennes". "II n’est pas sage ni louable", dit-il, "de tout ramener en toute manière à l’antiquité". II condamne par là l’archaïsme qui, sous couleur de retour aux sources, est un procédé révolutionnaire de rupture avec la tradition. On le voit largement appliqué de nos jours où les novateurs prétendent remonter au-delà du Concile de Trente et même de l’empereur Constantin. Tous les fondateurs d’hérésies ont agi ainsi.

Pascal disait déjà 35 : "L’art de fronder, bouleverser les Etats, est d’ébranler les coutumes établies, en sondant jusques dans leur source, pour marquer leur défaut d’autorité et de justice. Il faut, dit-on, recourir aux lois fondamentales et primitives de l’Etat qu’une coutume injuste a abolies. C’est un jeu sûr de tout perdre."

A cet endroit de notre travail apparaît, on le voit, la notion de subversion dans l’Eglise. Le moment est venu de nous demander quelles influences allaient provoquer la crise de l’Eglise à l’occasion du Concile Vatican II.

A vrai dire, ces influences étaient et sont encore multiples.

Il faut d’abord noter une imprégnation et une infiltration à l’intérieur de l’Eglise des sociétés secrètes 36, qui seront en grande partie à l’origine des idées de libéralisme 37, de modernisme, de faux œcuménisme. Dès le milieu du XIXe siècle, la Haute Vente des Carbonari s’inquiétait d’infiltrer les séminaires pour former un clergé acquis aux idées libérales, dans l’attente "d’un pape selon nos besoins" et pour réaliser "une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière" 38.

L’ex-chanoine Roca, passé aux sociétés secrètes, écrivait à la fin du XIXe siècle : "Je crois que le culte divin... subira prochainement, dans un concile œcuménique, une transformation qui, tout en lui rendant la véritable simplicité de l’âge d’or apostolique, le mettra en harmonie avec l’état nouveau de la conscience et de la civilisation moderne" 39.

Donnons maintenant trois citations de francs-maçons 40. St-Yves d’Alveydre, contemporain de Roca s’adressa aux catholiques libéraux : "Ne craignez pas, si vous le pouvez, d’être l’âme de la liberté morale, de la tolérance universelle, dussiez-vous, vous confondant avec les nations, y perdre momentanément votre corps de doctrine et de discipline, cette forme que vous appelez l’Eglise catholique" 41. Breyer en 1959 : "La liquéfaction de Rome, Dieu soit loué, se termine sous l’effort d’une jeune prêtrise qui n’aura plus rien de commun avec l’obscurantisme clérical" 42. Yves Marsaudon en 1964 : "II n’y a pas de problème à résoudre avec les églises protestantes, pas plus qu’il ne s’en pose entre la maçonnerie et la synagogue; les difficultés n’existent qu’avec la seule Eglise romaine." Du même : "Entre la formule franc-maçonnique du Grand Architecte de l’Univers et le point Oméga de Teilhard de Chardin, on discerne mal ce qui pourrait empêcher les hommes qui pensent de s’entendre. A l’heure actuelle, Teilhard de Chardin est certainement l’auteur le plus lu, à la fois dans les Loges et dans les séminaires" 43.

On sait qu’un certain nombre de prélats, parfois fort haut placés, ont été ou sont soupçonnés ou accusés d’appartenance à la franc-maçonnerie. La preuve de cette appartenance a été apportée pour l’un d’entre eux qui a aussitôt été éloigné du Vatican et expédié en Iran. Il est intéressant de noter qu’il s’agissait de Mgr Bugnini, le maître d’œuvre et le principal auteur de la Nouvelle Messe 44.

Autre influence dans l’Eglise : celle du marxisme, particulièrement évidente au niveau de l’Action ouvrière et de la J.O.C., mais tout aussi perceptible au sein de différents épiscopats 45. Il est d’autre part bien connu depuis le Pape Pie XII que les services soviétiques ont infiltré dans les séminaires de nombreux agents formés à cet effet 46. Quelques-uns ont été démasqués, comme le célèbre père Alighiero Tondi, secrétaire de Mgr Montini et agent du K.G.B. 47. Mais combien restent ignorés et ont pu même accéder à l’épiscopat ? Bernanos disait : "Je serai fusillé par des prêtres bolcheviks qui auront le Contrat social dans la poche et la croix sur la poitrine" 48.

Enfin, le clergé lui-même, poussé peu ou prou par ces influences, a connu des crises profondes 49. Au début de ce siècle, une partie du clergé se rallie à deux erreurs : l’américanisme ou recherche de l’efficacité par le rejet des vertus passives au profit des vertus actives; le modernisme ou recherche de l’adaptation de l’Eglise et des dogmes à la mentalité moderne. Léon XIII et St Pie X condamnent les deux erreurs, tout rentre dans l’ordre et le clergé revient à une haute vie spirituelle. La primauté est rendue à la contemplation; l’activité est subordonnée à la prière et à la pénitence.

En 1943, le trop célèbre livre des abbés Godin et Daniel, France pays de mission, prélude au retour brutal dès 1945 de l’américanisme et du modernisme. Les prêtres rêvent de conversions en masse et veulent voir les résultats de leur apostolat. On attribue la déchristianisation à un manque d’efficacité dû à des méthodes dépassées. Les pratiquants sont jugés indignes. Ils enferment les prêtres dans un ghetto en les isolant de la masse généreuse mais déchristianisée. Il faut convertir les masses en devenant semblables à elles et en écartant les pratiquants. Il faut chercher l’efficacité en faisant des expériences.

Mais la spiritualité est abandonnée, la notion de sacerdoce est abaissée, les expériences échouent. Plus les échecs sont patents, plus on pousse les abandons et les expériences. Les innovations post-conciliaires, faites dans le même sens, viendront consommer le désastre.

Le malheur de l’Eglise sera qu’au moment de ces innovations post-conciliaires le trône de St-Pierre sera occupé par un Pape, Paul VI, profondément imprégné de la philosophie subjective et naturaliste du libéralisme, aux antipodes de la doctrine catholique. Il ne nous appartient pas de juger ce Pape, mais lisons ces quelques phrases qu’il a prononcées et où l’on ne retrouve pas la misère de l’homme en face de la majesté et de la clémence de Dieu. En 1965, discours de clôture du Concile : "Toute la richesse doctrinale du Concile ne vise qu’à une chose : servir l’homme"; encore : "Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme." Lorsqu’un homme débarque sur la Lune : "Honneur à l’homme, roi de la terre et aujourd’hui prince du ciel." En 1970 : "L’Eglise croit très fermement que la promotion des droits de l’homme est une requête de l’Evangile et qu’elle doit occuper une place centrale dans son ministère." 1971: "Une paix qui ne résulte pas du culte véritable de l’homme n’est pas elle-même une véritable paix" 50. On voit que Paul VI était bien mal armé pour maintenir le Concile et l’après-Concile dans la voie de l’orthodoxie.

L’idée de réunir un Concile datait pratiquement de 1870. Cette année-là le Concile Vatican I fut interrompu par la guerre franco-prussienne et on estima depuis qu’il fallait le terminer. Les Papes Pie XI et Pie XII réunirent des commissions et entamèrent successivement des travaux préparatoires à la réunion d’un Concile Vatican II. Mais ils se rendirent rapidement compte que des forces subversives risquaient de s’emparer du Concile (on sait combien les grandes assemblées sont difficiles à mener et faciles à faire dévier) ; ils renoncèrent donc, l’un puis l’autre, à réunir ce Concile.

Jean XXIII fut moins prudent. Il crut pourtant avoir pris toutes les précautions nécessaires : les commissions conciliaires étaient toutes composées, les textes étaient rédigés ; une unique et courte session du Concile devait entériner le tout 51.

C’était compter sans les manœuvres d’un groupe de cardinaux d’Europe centrale et occidentale et de leurs conseillers, d’idées fort avancées; citons parmi ces derniers les pères Rahner, Congar, Schillebeeckx et Hans Küng. Il y eut une véritable conjuration qui permit, dès le premier jour, d’éliminer les commissions et les textes préparés par le Pape. Les témoins rapportent comment la masse des évêques, non prévenus, se laissa imposer des éléments progressistes à tous les postes clefs. Votes hâtifs, trucages, manœuvres émailleront toute l’histoire du Concile. Il ne manquera pas non plus de pressions extérieures : c’est ce qui explique qu’un Concile destiné à discuter des problèmes de notre temps ne fera même pas allusion au communisme. Mieux : une motion signée par 450 évêques et demandant la condamnation du communisme disparaîtra tout simplement sans laisser de trace. En revanche, à la demande des instances juives internationales, une déclaration sera votée en 1964 qui, pour laver les Juifs de toute responsabilité dans la mort du Christ, revenait à contredire et censurer certains passages des Evangiles; devant l’énormité de la chose, une autre déclaration, beaucoup plus modérée, sera votée en remplacement avec la même quasi-unanimité l’année suivante 52.

On ne sera pas surpris dans ces conditions que la plupart des textes du Concile, sans être vraiment condamnables (condamnables ils ne seraient pas passés), contiennent des équivoques, des phrases au sens vague, des ambiguïtés permettant ultérieurement des interprétations progressistes.

Il est important de noter qu’aucun de ces textes n’est revêtu de l’infaillibilité. Jean XXIII et Paul VI ont souvent souligné que le Concile n’avait qu’un caractère pastoral et non doctrinal. D’ailleurs la commission doctrinale du Concile a précisé : "Compte tenu de l’usage des Conciles et du but pastoral du Concile actuel, celui-ci définit comme devant être tenus par l’Eglise en matière de foi et de mœurs uniquement les points qu’il a clairement déclarés tels." Or aucun point ne fut déclaré tel 53.

La constitution sur la liturgie fut comme les autres rédigée de manière vague et ambiguë 54. Elle contient tout de même un certain nombre de dispositions intéressantes dont aucune ne laisse prévoir la suppression de la Messe traditionnelle. Bien au contraire, l’article 4 stipule "Obéissant fidèlement à la tradition, le Concile déclare que la sainte Mère l’Eglise considère comme égaux en droit tous les rites légitimement reconnus et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toute manière."

Notons aussi l’article 22 qui condamne ce que l’on a appelé depuis la créativité en liturgie. Les articles 36 et 54 qui ordonnent de conserver le latin. L’article 116 qui prescrit de laisser la première place au chant grégorien.

Le Concile n’a nulle part prévu la création d’une Nouvelle Messe et, pendant toute sa durée, les pères conciliaires ne célébreront que la Messe traditionnelle.

La Nouvelle Messe est le fruit d’un après-Concile qu’avant même qu’elle soit promulguée, en 1967 et 1968 déjà, des partisans du Concile jugeaient sévèrement 55. Etienne Gilson : "Divagation parmi les ruines." Le père Bouyer : "A moins de se boucher les yeux, il faut même dire franchement que ce que nous voyons ressemble bien moins à la régénération escomptée qu’à une décomposition accélérée du catholicisme". Le père de Lubac : "Sous le nom d’Eglise nouvelle, d’Eglise post-conciliaire, on s’efforce souvent de bâtir une Eglise autre que celle de Jésus-Christ : une société anthropocentrique, société qui est menacée d’une apostasie immanente et qui se laisse entraîner à n’être plus qu’un mouvement de laisser-aller général sous le prétexte de rajeunissement, d’œcuménisme et de réadaptation."

Au moment où ces jugements étaient portés, une commission réunie sous la direction de Mgr Bugnini, dont nous avons vu l’appartenance à la franc-maçonnerie, mettait la dernière main à la Nouvelle Messe. Etrange commission à la vérité, où siégeaient six observateurs protestants qui figurent à côté de Paul VI sur une célèbre photographie 56. Quel fut le rôle de ces protestants dans cette commission catholique? Voici un témoignage catholique, celui de Mgr Baum 57 : "Ils ne sont pas là", écrit-il en 1967, "simplement en observateurs mais aussi bien en experts, et ils participent pleinement aux discussions sur le renouveau liturgique". Un des six protestants, le chanoine anglican Jasper, déclare de son côté en 1977 : "Nous étions, bien sûr, autorisés à commenter, critiquer et faire des suggestions" 57.

On peut être, à bon droit, surpris de voir des protestants participer à l’élaboration d’une Messe catholique, alors que cette Messe repose précisément sur des dogmes que les protestants rejettent. On remarquera, en passant, qu’aucun prêtre orthodoxe n’avait été invité alors que la foi orthodoxe sur la Messe est la même que la foi catholique.


3ème partie : Le faux œcuménisme et la Nouvelle Messe

Malgré la longueur de ce travail, pourtant limité aux points essentiels, il nous faut développer ici une parenthèse sur l’œcuménisme. Car c’est bien un souci d’œcuménisme, ou plutôt de faux œcuménisme, qui justifie la création de la Nouvelle Messe.

Il existe un œcuménisme catholique : il consiste à convertir, à ramener à l’Eglise catholique tous ceux qui en sont éloignés. Au IIIe siècle, St Cyprien écrit son fameux : "Hors de l’Église point de salut" 58. Au IVe siècle, St Augustin déclare : "Quiconque se séparera de cette Eglise catholique n’aura pas la vie" 59. Pie IX condamne la proposition selon laquelle "le protestantisme n’est qu’une des diverses formes de la même et vraie religion chrétienne dans laquelle il est possible de plaire à Dieu, tout comme dans l’Eglise catholique" 60.

En 1928, dans son encyclique Mortalium animos, Pie XI condamne le faux œcuménisme et précise : "II n’est pas permis de procurer l’union des chrétiens autrement qu’en favorisant le retour des dissidents à la seule et véritable Eglise du Christ dont ils se sont jadis malheureusement éloignés." Il ajoute, parlant des faux œcuménistes : "En ce qui concerne les dogmes de la foi, il n’est nullement permis d’user de la distinction qu’il leur plaît d’introduire entre les vérités de la foi fondamentales et les non-fondamentales, comme si les unes devaient être reçues par tous, tandis que les fidèles se verraient autorisés à croire ou à ne pas croire les autres."

En 1949, le Saint Office publie une mise en garde contre le Mouvement œcuménique 61; il déclare : "La doctrine catholique doit être proposée et exposée totalement et intégralement ; il ne faut point passer sous silence et voiler par des termes ambigus ce que la vérité catholique enseigne."

II est bien évident que l’œcuménisme post-conciliaire prend le contre-pied de ces instructions et provoque une protestantisation de l’Eglise catholique 62. Certes nous avons en commun avec les protestants tout ce qu’ils ont gardé du catholicisme, mais la charité à leur égard consiste à leur rendre ce qu’ils ont perdu et non à les rassurer dans leur schisme en adoptant leurs erreurs. Les signes de cette protestantisation sont très nombreux : adoption des erreurs doctrinales, discussion incessante, démocratisation de l’Eglise, laïcisation au moins extérieure du sacerdoce. Nous verrons tout à l’heure les germes de la protestantisation dans la Nouvelle Messe.

Pourquoi cette protestantisation, plutôt que, par exemple, une orthodoxisation? Tout simplement parce que le protestantisme, c’est la voie de la facilité. Le protestantisme est plus commode, moins exigeant, plus conforme au respect humain que le catholicisme. Il est aussi plus proche des idées démocratiques actuellement dominantes et qui sont en grande partie d’ailleurs issues de la Réforme par l’intermédiaire, en particulier, des loges maçonniques.

Les orthodoxes n’y trouvent pas leur compte. Voici ce qu’écrit un Russe orthodoxe habitant en Russie : "Je dois vous dire honnêtement que nous, chrétiens orthodoxes, sommes scandalisés de ce qui se passe dans l’Eglise catholique. Depuis le Concile Vatican II, la rupture entre les chrétiens orthodoxes et les catholiques romains s’agrandit de plus en plus... Vous perdez le sens du sacré... Vous oubliez l’absolue priorité de la prière et de la pénitence... Je ne sais si vous atteignez réellement les protestants, mais je suis certain, absolument certain que vous découragez les chrétiens orthodoxes" 63.

Voici maintenant ce que pensent certains protestants. On lit dans un article de La Documentation Chrétienne 64 : "L’Eglise officielle d’aujourd’hui, qui se veut œcuménique, accepte toutes les religions, toutes les sectes au nom de la liberté de conscience, de pensée et de culte, tout comme le fait la Franc-Maçonnerie. Mais, comme elle, elle excepte de cette compréhension, d’ailleurs hérétique, les catholiques de la Tradition, ce qui prouve qu’ils sont, eux, la véritable Eglise." De la même source protestante : "Les traditionalistes catholiques, a l’heure actuelle, sont les véritables défenseurs de la foi chrétienne dans l’Église romaine."

Le pasteur Rigal, de Strasbourg, écrit 65 : "Mgr Lefebvre dénonce avec énergie l’œcuménisme en ce qu’il a d’équivoque et de mensonger, et qui crée de nouvelles divisions. Et que dire de la confusion créée par les mariages œcuméniques et par les concélébrations au même autel et simultanément... de la Messe et de la Sainte Cène par un prêtre et par un pasteur, chacun... consacrant les espèces? Mgr Lefebvre... est logique et conséquent avec la doctrine de son Eglise, avec sa Tradition, avec ses condamnations et ses refus."

Même opinion des protestants François Bluche et Pierre Chaunu 66 qui soulignent plus spécialement les modifications apportées aux séminaires : "En dix ans", disent-ils, "le nombre des entrées a chuté de 10 à l. Au programme on a remplacé St Thomas d’Aquin par Marx et Feuerbach. "Pour ces auteurs, "la réussite d’Ecône soulignait l’échec des nouveaux séminaires, l’ordo de St Pie V maintenu", etc. D’où, d’après eux, l’acharnement de l’épiscopat français contre Ecône.

Voici ce que disait en 1981 le pasteur René Barjavel : "L’Eglise catholique a cassé sa liturgie, lessivé son rite, escamoté ses mystères, baissé sa flamme de joie ; à toute vitesse elle se fait protestante" 67.

Pour être tout à fait "œcuméniques", citons encore le grand rabbin Kaplan 68 : "Serais-je catholique romain que je serais intégriste... Notre différence avec les catholiques, la seule mais elle est capitale, c’est qu’ils s’efforcent d’adapter la religion à l’homme tandis que nous travaillons à l’adaptation de l’homme à la religion".

Même réflexion du protestant Cullmann 69 : "Le grand coupable n’est pas le monde sécularisé, mais le faux comportement des chrétiens à l’égard du monde. On croit que pour accomplir sa tâche d’apôtre, le chrétien doit être dans le vent et suivre toutes les modes. La crise de la foi est manifestée par la capitulation devant le monde." L’auteur fait remarquer que St Paul ne s’est pas conformé au monde et que c’est là la clef du succès de sa prédication.

On aura remarqué que ces différents observateurs non-catholiques voient dans le pseudo-œcuménisme une tentative de destruction du catholicisme en faveur d’un amalgame de religiosité inter-confessionnelle, assez analogue aux conceptions déistes de la Franc-Maçonnerie.

La Nouvelle Messe apparaît comme une arme de choix, mais non la seule, de cette entreprise de protestantisation ou, mieux, de réduction du catholicisme à un humanisme déiste. Atteint-elle son but? Demandons-le à quelques nouveaux témoins.

D’abord du côté des luthériens, le frère Thurian, de Taizé, déclare en 1969 70 : "Des communautés non-catholiques pourront célébrer la Sainte Cène avec les mêmes prières que l’Eglise catholique. Théologiquement, c’est possible." On remarquera que cette possibilité n’existe pas avec la Messe traditionnelle parce que celle-ci est le reflet de la théologie catholique. Que l’on ne nous dise pas, alors, que la Nouvelle Messe ne diffère que par des détails secondaires de la Messe traditionnelle, puisque pour les protestants ces différences sont essentielles. On notera d’ailleurs, et c’est une remarque pleine d’enseignement, que le texte de l’office de Taizé, tel qu’il existait en 1959, est très voisin de celui de la Nouvelle Messe de 1969 71. Le frère Thurian avait été un des six protestants de la commission de Mgr Bugnini.

Encore un luthérien, M. Siegwalt, professeur de dogmatique à la faculté protestante de Strasbourg. Il écrit en 1969 : "Rien dans la messe maintenant renouvelée ne peut gêner vraiment le chrétien évangélique" 72.

Un autre protestant, Roger Mehl, écrit en 1970 : "II n’y a plus de raisons pour les Eglises de la Réforme d’interdire à leurs fidèles de prendre part à l’eucharistie romaine." Plus loin : "La transsubstantiation... fait l’objet de tant de contestations parmi les théologiens et les prêtres qu’on ne peut plus la considérer comme un obstacle décisif" 73.

Le Consistoire de la Confession d’Augsbourg et de Lorraine déclare en 1973 : "II devrait être possible aujourd’hui à un protestant de reconnaître dans la célébration eucharistique catholique la cène instituée par le Seigneur. Nous tenons à l’utilisation des nouvelles prières eucharistiques dans lesquelles nous nous retrouvons "74.

Du côté des anglicans citons l’archidiacre Pawley : "La liturgie romaine révisée... ressemble maintenant très étroitement à la liturgie anglicane." Plus loin : "La nouvelle liturgie, en beaucoup d’endroits, a dépassé la liturgie de Cranmer, en dépit d’un retard de 400 ans, dans sa modernité" 75.

Même opinion chez un anglican converti au catholicisme, le grand écrivain Julien Green. Après avoir regardé une Nouvelle Messe à la télévision, il écrit : "Ce que je reconnus, comme Anne (sa sœur) de son côté, était une imitation assez grossière du service anglican qui nous était familier dans mon enfance. Le vieux protestant qui sommeille en moi dans sa foi catholique se réveilla tout à coup devant l’évidente et absurde imposture que nous offrait l’écran, et cette étrange cérémonie ayant pris fin, je demandai simplement à ma sœur : Pourquoi nous sommes-nous convertis?" Plus loin : "Je compris d’un coup avec quelle habileté on menait l’Eglise d’une façon de croire à une autre. Ce n’était pas une manipulation de la foi mais quelque chose de plus subtil" 76. Lex orandi, lex credendi.

Un autre écrivain converti, Marie Carré, a consacré à cette question un très beau livre que son éditeur présente ainsi : "Marie Carré n’a pas quitté le calvinisme pour que son curé l’y reconduise de force" 77.

Terminons cette partie de notre travail par trois témoignages venus des pays de l’Est. Notre Russe orthodoxe de tout à l’heure :d’abord "Je puis vous assurer que les athées de notre pays se réjouissent de ce que vous faites, principalement le baptême par étapes. Ils disent : " Regardez et voyez, les catholiques français font ce que vous refusez" 78.

Un témoignage de Lituanie en 1978 : "Dernièrement les autorités soviétiques insistent de plus en plus auprès des évêques pour qu’ils appliquent la réforme liturgique du Concile" 79. Enfin une lettre en 1980 du secrétaire de l’Assemblée épiscopale de Pologne : "Sachez qu’ici on nous impose la nouvelle liturgie pour faire perdre la Foi à nos populations" 80. Est-il besoin de commenter ?


4ème partie : La Nouvelle Messe

Le nouveau missel fut publié le 3 août 1969. Il était accompagné d’un long texte de présentation, l’Institutio generalis, dont la lecture frappa de stupeur les théologiens catholiques. Un "Bref examen critique de la nouvelle messe" fut présenté à Paul VI, avec l’accord d’une vingtaine de cardinaux, par les cardinaux Ottaviani et Bacci qui notaient dans la préface : "Le nouvel Ordo Missae s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe" 81.

Effectivement, on ne retrouve nulle part dans l’Institutio generalis les finalités de la Messe que nous avons rappelées plus haut. Le mot "sacrifice" figure dix fois, mais jamais dans le sens catholique de sacrifice propitiatoire; on en reste au sens vague admis par les protestants 82. Tout nage dans l’équivoque : la prière eucharistique est définie comme une prière présidentielle dans l’article 10 83, comme une prière d’action de grâces et de sanctification dans l’article 54.

Deux des principaux fondements de la Messe catholique étaient particulièrement gommés :

- d’abord, la présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin. Les mots "présence réelle" ne figurent d’ailleurs qu’une fois, en note, et dans un sens restreint 84, dans la note 63 de l’article 241. Le mot "transsubstantiation" lui-même n’est pas utilisé une seule fois. Rappelons que la proposition 29 du synode de Pistoie fut condamnée en 1794 pour le simple motif qu’elle donnait une définition exacte de la transsubstantiation mais sans en citer le nom ce qui "favorisait les hérétiques " 85.

- deuxième fondement de la Messe catholique particulièrement miné : le sacerdoce du prêtre. Le prêtre devient le président, le frère. On ne trouve aucune allusion à son pouvoir de ministre du sacrifice, ni à l’acte consécratoire qui lui revient en propre, ni à la réalisation par son intermédiaire de la présence eucharistique.

Bien au contraire, on insiste sur "le rôle sacerdotal du peuple" (article 45), sans mention de sa subordination à celui du prêtre. Nulle part n’est indiquée la valeur intrinsèque du Sacrifice eucharistique en dehors de l’assemblée. Tout au contraire, le caractère communautaire de la Messe revient comme une obsession, notamment de l’article 74 à l’article 152, comme si l’eucharistie était l’œuvre de l’assemblée. Nous le verrons, certains le diront.

En résumé, l’Institutio generalis ne contenait aucune des données dogmatiques de la Messe, mais était largement imprégnée des idées protestantes.

Plus extraordinaire encore, son article 7 donnait de la Messe une définition positivement luthérienne, donc carrément hérétique. La voici : "La Cène du Seigneur ou Messe est la synaxe sacrée ou le rassemblement du peuple de Dieu sous la présidence du prêtre pour célébrer le mémorial du Seigneur. C’est pourquoi vaut éminemment pour l’assemblée locale de la Sainte Eglise la promesse du Christ : Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux." D’après l’article 7, la Cène (dénomination protestante) ou Messe est donc uniquement le rassemblement du peuple de Dieu; le prêtre n’est que le président; œuvre de la communauté, la Cène n’est que la célébration du mémorial du Seigneur; d’après la deuxième phrase, la présence du Christ, purement spirituelle, est le fait de l’assemblée. Luther ne disait rien d’autre.

Le scandale fut trop grand pour être étouffé. Dès 1970, on fit précéder l’Institutio generalis d’un praemium ou préambule plus orthodoxe quoique non dépourvu lui aussi d’ambiguïté 86 ; en somme une explication de l’explication.

Le praemium expliquait notamment (articles 6 à 9) qu’au temps de St Pie V la foi catholique était menacée à propos du sacerdoce, de la présence réelle et du caractère sacrificiel de la Messe. D’après lui, il n’en est plus de même actuellement et on peut donc atténuer dans la Messe le rappel de ces dogmes. C’est là nier l’évidence alors même que, dans l’encyclique Mysterium fidei, Paul VI déclare tout le contraire en 1965 87. On remarquera avec gêne qu’on retrouve là le procédé immuable de tous les hérétiques : insinuation d’erreurs parmi des déclarations orthodoxes ; lorsqu’il y a contestation, multiplication des déclarations orthodoxes mais maintien des erreurs sous une forme atténuée 87.

Le préambule de 1970 apparaît surtout comme un camouflage auquel on ajouta des modifications minimes à l’Institutio generalis et notamment à l’article 7. Mais cette modification de l’article 7 appelle plusieurs remarques :

* Première remarque, que les juristes apprécieront. Le texte révisé fut publié comme incognito avec la date du premier. En fait, il y eut même trois éditions différentes portant la même date, car on avait oublié d’indiquer la date d’entrée en vigueur de la Nouvelle Messe. Passons sur un autre détail juridique : le texte latin ne contenait aucune formule d’obligation ; la traduction française y a remédié par un trucage 88. Nous en verrons bien d’autres tout à l’heure.
* Deuxième remarque. L’épiscopat français en est resté au texte hérétique de l’article 7 de 1969 sans tenir compte de la rectification de 1970, puisque c’est ce texte que l’on retrouve dans la brochure officielle publiée pour préparer le Congrès eucharistique de Lourdes en 1981.
* Troisième remarque. Le nouveau texte, s’il n’est plus formellement hérétique, reste très ambigu. Pour ne pas allonger ce travail, nous renvoyons son analyse en note 89 et nous nous contentons de citer l’opinion à ce sujet de l’Allemand Lengeling, un des auteurs catholiques de la Nouvelle Messe 90 : "Dans la présentation générale (Institutio generalis) du Missel de 1969, il faut signaler la théologie sacramentelle de la célébration de la messe ; cette théologie est porteuse d’œcuménisme... Malgré la nouvelle rédaction de 1970, que des attaques réactionnaires ont fini par obtenir, mais qui évite le pire grâce à l’habileté des rédacteurs, cette théologie sacramentelle permet... de sortir des impasses post-tridentines du sacrifice."
* Quatrième remarque. Même si l’Institutio generalis s’est trouvée légèrement améliorée, la Messe qu’elle définissait et expliquait n’a pratiquement pas été retouchée et reste donc liée à la première version.


L’examen du nouveau missel montre en effet une évolution très marquée dans les différentes directions fixées par Luther et les autres réformateurs. Nous verrons plus loin que la traduction ou prétendue telle de la Nouvelle Messe en français aggrave sensiblement cette tendance.

Pour l’instant restons-en à la version latine du nouveau missel. Nous y remarquons : atténuation de toutes les formes de piété et des affirmations dogmatiques, gommage du sacerdoce du prêtre, disparition de l’affirmation du caractère de sacrifice propitiatoire de la Messe, atteintes insidieuses ou évidentes du dogme de la présence réelle. Bref : ambiguïté ou équivoque sur toute la ligne.

Et aussi diminution du caractère sacré. On remarque, en particulier, que l’avant-messe, dite liturgie de la parole, est allongée alors que la durée de la Messe proprement dite se trouve réduite, la plupart du temps, à quelques minutes.

Tout ce qui touche au surnaturel ou aux dogmes est diminué. Certes rien n’est supprimé, mais tout est réduit, en sorte que la Foi ne peut, elle aussi, que s’atténuer. Une étape supplémentaire dans le même sens sera accomplie, nous le verrons, par la traduction française. Le cycle sera pratiquement bouclé avec les adaptations très larges tirées de cette traduction.

Mais revenons au texte latin de la Nouvelle Messe. Constatons déjà que la Sainte Trinité, priée ou invoquée 23 fois dans la Messe traditionnelle, n’y figure plus que 3 ou 6 fois selon les cas 91. Les noms de la Ste Vierge et des saints disparaissent du Libera nos ; ceux des saints, supprimés dans trois canons, sont facultatifs dans la prex I 92. Le mot "âme" disparaît de presque tout le propre ; il ne figure dans aucune des 83 oraisons proposées pour les funérailles ; on ne le trouve plus qu’une seule fois, dans la postcommunion de St François Xavier 93. De même, la quinzaine d’allusions aux miracles et apparitions contenues dans les messes des saints se trouve réduite à deux 93 ; les apparitions de Lourdes elles-mêmes ont disparu de la messe de Ste Bernadette. Les anges et l’enfer sont également devenus rares.

Les adaptations françaises gommeront gravement le caractère sacerdotal du prêtre. Mais le texte latin y porte déjà de premières atteintes. Nous avons vu que l’Institutio generalis passe entièrement sous silence le pouvoir du prêtre comme ministre du sacrifice. Les ornements liturgiques, qui sont les signes symboliques de la conformation du prêtre au Christ, semblent pour la plupart être devenus facultatifs. Au début de la Messe, le prêtre récite le Confiteor avec les fidèles et ne donne plus l’absolution; il n’est donc plus qu’un fidèle parmi les autres; il n’est plus le juge et l’intercesseur. De même, la plus grande partie des prières de la communion du prêtre sont supprimées ; le prêtre tend à être seulement le premier des fidèles à communier.

Le caractère de sacrifice propitiatoire de la Messe, caractère capital, disparaît en fait. L’accent est sans cesse mis sur la nourriture et la sanctification des membres présents. Dans le même esprit l’autel est remplacé par une simple table où ne sont plus incluses des reliques. Le Mémento des morts se trouve tronqué et édulcoré dans trois des quatre canons qui ne rappellent plus, l’offertoire non plus, que la Messe opère la rémission des péchés tant pour les morts que pour les vivants.

Enfin, et c’est la victoire de Luther, l’offertoire qu’il haïssait tant parce que cet offertoire exprimait admirablement le sacrifice et la propitiation, l’offertoire est purement et simplement supprimé. On l’a remplacé par une prière israélite tirée de la Kabbale et sans grande signification. Alors que l’offertoire traditionnel est celui de la victime du sacrifice (l’hostie immaculée, le calice du salut), l’offertoire actuel n’est plus que l’offrande dérisoire de quelques miettes de pain et de quelques gouttes de vin.

Le plus grave, dans le texte latin de la Nouvelle Messe, c’est l’attaque insidieuse menée contre le dogme de la présence réelle à laquelle toute référence, même indirecte, est supprimée 94. La simple multiplication des prières eucharistiques a fait perdre au canon son caractère de prière fixe, inchangeable, de roc de la Foi. En outre, nous allons le voir, les trois nouveaux canons sont très insuffisants.

Mais il reste, dira-t-on, la prex I, le canon romain traditionnel, conservé, il est vrai, pour faire accepter les autres, mais de moins en moins utilisé. Or le canon romain de la Nouvelle Messe est, en réalité, le résultat de nombreuses manipulations du véritable canon traditionnel, manipulations qui sont autant d’atteintes au dogme de la présence réelle.

Jugez-en. La formule consécratoire de type incitatif est qualifiée de "récit de l’institution" et acquiert un type narratif; dans les textes imprimés, plus rien (le point, les caractères, la couleur) ne la distingue du reste du canon. Les mots "mysterium fidei", déplacés, ne se rapportent plus à la consécration, mais à la Passion du Christ. L’acclamation dévolue à l’assistance ajoute une nouvelle ambiguïté ; que signifie en effet la formule "Nous annonçons ta mort, Seigneur... jusqu’à ce que tu viennes", au moment où précisément le Christ est venu sur l’autel où il est substantiellement présent ?

Il s’ajoute à cela une foule de modifications que l’on pourrait juger sans importance si elles ne convergeaient toutes dans le même sens. D’ailleurs, si elles étaient sans importance, pourquoi les aurait-on imposées ?

Voici l’essentiel de ces modifications. Suppression de la génuflexion après les paroles de la consécration; il ne subsiste donc que la génuflexion qui suit l’élévation, comme si, selon l’interprétation protestante, le Christ n’était présent que du fait de la foi des croyants. Diminution de toutes les marques de respect envers les saintes espèces : plus de tabernacle sur l’autel, plus d’autel consacré, plus de dorure à l’intérieur des vases sacrés, plus de pale obligatoire pour protéger le calice ; une seule nappe au lieu de trois ; plus de purification des doigts du prêtre dans le calice ; plus d’obligation pour le prêtre de tenir joints les doigts qui ont touché l’hostie pour éviter tout contact profane. Pour les fidèles, plus d’agenouillement à la communion ; action de grâce assise, alors que l’on connaît l’influence de l’attitude physique sur la qualité de la prière.

Ajoutons l’adoption de formules reprises à Luther : l’addition de "qui est livré pour vous", la formule "Faites ceci en mémoire de moi", la doxologie ajoutée au Pater.

Et que dire de l’obligation de dire le canon à haute voix à la mode luthérienne, alors que le Concile de Trente a jeté l’anathème sur cette même obligation ?

Toutes ces rema