LA MESSE DES DÉFUNTS
Répons : Subvenite
La messe des défunts n'est jamais chantée le dimanche, et ne devrait donc pas normalement figurer dans cet ouvrage. Cependant c'est certainement la messe qui est le plus souvent chantée : 2 novembre, enterrements, messes anniversaires, etc. et il serait dommage de ne pas en parler. Nous présenterons même tous les chants de la cérémonie des funérailles tels qu'ils se déroulent dans l'église, en commençant par le Répons Subvenite, qui est chanté à l'entrée du cercueil.
Les Répons sont principalement des chants de l'office des matines, mais on en chante aussi en d'autres circonstances, notamment pour accompagner une procession d'entrée dans l'église, nous l'avons vu par exemple le 2 février ou le dimanche des Rameaux. Ils comportent toujours des versets, chantés sur des psalmodies très ornées, et après lesquels on reprend à chaque fois la dernière phrase du Répons.
Le texte de celui-ci n'est pas tiré de la Sainte Écriture (aucun des chants de cette cérémonie ne le sont d'ailleurs, à part le verset du Graduel). Notre église de pierres est la figure du ciel, et dès maintenant l'Église demande que l'âme du défunt y soit accueillie par ceux qui y sont déjà :
Subvenite Sancti Dei, occurrite Angeli Domini : Suscipientes animam ejus : Offerentes eam in conspectu Altissimi.
Venez à sa rencontre saints de Dieu, accourez anges du Seigneur, recevez son âme et offrez-la en présence du Très-Haut.
La mélodie de cette invitation est pleine de douceur, de lumière et de paix. Voici maintenant le texte du premier verset :
Suscipiat te Christus, qui vocavit te : et in sinum Abrahæ Angeli deducant te.
Que le Christ t'accueille, Lui qui t'a appelé, et que les anges te conduisent dans le sein d'Abraham.
Le sein d'Abraham est une figure biblique qui désigne le ciel ; on la trouve en particulier dans l'évangile du mauvais riche et du pauvre Lazare.
Le deuxième verset des Répons à généralement pour texte le Gloria Patri, mais dans la liturgie des défunts celui-ci est partout remplacé par la phrase Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis, que nous allons retrouver à de nombreuses reprises ; nous en parlerons à propos de l'Introït dont elle constitue le texte.
Introït : Requiem
Après le Répons Subvenite qui accompagne l'entrée du cercueil dans l'église, commencent les chants de la messe des défunts.
L'Introït reprend le texte du deuxième verset du Répons Subvenite, qui revient comme un leitmotiv dans toute la liturgie des défunts, notamment à la fin des psaumes :
Requiem æternam dona eis Domine : et lux perpetua luceat eis.
Donnez leur Seigneur le repos éternel, et que la lumière sans fin brille pour eux.
Le repos, la lumière : voilà les deux caractéristiques de la bienheureuse éternité qui s'opposent aux fatigues et aux obscurités de cette vie. Voila ce que nous allons demander sans cesse tout au long de cette messe pour ceux qui nous ont quittés, et ce qui rend cette liturgie si apaisante et si consolante. On sait que la messe des défunts est couramment appelée messe de requiem, du premier mot de cet Introït, mais on ne pense pas toujours que requiem veut dire " repos ". Ce texte n'est pas tiré de la Sainte Écriture et viendrait d'un écrit apocryphe. en tout cas il nous est donné par l'Église comme la meilleure expression de notre prière en ce jour. Et s'il nous parle de repos et de lumière, la mélodie simple et un peu monotone apporte le calme et la sérénité, non sans une certaine ferveur dans ses élans successifs.
Ce court Introït est accompagné, comme verset, du début du psaume 64 qui est un cantique d'action de grâces et de louange au Seigneur pour tous ses bienfaits :
Te decet hymnus Deus in Sion, et tibi reddetur votum in Jerusalem : exaudi orationem meam, ad te omnis caro veniet.
À Vous, Ô Dieu convient une hymne dans Sion, à Vous sont acquittés les vœux à Jérusalem. Écoutez ma prière ; que toute chair vienne à vous.
C'est évidemment à cause de ces derniers mots que ce verset a été choisi. La chair au sens biblique désigne non seulement le corps physique, mais la nature humaine avec toutes ses facultés, qui est appelée à la résurrection finale comme l'enseigne notre Credo.
Graduel : Requiem
Nous retrouvons dans la première partie du Graduel de la messe des défunts le même texte que dans l'Introït, le refrain de toute cette liturgie : Requiem æternam dona eis Domine, et lux perpetua luceat eis, toujours le repos et la lumière.
La deuxième partie est très différente : c'est le seul texte de cette messe et même de toute la cérémonie des funérailles, qui soit tiré de la Sainte Écriture ; il s'agit d'un verset du psaume 111 Beatus vir, qui chante le bonheur du juste, celui qui accomplit parfaitement la volonté divine :
In memoria æterna erit justus, ab auditione mala non timebit.
Le souvenir du juste sera éternel, il n'aura pas à craindre qu'on dise du mal de lui.
Dans le psaume, la bonne renommée dont jouit le juste est purement terrestre. Dans la liturgie le mot éternel prend tout son sens ; il s'agit du ciel où le juste a mérité de prendre place parmi les élus. Si ce texte n'est pas littéralement une prière, nous pouvons le chanter comme suite à la prière de la première partie pour demander que tous ceux pour qui nous prions fassent partie des bienheureux dont nous rappelons le souvenir chaque année à la Toussaint. La mélodie de ce Graduel est une mélodie type que nous avons déjà rencontrée souvent, et dont nous avons dit que ses souples et amples vocalises se prêtent à l'expression de toutes sortes de sentiments : ici évidemment notre prière ardente et confiante pour tous ceux qui nous ont quittés.
Trait : Absolve
Après le Graduel, la messe des défunts comporte un Trait à la place de l'Alléluia, comme en Carême. On sait qu'au point de vue de la forme le Trait est une psalmodie avec des intonations et des formules de cadences très ornées, mais le texte de celui-ci n'est pas tiré d'un psaume. C'est une prière de l'Église qui expose de manière très précise notre demande pour ceux qui nous ont quittés.
Absolve, Domine, animas omnium fidelium defunctorum ab omni vinculo delictorum. Et gratia tua illis succurrente, mereantur evadere judicium ultionis. Et lucis æternæ beatitudine perfrui.
Délivrez, Seigneur, les âmes de tous les fidèles défunts de tous les liens des péchés. Et avec le secours de votre grâce qu'ils méritent d'échapper au jugement de vengeance, et de jouir du bonheur de la lumière éternelle.
On retrouve à la fin le thème de la lumière qui est présent tout au long de cette messe. La mélodie est une mélodie type qui appartient à de nombreux Traits, en particulier ceux de la vigile pascale. Elle est par elle-même assez joyeuse et affirmative, ce qui donne à cette prière un caractère de confiance et d'espoir.
Séquence : Dies iræ
Le Trait de la messe des défunts est maintenant suivi de la célèbre Séquence Dies iræ, mais celle-ci n'appartenait pas à l'origine à la liturgie des funérailles, puisqu'elle n'a été composée qu'au treizième siècle ; elle est attribuée au franciscain Thomas de Celano, un des premiers compagnons de saint François d'Assise, et n'était peut-être pas d'abord destinée à la messe des morts, mais cette magnifique méditation sur les fins dernières s'y intègre parfaitement, et les fidèles y sont très attachés. Elle n'est d'ailleurs que le développement littéraire et musical d'un verset du Répons Libera me que nous trouverons à l'absoute après la messe, et qui est beaucoup plus ancien. Ce thème musical est souvent considéré comme le thème de la mort, et a été utilisé par de nombreux compositeurs. Quant au texte, s'il insiste beaucoup sur le jugement redoutable, il évoque aussi de façon très émouvante la douce miséricorde du Sauveur qui a donné sa vie pour nous. Cette Séquence est très longue : elle se compose de dix-huit strophes, comprenant chacune trois vers de huit pieds, dont la mélodie se répète deux par deux. Aussi, comme pour la Séquence Lauda Sion de la fête du Saint Sacrement, nous ne reproduisons pas ici le texte latin, et nous nous contentons d'en donner la traduction.
Jour de colère que ce jour-là qui réduira le monde en cendre, selon David et la Sibylle.
Quelle terreur quand le juge viendra pour tout examiner avec rigueur !
La trompette retentissant avec éclat parmi les tombeaux de tous lieux rassemblera les hommes devant le trône.
La mort et la nature s'étonneront quand la créature ressuscitera pour répondre au Souverain Juge.
On présentera le livre où est écrit et renfermé tout le jugement du monde.
Quand le juge siégera, tout ce qui est caché apparaîtra, et rien ne restera impuni.
Malheureux, que dirai-je alors ? Quel avocat vais-je implorer lorsque le juste à peine sera rassuré ?
Roi d'une majesté redoutable, qui sauvez par grâce ceux qui doivent être sauvés, sauvez-moi, source de bonté.
Souvenez vous, bon Jésus, que c'est pour moi que Vous êtes venu, ne me perdez pas en ce jour là.
En me cherchant Vous Vous êtes assis, fatigué, en souffrant sur la croix Vous m'avez racheté. qu'une telle peine ne soit pas vaine.
Juge juste et vengeur, accordez-moi la grâce du pardon avant le jour des comptes.
Je gémis comme un coupable, mes fautes font rougir mon front. Je vous en supplie, Ô Dieu, épargnez-moi.
Vous qui avez absous Marie-Madeleine, exaucé le bon larron, et m'avez ainsi donné l'espérance,
Mes prières ne sont pas dignes, mais dans votre bonté faites que je ne brûle pas au feu éternel.
Placez-moi parmi les brebis, séparez-moi des boucs, et mettez-moi à votre droite.
Confondant les maudits voués aux flammes éternelles, appelez-moi avec les bénis.
Suppliant et prosterné, le cœur broyé comme cendre, je vous conjure de prendre soin de mes derniers moments.
Ô jour de larmes où l'homme coupable ressuscitera de la poussière pour être jugé ; pardonnez-lui donc, Ô mon Dieu.
Et Vous, Seigneur, miséricordieux Jésus, donnez-leur le repos.
Offertoire : Domine Jesu Christe
L'Offertoire de la messe des defunts est assez exceptionnel, d'abord par sa longueur, ensuite parce qu'il possède un verset, après lequel la dernière phrase est reprise, ce qui l'assimile à la forme Répons, dont nous avons d'autres exemples aujourd'hui. Toutefois, la mélodie de ce verset n'est pas un ton psalmodique orné comme dans les Répons habituels, mais simplement la suite de la mélodie de la phrase précédente. Le texte de cet Offertoire est une très belle prière au Christ Sauveur pour les âmes de ceux qui nous ont quittés. L'enfer y est désigné par des images bibliques très expressives, notamment celle des ténèbres, auxquels s'oppose la lumière du ciel, ce thème de la lumière que l'on retrouve tout au long de cette messe. On y trouve enfin la belle image, illustrée par une importante iconographie au Moyen-_ge, de saint Michel accueillant les âmes à l'entrée du ciel.
Domine Jesu Christe, Rex gloriæ, libera animas omnium fidelium defunctorum de pœnis inferni, et de profondo lacu : libera eas de ore leonis, ne absorbeat eas tartarus, ne cadant in obscurum : sed signifer sanctus Michaël repræsentet eas in lucem sanctam : Quam olim Abrahæ promisisti, et semini ejus.
Seigneur Jésus-Christ, Roi de gloire, délivrez les âmes de tous les fidèles défunts des peines de l'enfer et de la fosse sans fond. Délivrez-les de la gueule du lion, que l'abime ne les engloutisse pas et qu'elles ne tombent pas dans les ténèbres, mais que le porte-étendard, saint Michel, les introduise dans la sainte lumière que Vous avez promise autrefois à Abraham et à sa descendance.
Et voici le verset :
Hostias et preces tibi Domine laudis offerimus : tu suscipe pro animabus illis, quarum hodie memoriam facimus : fac eas, Domine, de morte transire ad vitam.
Seigneur, nous Vous offrons ces hosties et ces prières de louange ; recevez-les pour ces âmes dont nous faisons mémoire aujourd'hui ; Seigneur, faites-les passer de la mort à la vie.
La mélodie est un simple récitatif très calme et de peu d'amplitude, mais qui souligne de façon très expressive tous les accents du texte, faisant ainsi de ce chant une prière suppliante. On remarquera en particulier la belle montée sur le sed (mais) qui oppose l'enfer et le ciel où nous attend saint Michel. Il n'y a que sur les derniers mots semini ejus que l'on trouve une vocalise un peu plus développée, évoquant l'innombrable descendance d'Abraham, c'est-à-dire tous les élus.
Communion : Lux æterna
Si l'Offertoire de la messe des défunts est d'une longueur exceptionnelle, la Communion au contraire est très courte ; ce n'est qu'une petite antienne presque entièrement syllabique, à la mélodie simple et légère. Et pourtant elle adopte en quelque sorte elle aussi la forme d'un Répons, puisqu'elle possède un verset après lequel est reprise la deuxième phrase de l'Antienne.
Le texte reprend la deuxième phrase de l'Introït en la développant quelque peu. C'est toujours le thème de la lumière du ciel qui revient une fois de plus.
Lux æterna luceat eis, Domine : cum sanctis tuis in æternum, quia pius es.
Que la lumière éternelle brille pour eux Seigneur avec vos saints pour l'éternité car vous êtes bon.
Quant au verset, c'est à nouveau la phrase refrain que l'on a déjà trouvée plusieurs fois, notamment à l'Introït :
Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis. Cum sanctis tuis in æternum, quia pius es.
Répons : Libera me
Après la messe des défunts, la cérémonie des funérailles, s'achève par l'absoute, c'est-à-dire la bénédiction solennelle du cercueil, pendant laquelle on chante le Répons Libera me. Aussi bien pour le texte que pour la mélodie, ce Répons présente une certaine parenté avec la Séquence Dies iræ qui s'en est inspirée. Mais l'accent est mis ici uniquement sur le thème du Jugement dernier et de la terreur qu'il doit nous inspirer. Et c'est seulement par la mélodie que s'exprime l'appel à la miséricorde divine.
Libera me Domine, de morte æterna, in die illa tremenda : Quando cæli movendi sunt et terra : Dum veneris judicare sæculum per ignem.
Délivrez-moi Seigneur de la mort éternelle en ce jour redoutable, quand les cieux et la terre seront ébranlés, tandis que vous viendrez juger le monde par le feu.
Voici le premier verset après lequel est reprise la deuxième phrase du Répons :
Tremens factus sum ego, et timeo, dum discussio venerit, atque ventura ira.
Je suis devenu tremblant et j'ai peur tandis que viennent le jugement et la colère à venir.
Puis le deuxième verset après lequel est reprise la troisième phrase du Répons :
Dies, illa, dies iræ, et calamitatis et miseriæ, dies magna et amara valde.
Ce jour est un jour de colère de désolation et de malheur, un grand jour et très amer.
C'est ce verset en particulier qui developpe la sequence Dies iræ.
Heureusement après ces accents dramatiques, on retrouve dans le dernier verset le refrain de toute cette liturgie : le repos et la lumière du ciel.
Requiem æternam dona eis Domine et lux perpetua luceat eis.
Et après ce dernier verset le Répons est repris en entier.
Antienne : In paradisum
Après l'absoute, pendant que le cercueil quitte l'église, on chante l'antienne In paradisum, où nous retrouvons exactement le même thème que dans le Répons Subvenite, qui accompagnait l'entrée du cercueil : l'accueil des défunts par les habitants du ciel. Ce chant est en fait constitué de deux antiennes qui s'enchaînent :
In paradisum deducant te Angeli, et in tuo adventu suscipiant te martyres, et perducant te in civitatem sanctam Jerusalem.
Chorus Angelorum te suscipiat, et cum Lazaro quondam paupere æternam habeas requiem.
Que le choeur des anges te reçoive et avec Lazare, le pauvre de jadis, que tu entres en possession du bonheur éternel.
Que les anges te conduisent en paradis, que les martyrs te reçoivent à ton arrivée, et qu'ils te guident vers Jérusalem, la cité sainte.
Le pauvre Lazare nous rappelle le sein d'Abraham dont parlait le Répons Subvenite, et la cité sainte de Jérusalem est encore une figure du ciel. Cette liturgie des défunts se termine ainsi par le premier mot de la messe, qui lui a donné son nom : requiem, le repos.
La mélodie de la première antienne, presque entièrement syllabique, est très légère et aérienne : on monte vraiment au paradis ! Bien qu'elle s'enchaîne parfaitement, la mélodie de la deuxième antienne est plus grave, et elle s'étale sur le mot æternam pour évoquer le repos qui ne finit pas.
actuellement dans le diocèse de Quimper et de Léon aucune messe n'est célébrée lors d'un enterrement. La messe dominicale sert à cela. Où donc pouvons nous trouver le caractère pascal de la mort si plus de messe d'enterrement?