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Sphère religieuse, sphère politique et principe de laïcité

Posté le 27.06.2008 par auto23652
Sphère religieuse, sphère politique et principe de laïcité



Rome, le 26 Juin 2008 - (E.S.M.) - Conseil Pontifical "Justice et Paix", Séminaire International - 20-21 juin 2008, "Politique : Forme exigeante de charité". Conférence du Prof. Thierry BOUTET, Fondation de Service politique.

Prof. Thierry BOUTET

Sphère religieuse, sphère politique et principe de laïcité

Par le Prof. Thierry BOUTET, Fondation de Service politique

Sphère religieuse, sphère politique et principe de laïcité.

Je voudrais pour commencer situer mon propos et son fil conducteur.
Mon intention est modeste : c’est celle d’un fidèle catholique qui a enseigné l’histoire de la philosophie politique et qui est aujourd’hui engagé dans la vie professionnelle et dans le cadre de la Fondation de service politique dans un combat plus métapolitique et culturel que politicien.
Mon intervention est aussi celle d’un Français qui - pour une fois - ne prétend pas tenir un discours universel et définitif !
Quant au fil rouge de cette intervention il est simple :
Pour moi, la sphère politique a subverti la sphère religieuse.
Elle l’a subvertie pour des raisons qui tiennent aux circonstances historiques particulières à la France et pour des raisons qui tiennent aux caractéristiques de la modernité politique.
Cette subversion a pris la forme d’une religion civile, laïcisée, ou sécularisée.
La question que je me pose est : comment un chrétien, français de surcroît, fidèle à sa foi, peut-il s’engager en politique sans sacrifier aux dieux de la modernité politique ?

La culture ambiante, particulièrement en France, n’est pas favorable au chrétien qui souhaite s’engager en politique.

Malgré les exhortations de Jean Paul II et de Benoît XVI, beaucoup d’entre eux ont la tentation de déserter la vie politique pour ne pas exposer leur foi et leurs convictions aux aléas d’un combat et d’une société qui les récusent largement.

Rappelons ce qu’écrivait Jean Paul II dans son exhortation Chritifideles laici.

« Les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la «politique», à savoir à l'action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun. Les Pères du Synode l'ont affirmé à plusieurs reprises: tous et chacun ont le droit et le devoir de participer à la politique; cette participation peut prendre une grande diversité et complémentarité de formes, de niveaux, de tâches et de responsabilités. Les accusations d'arrivisme, d'idolâtrie du pouvoir, d'égoïsme et de corruption, qui bien souvent sont lancées contre les hommes du gouvernement, du Parlement, de la classe dominante, des partis politiques, comme aussi l'opinion assez répandue que la politique est nécessairement un lieu de danger moral, tout cela ne justifie pas le moins du monde ni le scepticisme ni l'absentéisme des chrétiens pour la chose publique. » (CFL N°42)

D’autres, en dépit des contraintes, s’engagent dans l’action politique mais sans oser affirmer leurs convictions.

- Pour les uns il s’agit d’une position de principe : la distinction wébérienne entre « éthique de responsabilité » et « éthique de conviction » leur fournit une clef pratique pour justifier des positions prises sans référence à leurs propres convictions religieuses.
- Pour d’autres, enfin, c’est seulement affaire de commodité et de circonstance ; ce relativisme de principe allant dans le sens de leur opportunisme.

Quoi qu’il en soit, il est difficile, en France, d’être étiqueté « catholique » et de faire de la politique.
Notre société n’apprécie pas que l’on invoque sa foi dans la sphère des affaires publiques. Sous le nom de laïcité, elle tolère les convictions religieuses sous réserve qu’elles ne s’ingèrent pas dans l’action politique.

Est-il possible dans ces conditions de réconcilier les sphères du religieux et du politique ?

La culture dominante en France trouve la question incongrue et répond non.
Depuis deux cent ans en France, la sphère politique a délimité son périmètre en cantonnant le religieux à la sphère de la vie privée et à la famille.

A y regarder de plus près, les frontières ne sont pas aussi étanches.
La loi de 1905 est une loi de compromis.
Son article 1 affirme que « La république assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public »
Quant à son article 2 il prévoit que « la république ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte »

Si l’article 1 est bien appliqué, le second souffre de nombreuses exceptions, directes ou indirectes, au plus grand avantage de l’Église.

La République française entretient les églises, subventionne l’enseignement catholique et rétribue les aumôniers de prison et les aumôniers militaires.
Les associations cultuelles bénéficient de nombreux avantages fiscaux et bien souvent de la bienveillance du fisc. La République française est laïque mais est, finalement, assez bonne mère pour l’Église.

Il existe en France un courant laïciste, mais il est minoritaire. Tant que l’on ne touche pas aux symboles comme l’a fait Nicolas Sarkozy, les relations entre l’Église et les pouvoirs publics se passent globalement bien.
Une situation qui explique la prudence des évêques sur cette question. Personne ne souhaite ni à intérêt à rouvrir des querelles qui datent d’un autre siècle.

Mais cette paix apparente favorise un effacement du religieux.

Le politique a de plus en plus tendance à occuper l’espace laissé libre par les religions, à dire à leur place le bien et le mal et à fixer des normes dans des domaines qui ne sont pas de sa compétence.

En effet le progrès techniques, l’évolution des mœurs conduit le politique à légiférer en matière éthique dans des matières connexes au religieux.
Si depuis longtemps l’état moderne est sorti de ces prérogatives régaliennes pour envahir le domaine de l’économie et du social, aujourd’hui il tend à intervenir de plus en plus dans celui de l’éthique et des comportements privés.

Il y est entraîné par une sorte de pente naturelle qui tient aux principes par lesquelles, sous le nom de laïcité, il justifie et fonde désormais son autorité.
Si en France, l’Église à certains moments de son histoire de France a pu pécher par excès de cléricalisme ces temps sont largement révolus. Sans remettre en cause la légitime autonomie du politique dans son ordre, que l’on peut qualifier de saine laïcité, est-il possible d’inverser cette tendance hégémonique qui procède d’un laïcisme aussi dangereux que le cléricalisme a pu l’être.

C’est ce processus que je souhaiterai rapidement évoquer avant d’examiner brièvement la posture qui peut être la notre dans la ligne de la « Note doctrinale sur l'engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique » du 24 novembre 2002, publié par le Cardinal Ratzinger alors Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi

Le religieux précède le politique.

Il le précède historiquement mais aussi anthropologiquement et ontologiquement.
Nous avons pensé à Dieu avant même que les cités n’existent.
L’homme est un animal religieux avant d’être un animal politique.
La quête de sens, la quête religieuse, l’instinct religieux sont connaturels à l’homme.
Comme l’a très bien remarqué Nicolas Sarkozy, le politique n’a pas vocation à répondre à cette quête.
Que cette remarque de bon sens ait pu en choquer certains est révélatrice du déplacement que la modernité politique a opéré et de la prétention du politique à envahir ce que l’on peut appeler très généralement la sphère des valeurs ou des représentations religieuses.

A l’origine donc, l’autorité procède du religieux.
La cité se constitue autour des dieux d’une famille ou d’un clan plus puissant que les autres.
Le questionnement religieux est bien antérieur au questionnement politique.
La politique est fille de la religion et de la métaphysique.
Tous les mots du langage politique que nous utilisons encore, sont nés en Grèce dans un contexte religieux, nous on été transmis par Rome et ont été baptisé par les Pères et les grands Docteurs de l’Église.

Mais comme on le sait une révolution culturelle s’est produite et a rompu ce lien.

A quel moment ?

Paul Hasard, un universitaire français d’avant la guerre de 1940, la date de la fin du XVIIème siècle dans un texte élégant qui se trouve au début de son essai sur la crise de la conscience européenne :

« Quel contraste ! quel brusque passage ! La hiérarchie, la discipline, l’ordre que l’autorité se charge d’assurer, les dogmes qui règlent fermement la vie : voilà ce qu’aimaient les hommes du dix-septième siècle. Les contraintes, l’autorité, les dogmes, voilà ce que détestent les hommes du dix-huitième siècle, leurs successeurs immédiats. Les premiers sont chrétiens, et les autres antichrétiens ; les premiers croient au droit divin, et les autres au droit naturel ; les premiers vivent à l’aise dans une société qui se divise en classes inégales, les seconds ne rêvent qu’égalité. Certes, les fils chicanent volontiers les pères, s’imaginant qu’ils vont refaire un monde qui n’attendait qu’eux pour devenir meilleur : mais les remous qui agitent les générations successives ne suffisent pas à expliquer un changement si rapide et si décisif. La majorité des Français pensait comme Bossuet ; tout d’un coup, les Français pensent comme Voltaire : c’est une révolution. »

Cette révolution est souvent décrite comme un processus de sécularisation.

Le terme est récent. Il apparaît dans la philosophie politique allemande du XXe siècle, notamment chez Carl Schmitt, pour décrire le recul de l’influence de la religion dans la vie publique.
Mais le sens du terme et le phénomène sont bien antérieurs
En un sens Saint Paul l’évoque déjà lorsqu’il écrit dans l’épître au Romain :

« Je vous exhorte donc frères par la miséricorde de Dieu à offrir vos personnes en hostie vivante sainte agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. Et ne vous modelez pas sur le monde présent (littéralement sur le « siècle » « saeculum » dans la Vulgate), mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plait, ce qui est parfait ». (Rom 12 1-2)

Par rapport à la question qui nous occupe ce petit texte projette une lumière très crue sur la situation de l’homme contemporain et pourrait faire l’objet d’un long commentaire.

Si l’on suit Saint Paul, la sécularisation consiste positivement à « modeler notre jugement sur le monde (saeculum)».
Elle est donc l’exact contraire de la sanctification par laquelle notre esprit et tout notre être est vitalement uni à Dieu.
Une société sécularisée est une société dont l’horizon est devenu le siècle, où l’homme est devenu la mesure de toute chose et qui n’a plus comme but ultime sa sanctification, mais sa sécurité et sa prospérité.

Bien plus tard Auguste Compte écrira (Cinquième opuscule de philosophie sociale):
« Tout est relatif au temps… voila le seul principe absolu».
Ou encore « Tout ce qui se développe spontanément est nécessairement légitime pendant un certain temps comme satisfaisant par cela même à quelque besoin de la société ».

A l’opposé de toute conception transhistorique du destin de l’homme, ou de toute espérance théologale dont l’horizon est la sanctification, l’historicisme, le relativisme, le matérialisme pratique sont donc inhérents à la sécularisation.

Mais surtout la sécularisation est une conception de la liberté.

Du point de vue politique, les prémices de cette révolution peuvent s’observer dés le Moyen âge chez Occam.
Elle consiste en une première rupture entre foi et raison.
Dans le contexte bien particulier d’une double querelle, l’une dite des universaux, l’autre entre la papauté et l’empereur d’Allemagne, Occam pose le principe que Dieu est si puissant, qu’une chose qui est, peut ne pas être.
Avec Occam, la puissance de Dieu cesse d’être ordonnée par sa sagesse.
Ainsi Occam fait implicitement voler en éclat le principe de non contradiction et affirme le primat absolu de la puissance de la volonté sur la sagesse et la raison.
En rendant la puissance de Dieu arbitraire, ce principe va plonger, par étape, la pensée politique classique dans l’univers de la modernité.
L’autorité ne dépend plus d’un ordre de sagesse auquel librement elle se soumet.
Peu à peu la fonction du souverain ne va plus consister à « dire » une loi qui selon Saint Paul nous permet de « discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plait, ce qui est parfait ».
Désormais le souverain « fera » la loi, d’une certaine manière ex nihilo.

Si le souverain de l’univers, modèle de toute autorité, n’est plus contraint par rien pourquoi les souverains de la terre le seraient-il dans l’espace et le temps qui est le leur ?
Si les actes de Dieu relèvent du « fait du prince », pourquoi les petits princes de la terre dont le pouvoir n’est qu’une délégation du souverain de l’univers n’agiraient-il pas de même dans leurs petites sphères ?
En France, le premier théoricien à tirer les conséquences politiques de la révolution occamienne est Jean Bodin.
Il appartient au parti dit des politiques.
En pleine guerre de religions ceux-ci cherchent avec courage à demeurer neutres. Trois ans après la saint Barthélémy, en 1576, Bodin publie les six gros livres de la politique.
Ceux-ci sont peu lus aujourd’hui, bien moins que le Prince de Machiavel ou le Léviathan de Hobbes. Pourtant, c’est Bodin qui théorise, le premier, les fondements de l’État Moderne séculier.
Il définit la souveraineté « comme la puissance absolue et perpétuelle d’une république ».
Et c’est tout.
Le souverain est chez lui une pure efficience. Il exclut toute finalité dans sa définition.
Dans ces conditions le prince – comme le Dieu d’Occam – peut donner et casser la loi comme bon lui semble, sans autres motifs que ceux qu’il se donne à lui-même.
« Car tel est mon bon plaisir », dit le roi.
C’est un roi absolu, c'est-à-dire « absous », de la puissance de la loi qu’il fait lui-même.
Cette idée d’une souveraineté absolue dont les théoriciens de la fin de l’ancien régime français vont s’emparer libère le souverain des contraintes féodales qui demeurent encore et de toute prétention du pouvoir pontifical dans le domaine politique.
Mais c’est aussi l’enracinement transcendant du pouvoir qui saute avec Bodin.
C’est sous l’ancien régime que nait la conception moderne de l’État, il ne faut jamais l’oublier. Lorsque la révolution survient, la monarchie chrétienne a déjà cessé de l’être dans son fondement.

Mais la révolution occamienne ne s’applique pas seulement au souverain. Elle s’applique à tout homme.

Avec Hobbes, la liberté cesse d’être une qualité de la volonté soumise à la raison, elle devient une pure puissance autonome inconditionnée, une capacité de vouloir par elle-même sans limite. C’est un pur pouvoir sans norme externe.
Kant, à sa suite, nous le dit dans un petit texte intitulé, « Qu’est-ce que les lumières ? »

« Les lumières, répond t-il, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cette tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Saper auder ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voila la devise de lumières. »

La révolution française ne fera que donner un cadre institutionnel et politique à la sécularisation triomphante en débarrassant la France de tous les freins qui limitaient encore les souverains sous l’ancien régime.
Comme l’écrit Mirabeau à Louis XVI le 9 juillet 1790 « l’idée de ne former qu’une seule classe aurait plu à Richelieu, cette surface égale facilite l’exercice du pouvoir »

Désormais le divorce entre la sphère religieuse et la sphère politique est consommé au profit du politique qui se revêt des attributs divins.
Quant à la politique elle ne consiste plus à gouverner une communauté en vue du bien commun. Elle devient un programme de renouvellement du genre humain, un gouvernement de « salut public », comme le proclameront les révolutionnaires jacobins de 1793.

Il en résulte deux conséquences que de nombreux auteurs ont décrites :

1° Le souverain acquiert une puissance qu’il n’avait jamais eue auparavant :

De nombreux auteurs l’on constaté.

Ainsi Benjamin Constant
« L’erreur de ceux qui de bonne foi dans leur amour de la liberté ont accordé à la souveraineté du peuple un pouvoir sans bornes, vient de la manière dont se sont formées leurs idées en politique. Ils ont vu dans l’histoire un petit nombre d’hommes, ou même un seul en possession d’un pouvoir immense qui faisait beaucoup de mal, mais leur courroux s’est dirigé contre les possesseurs du pouvoir et non contre le pouvoir même. Au lieu de le détruire, ils n’on songé qu’à le déplacer. C’était un fléau, ils l’on considéré comme une conquête. » (De la liberté chez les modernes)


De même pour Alexis de Tocqueville :
« En se débarrassant de la foi au nom de l’autonomie absolue de la raison humaine les hommes du XVIII ème siècle ont donné au pouvoir temporel une puissance qu’il n’avait jamais eu. Les révolutionnaires n’ont pas affaibli le souverain ils l’on libéré de toutes les tutelles qui freinait sa puissance » (démocratie en Amérique)

Ou pour Bertrand de Jouvenel :
« une fois l’homme déclaré la mesure de toutes choses, il n’y a plus ni vrai ni bien, ni juste, ni injuste, mais seulement des opinions égales en droit, dont le conflit ne peut-être tranché que par la force politique ou militaire ; et chaque force triomphante intronise à son tour un vrai, un bien , un juste qui dureront autant qu’elle » (du pouvoir)

« La communauté des croyances était un puissant facteur de cohésion sociale, soutenant les institutions et entretenant les mœurs. Elle assurait un ordre social, complément et support de l’ordre politique, dont l’existence, manifestée par l’autonomie et la sainteté du droit déchargeait le pouvoir d’une immense responsabilité et lui opposait un rempart infranchissable »

Et confirme encore Jouvenel :

« Cette vérité est capitale car un pouvoir qui définit le bien et le juste est tout autrement absolu, quelle que soit sa forme qu’un pouvoir qui trouve le juste et le bien définis par une autorité surnaturelle. Un pouvoir qui règle les conduites humaines selon les notions d’utilité sociales est tout autrement absolu qu’un pouvoir régissant des hommes dont les conduites sont construites par Dieu ? Et l’on sent ici que la négation de la législation divine que l’établissement d’une législation humaine sont le pas le plus prodigieux qu’une société puisse accomplir vers l’absolutisme du pouvoir » (ibid)

2° Cette croissance de la puissance du souverain est dû à une sorte de sacralisation séculière de la politique.

Ainsi pour Alexis de Tocqueville, la révolution française a opéré comme une révolution religieuse :

« Elle a allumé une passion que jusque-là les révolutions politiques les plus violentes n’avaient pu produire. Elle a inspirée le prosélytisme et fait naître la propagande. Par la enfin elle a pu prendre cet air de révolution religieuse qui a tant épouvanté les contemporains ; ou plutôt elle est devenue elle-même une sorte de religion imparfaite, il est vrai sans Dieu, sans culte, et sans autre vie mais qui néanmoins comme l’islamisme a inondé toute la terre de ses soldats de ses apôtres et des ses martyrs » (L’ancien régime et la révolution Liv I Chap 3)

Et François Furet constate :

« Le paradoxe de l’histoire moderne de la France consiste à ne retrouver l’esprit du christianisme qu’à travers la démocratie révolutionnaire. Ou encore : La révolution française renouvelle la parole religieuse sans jamais accéder au religieux. Les Français ont divinisé la liberté, l’égalité moderne, sans donner aux principes nouveaux d’autres apports que l’aventure historique d’un peuple resté catholique » (L’idée française de révolution)

Deux conceptions de la laïcité fondées sur deux conceptions de la liberté vont donc s’affronter.

D’une part, celle de l’Église : « Pour la doctrine morale catholique la laïcité est comprise comme une autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique,- mais pas par rapport à la sphère morale. », écrit le Cardinal Ratzinger dans sa note de 2002 et il ajoute :

« La “laïcité”, en effet, désigne en premier lieu l'attitude de celui qui respecte les vérités qui procèdent de la connaissance naturelle sur l'homme vivant en société. Peu importe que ces vérités soient enseignées aussi par telle ou telle religion particulière puisque la vérité est une. »

D’autre part celle de la modernité politique : pour celle-ci, comme l’écrit Jacques Rollet dans la tentation relativiste ou la démocratie en danger, p. 118, la laïcité est devenue « une certaine conception de la liberté politique à laquelle on assigne la tâche de délivrer le genre humain des chaînes du ciel. »

Dans ces conditions quel est l’enjeu de l’engagement des chrétiens en politique ?

Que peut faire dans ces conditions un catholique dont la conscience est « une » et ne peut être séparée entre d’un côté une conscience morale et de l’autre une conscience politique ou en « deux vie parallèles, l’une spirituelle et l’autre séculière ».

La première condition me semble t-il est d’être convaincu que, comme l’écrit encore le Cardinal Ratzinger « Les citoyens catholiques ont le droit et le devoir, comme tous les autres, de rechercher sincèrement la vérité, de promouvoir et de défendre par tous les moyens licites, les vérités morales sur la vie sociale, la justice, la liberté, le respect de la vie et les autres droits de la personne. » N° 6. C’est loin d’être le cas.

Il ne s’agit pas bien entendu d’identifier loi religieuse et loi civile : « La foi n'a jamais prétendu emboutir dans un schéma rigide les contenus sociaux-politiques » écrit encore l’ancien Préfet de la doctrine de la foi.

Mais il existe comme une grammaire de l’humanité. Chaque homme a au fond de lui-même le sens du bien et du mal. Le décalogue ne fait qu’en formuler les grandes règles. Celles-ci s’énoncent en un ensemble de préceptes négatifs et positifs universels : « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu honoreras ton père et ta mère, tu sanctifieras le nom de Dieu etc.. »
Cette grammaire, l’Église ne l’a pas faite. Elle l’a reçue comme un dépôt.
En écrivant sa longue histoire l’humanité n’a pas toujours su, respecter cette règle de vie ; peu s’en faut ! Mais une chose est de faire des fautes de grammaire, autre chose est de refuser toute grammaire ou de la laisser à l’arbitraire de chacun.

Jean Paul II à de multiples reprises a montré combien cette grammaire ne pouvait dépendre d’une majorité d’opinion.

Au N° 70 dans « Evangelium Vitae » il écrit :

« En réalité, la démocratie ne peut être élevée au rang d'un mythe au point de devenir un substitut de la moralité ou d'être la panacée de l'immoralité. Fondamentalement, elle est un « système » et, comme tel, un instrument et non pas une fin. Son caractère « moral » n'est pas automatique, mais dépend de la conformité à la loi morale, à laquelle la démocratie doit être soumise comme tout comportement humain: il dépend donc de la moralité des fins poursuivies et des moyens utilisés. Si l'on observe aujourd'hui un consensus presque universel sur la valeur de la démocratie, il faut considérer cela comme un « signe des temps » positif, ainsi que le Magistère de l'Église l'a plusieurs fois souligné. Mais la valeur de la démocratie se maintient ou disparaît en fonction des valeurs qu'elle incarne et promeut: sont certainement fondamentaux et indispensables la dignité de toute personne humaine, le respect de ses droits intangibles et inaliénables, ainsi que la reconnaissance du « bien commun » comme fin et comme critère régulateur de la vie politique.
Le fondement de ces valeurs ne peut se trouver dans des « majorités » d'opinion provisoires et fluctuantes, mais seulement dans la reconnaissance d'une loi morale objective qui, en tant que « loi naturelle » inscrite dans le cœur de l'homme, est une référence normative pour la loi civile elle même. Lorsque, à cause d'un tragique obscurcissement de la conscience collective, le scepticisme en viendrait à mettre en doute jusqu'aux principes fondamentaux de la loi morale, c'est le système démocratique qui serait ébranlé dans ses fondements, réduit à un simple mécanisme de régulation empirique d'intérêts divers et opposés. »

Le politique ne peut que recevoir et respecter cette règle d’or, tout comme l’Église. Le catholique n’a pas à avoir honte de mettre en cause la démocratie dans la mesure où celle-ci s’en éloigne. Cette attitude n’est pas du confessionnalisme.

Elle pourrait le devenir si les chrétiens n’évitaient pas une tentation toujours possible d’instrumentaliser la religion au profit d’un projet humain.

Certains catholiques français du XIXème siècle et du siècle dernier qui avaient la nostalgie de ce qu’ils croyaient être l’ancien régime ont pu y succomber en rêvant d’une chrétienté mythique.

Cette tentation, même inspirée de motifs religieux, est celle de Babel, du mythe de la cité humaine parfaite. Les idéologies du dix-neuvième siècle et du vingtième siècle et l’islamisme actuel témoignent du danger de telles utopies.

Le trône et l’autel peuvent paraître s’y côtoyer, en réalité leurs inspirations ne sont qu’humaines et séculières.

Je suis toujours inquiet lorsque j’entends quelqu’un, même catholique, dire qu’il se bat en politique pour des idées ou pour une forme de régime.

Nous n’avons pas de modèle de société à proposer, fut-il religieux.

C’est ce qui nous distingue fondamentalement de l’Islam. L’Église au cours des siècles a soutenu bien des formes d’organisation politique. Elle n’en a absolutisé aucune.
Nous n’entrons pas en politique pour construire une société parfaite à nos yeux, et pour l’imposer par la persuasion ou la force à nos concitoyens mais pour mettre en œuvre le commandement de l’amour comme le suggère le titre de ce colloque.
Seule la mise en œuvre du commandement de l’amour peut subvertir la subversion religieuse opérée par la modernité politique.
La Charité comme le dit Saint Paul « met sa joie dans la vérité ». Nous ne devrions pas avoir peur à être dans notre société des instances critiques, en particulier sur la question du respect des droits fondamentaux si souvent bafoués.
Nous avons à combattre simultanément le caractère totalitaire du souverain moderne – fut-il démocratique – et le relativisme qui inspire son action.
Ce combat passe par une réforme des missions de l’État et de son rôle bien plus que par la réforme des institutions démocratiques.
Nous devons faire aussi de la question de l’unité de conscience en politique l’un des axes de notre action et de notre témoignage dans la vie politique jusqu’à poser si nécessaire la question de l’objection de conscience.
C’est la culture politique sous jacente au fonctionnement des institutions démocratiques qu’il faut transformer beaucoup plus que ces institutions elle mêmes. La réforme à conduire est d’abord culturelle.
Les dissidents de l’Est, la minorité chrétienne américaine, dans des contextes très différents nous ont appris que l’évolution vers toujours plus d’étatisme et de relativisme n’est pas irréversible.
Ce combat ne signifie pas que nous voulons imposer aux autres le plan de la maison commune ou la ligne de conduite à suivre. Mais nous devons les inviter par notre parole, par notre témoignage et par nos choix à respecter pour le bien de tous, cette grammaire profonde de l’humanité enfouie au plus intime de chaque conscience

La juste attitude me semble t-il consiste donc en ceci :

Notre foi nous conduit à aimer chaque homme. Elle nous invite à être attentif à ce qu’il est et à respecter à son égard un code de conduite que résume le commandement de l’amour : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimé ».

Nous ne sommes pas là pour « convertir », mais pour évangéliser, enseigner, éclairer et aimer, ce qui suppose aussi de savoir dire non : « non possumus » répond saint Pierre au grand prêtre qui lui refusait le droit de parler des choses qu’il avait vues et entendues. (Act IV, 19-20)

La Révélation ne nous fournit pas le modèle de la cité idéale. Celle-ci n’existe qu’au ciel. Nous ne sommes que sur le chemin.

Même si ces chemins nous paraissent parfois de traverses, ne nous conduisent-ils pas tous à Rome ?

Annonce :
18 - 21 septembre 2008 (C’est le WE après la visite de Benoît XVI en France) UNIVERSITÉ D’ÉTÉ - A L’OMBRE DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES : Renseignements Format Pdf ► Cliquez - RELEVER LES DÉFIS ÉTHIQUES QUOTIDIENS - A LA DÉCOUVERTE DE L’ENSEIGNEMENT SOCIAL CHRÉTIEN. Pour en savoir plus : http://doctrinesocialeeglise.org/spip.php?article154


Sources : www.vatican.va - E.S.M.

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Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 26.06.08 - BENOÎT XVI



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La laïcité

Posté le 18.04.2008 par auto23652
Laïcs par amour de la religion dit Benoît XVI





Le 17 avril 2008 - (E.S.M.) - Nous revenons à la discussion avec les journalistes : En réponse à la question de Tornielli, quatrième intervention, Benoît XVI a abordé un sujet qui lui est cher, le modèle américain de rapport entre religion et politique :

Le Saint-Père Benoît XVI lors de l'arrivée à l'aéroport -

Laïcs par amour de la religion dit Benoît XVI

“Il y a une chose que je trouve fascinante aux États-Unis : c’est que ce pays est né avec une conception positive de la laïcité. Ce nouveau peuple était constitué de communautés et de personnes ayant fui des Églises d’état. Elles voulaient un état laïc pour permettre aux gens de toutes les confessions de pratiquer leur propre religion. […] Ils étaient laïcs justement par amour de la religion, de l’authenticité de la religion, qui ne peut être vécue que dans la liberté. […] Je pense que c’est quelque chose de fondamental et de positif, à prendre en considération, y compris en Europe“.

Joseph Ratzinger/Benoît XVI a déjà formulé ces idées plusieurs fois, avant et après son élection en tant que pape. La dernière fois, c’était le 29 février dernier, quand il a reçu au Vatican le nouvel ambassadeur des États-Unis près le Saint-Siège, la catholique Mary Ann Glendon.

Et Benoît XVI a repris ces idées dans le discours qu’il a adressé à George W. Bush, au matin du mercredi 16 avril, à la Maison Blanche.

Mais pour mieux comprendre pourquoi Benoît XVI considère les États-Unis comme un exemple pour le monde entier – et surtout pour l’Europe – de rapport positif entre religion et politique, un éclairage est donné par cette page du livre qu’il a écrit et publié en 2004, étant cardinal, sous le titre “Sans racines. Europe, relativisme, christianisme, islam“:

Laïcs par amour de la religion

par Joseph Ratzinger/Benoît XVI

L’idée d’une religion civile chrétienne me fait penser à l’œuvre d’Alexis de Tocqueville, “La démocratie en Amérique“. Pendant ses recherches aux États-Unis, l’historien français avait constaté – pour faire bref – que le système de règles intrinsèquement instable et fragmentaire sur lequel cette démocratie semblait reposer fonctionnait uniquement parce que la société américaine partageait tout un ensemble de convictions religieuses et morales d’inspiration christiano-protestante. Personne ne les avait prescrites ou définies, mais tout le monde les considérait simplement comme une base spirituelle évidente. La reconnaissance de ces orientations religieuses et morales fondamentales qui dépassaient chacune des confessions mais qui déterminaient la société de l’intérieur, a renforcé l’ensemble des lois et défini les limites de la liberté individuelle depuis l’intérieur, en offrant justement pour cette raison les conditions d’une liberté partagée et participative.

A ce propos, je voudrais citer une formule significative de Tocqueville: “Le despotisme peut se passer de la foi, pas la liberté“. John Adams allait dans le même sens lorsqu’il a affirmé que la constitution américaine “est faite uniquement pour un peuple moral et religieux“. Bien que la sécularisation progresse aussi aux États-Unis à un rythme accéléré et que la rencontre de nombreuses cultures différentes bouleverse le consensus chrétien fondamental, on y perçoit, bien plus clairement qu’en Europe, la reconnaissance implicite des bases religieuses et morales issues du christianisme et qui dépassent les confessions. L’Europe – contrairement aux États-Unis – est en conflit avec son histoire et elle se fait souvent le porte-parole d’un refus quasi viscéral de quelque dimension publique des valeurs chrétiennes que ce soit.

Pourquoi? Comment se fait-il que l’Europe, pourtant riche d’une très ancienne tradition chrétienne, ne connaisse plus un consensus du même genre ? Un consensus qui, indépendamment de l’appartenance à une communauté de foi déterminée, attribue une valeur publique et porteuse aux concepts fondamentaux du christianisme ? Étant donné que les bases historiques de cette différence sont connues, un rapide aperçu suffira.

La société américaine a été bâtie en grande partie par des groupes ayant fui le système des Églises d’état alors en vigueur en Europe. Ils avaient trouvé leur positionnement religieux dans les libres communautés de foi, hors de l’Église d’état. La société américaine est donc fondée sur les Églises libres. De par leur approche religieuse, elles ne doivent pas avoir une structure d’Église d’état mais se fonder sur une libre union des individus. En ce sens, on peut affirmer que la société américaine est basée sur une séparation entre l’état et l’Église déterminée et même voulue par la religion. Par conséquent, cette séparation est bien différente, dans ses causes et ses structures, de celle qui a été imposée de manière conflictuelle par la Révolution française et les systèmes qui l’ont imitée. En Amérique, l’état n’est rien d’autre que l’espace libre pour différentes communautés religieuses. Il reconnaît par nature ces communautés dans leurs particularités et dans leur non-appartenance à l’état et il les laisse vivre. Une séparation qui veut laisser à la religion sa nature, qui respecte et protège son espace vital hors de l’état et de ses systèmes, est une séparation conçue de manière positive.

Cela a conduit à un rapport particulier entre sphère d’état et sphère “privée“ totalement différent de celui que nous connaissons en Europe. La sphère “privée“ a un caractère absolument public. Ce qui n’est pas étatique n’est pas pour autant exclu de la dimension publique de la vie sociale. La plus grande partie des institutions culturelles n’appartient pas à l’état. C’est le cas par exemple des universités ou des organismes en charge des disciplines artistiques. Tout le système juridique et fiscal favorise et rend possible ce type de culture non gouvernée par l’état. En Europe, en revanche, les universités privées constituent, par exemple, un phénomène récent et, de fait, marginal. Très certainement, les Églises libres ont pu se juger en termes plutôt relatifs, mais elles se savaient unies par une cause commune qui allait au-delà des institutions et qui était la base de tout.

Bien sûr il y a aussi, dans ce contexte, des dangers qui se cachent. Aujourd’hui, certains cercles semblent remettre à l’honneur l'idéologie du WASP: le vrai américain est blanc, d’origine anglo-saxonne et protestant. Cette idéologie est née quand l’arrivée de groupes d’immigrés catholiques, surtout des Italiens, des Polonais et des gens de couleur, a paru menacer l'identité désormais consolidée de l'Amérique. Celle-ci est restée en vigueur jusqu’au XXe siècle, en ce sens que, pour pouvoir prétendre à une position importante dans la vie publique américaine, il fallait être un WASP. Mais en réalité la communauté catholique s’était déjà intégrée dans l'identité américaine.

Les catholiques ont eux aussi reconnu le caractère positif de la séparation de l’État et de l’Église liée à des motifs religieux, ainsi que l'importance de la liberté religieuse qu’elle garantit. C’est aussi grâce à leur contribution significative qu’une conscience chrétienne s’est maintenue dans la société; cette contribution agit encore, alors que des changements radicaux et profonds ont lieu au sein du protestantisme. Parce qu’elles se conforment de plus en plus à la société sécularisée, les communautés protestantes traditionnelles sont en train de perdre leur cohésion interne et leur capacité à convaincre. Non seulement les "evangelical", jusqu’à présent les ennemis les plus aguerris du catholicisme, gagnent de plus en plus de terrain par rapport aux communautés traditionnelles, mais ils découvrent aussi une nouvelle proximité avec le catholicisme, dans lequel ils reconnaissent un défenseur, contre la pression qu’exerce la sécularisation, des grandes valeurs éthiques qu’eux-mêmes soutiennent; valeurs qu’ils voient disparaître chez leurs frères protestants.

A partir de la structure du christianisme en Amérique, les évêques catholiques américains ont apporté une contribution spécifique au Concile Vatican II. Elle a largement influencé la déclaration "Dignitatis Humanae" sur la liberté religieuse, qui a fait entrer dans la tradition catholique en matière de liberté de la foi, l'expérience du "non étatisme" de l’Église (on a vu que c’était une condition pour garder une valeur publique aux principes chrétiens fondamentaux) comme une forme chrétienne issue de la nature même de l’Église. Aujourd’hui la société américaine doit affronter de nouvelles et graves épreuves, en partie à cause du fort afflux d’hispaniques, en partie à cause de la pression croissante de la sécularisation. En tout cas on peut dire – c’est du moins mon avis – qu’il y a encore en Amérique une religion chrétienne civile, même si elle est sérieusement menacée et si son contenu est devenu incertain.

Tous les articles sur le voyage ► Benoît XVI aux Etats Unis - du 15 au 20 avril 2008


Sources : La chiesa.it

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Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 17.04.08 - T/USA

le politique et le religieux

Posté le 22.12.2007 par auto23652
Le politique et le religieux

Il est clair que le politique a maintenant ses dogmes et ses thèmes de diversion qui le protège de toute critique. Ce qui devient intéressant, c’est que seule la pensée judéo chrétienne, est en mesure de critiquer le politique. C’est ce qui arrive lorsque le politique s’éloigne de la vertu républicaine. La pensée judéo chrétienne diffère du politique dans ses exigences morales, éthiques et transcendantes. La République à ses débuts collait à ces exigences. Depuis qu’elle s’en est écartée, elle ne fait que montrer ses défaillances dans des débats purement politiques ce qui relativise le discours des outrés de la laïcité ou celui des fanatiques de l’athéisme qui oublient que le premier débat tel qu’il a été défini par les fondateurs de la République Française se trouve dans la vertu et l’abnégation dans la recherche du bien publique ! Ce n’est donc pas la laïcité qui est au cœur de débat républicain mais bien une valeur judéo chrétienne. Mais voyons un peu ce que disent les textes fondateurs judéo chrétiens...

Pouvoir politique et pouvoir religieux

la Laïcité et la vertu

De la République, au discours politique en passant par l’éthique.

Il est claire que la bible se méfie du pouvoir politique, il n’y a donc pas que la République Française à se méfier du pouvoir religieux et notamment chrétien. Nous allons voir pourquoi... Cependant c’est vrai que seul le nouveau testament est parfaitement explicite, encore que le discours chrétien n’est pas aussi clair qu’il pourrait et devrait l’être !

Cependant nous allons ici essayer de relever la partie ténébreuse du pouvoir politique, dans ce qu’elle a de plus subtile, de plus structurelle à la psyché humaine. Ceci relève bien sûr du paradigme en place du pouvoir politique et de tout l’intérêt qu’il suscite, postulat qui n’est pas analysé dans ses profondeurs, ni dans son inconscient collectif, et qui fait du coup, les choux gras de la politique, des politiciens et de l’alternance au pouvoir, véritable fonds de commerce au cœur de l’Etat. Et c’est la méfiance du pouvoir politique à l’égard du religieux qui est peut-être l’indice, que la critique la plus dangereuse pour le pouvoir politique est celle, implicite mais transcendante, du religieux chrétien et normalement juif.
Critique qui des Samuel, les Juges et ensuite le Christ, fut placée tellement haute, qu’elle est implacable par son analyse que confirme maintenant la psychanalyse et la sociologie la plus fine

En politique, il est bien clair que l’on attend toujours le messie ! Le sauveur bien sûr qui réparera la faute de son prédécesseur. Première question est ce que la faute est bien celle du prédécesseur ou n’est-elle pas dans le temps une faute collective ? Ce sauveur, c’est l’homme ou la femme politique qui vient en se positionnant en accusateur (je fais exprès de choisir ce mot qui est aussi théologique) pour rétablir un monde meilleur... Cependant l’histoire nous la connaissons, " mon royaume n’est pas de ce monde...", comme la venue du Christ chez un peuple qui a "mal lu" les écritures et qui attend un chef politique, alors qu’il est clair que par rapport aux exigences de sa Loi et de sa sublime Transcendance, c’est d’un modèle religieux, ou d’un accomplissement dont il a besoin. Si l’accusation des maux des juifs, se porte sur Rome, alors, malgré les prophètes, le peuple juif est comme les autres...Si, actuellement, le peuple juif a besoin de l’Etat d’Israël, et bien s’est qu’il n’a toujours rien compris... On peut aller plus loin comme cela, mais c’est effectivement l’avantage du religieux sur le politique, la Transcendance...

En dehors de la phrase célèbre de Jésus " rendez à Caesar ce qui est à Caesar et à Dieu ce qui est à Dieu", il y a ces deux passages l’un tiré du premier livre de Samuel et le second tiré du livre de Jérémie, qui montrent que l’exigence de l’excellence est individuelle avant d’être collective et qu’elle relève de la seule conscience et du seul jugement (de Dieu). Le pouvoir politique ne serait-il pas comme la faute collective, qui est expiée dans le bouc émissaire, une façon de s’en remettre à l’autre pour la recherche du bien commun, de façon à nous éviter d’avoir à le chercher nous-mêmes et d’en assumer l’échec, et à avoir, du coup, sous la main un coupable désigné d’avance pour lui reprocher de toute façon l’échec. Mais l’échec inévitable et sûr, est ce bien l’échec de l’homme politique, pantin de notre société et de notre propre échec morale, que de toute façon nous refuserons d’assumer comme nous rejetons toujours la faute collective objective sur l’individu et vis versa dans un va et vient construit sur l’alibi !

D’autre part l’intérêt matériel que l’autre a de prendre le pouvoir est ici souligné, comme l’aspect hégémonique d’appartenance à une nation, autre que celle de la vertu...Les « droits » du politicien dénoncés par Samuël n’ont guère vieilli, l’alibi est seulement plus subtil et plus mensonger. Donc point de progrès !

C’est dans ce sens qu’il faut interpréter la réticence de Dieu, devant les juifs qui lui demandent un roi et qui ajoutent, comble de l’ironie « pour faire comme les autres ». Ceci étant l’expression même de la mimétique dont on sait qu’elle est à l’origine du Bouc Emissaire et la trame invisible du théâtre de nos singeries...

Le hasard veut qu’aujourd’hui Dimanche des rameaux se soit aussi un rendez vous électoral en France... Ironie peut-être du Sort... Cette semaine que l’on nomme Sainte est à elle seule un résumé de toute l’horreur politique humaine. Aujourd’hui, Dimanche des Rameaux, le peuple de Jérusalem acclame et glorifie Jésus, vendredi ce même peuple de Jérusalem va l’insulter, l’humilier et le mettre à mort, et tout cela sur fonds de pouvoir politique, alors qu’il ne s’agit que du pouvoir sur soi-même !

Il ne s’agit pas là de faire de la politique non plus, mais d’un « hasard » du calendrier qui fait que pour une fois je n’ai pas envie de me taire... mais de répondre à nos ténors et à nos cantatrices de la laïcité, dont personne en France ne peut donner en l’état actuel du discours, une signification précise ou si ce n’est dans ce qu’elle a de plus obscure et de plus Ponce Pilate. Il faut surtout rappeler à l’homme et à la femme politique et à leurs étalages de bateleur que la pensée chrétienne connaît le contenu générique du discours politique et que ce contenu est au cœur de la détresse humaine, dans son rapport à la transcendance, et que cela se sait depuis la nuit des temps, ou du moins qu’un petit peuple le savait, qui se disait l’élu de Dieu et dont nous sommes les héritiers.
Nous comprenons alors pourquoi l’Europe a peur de ses racines judéo chrétienne, et que le seul mot de christianisme ait chez certains de nos politiciens français le même effet que l’eau bénite sur le diable....

François de Mendizabal

Livre des Juges Chapitre 9 versets 8 à 15

Les arbres qui veulent un roi

Les arbres partirent pour aller oindre un roi et le mettre à leur tête. Ils dirent à l’olivier : Règne sur nous.
Mais l’olivier leur répondit : Renoncerais-je à mon huile, qui m’assure les hommages de Dieu et des hommes, pour aller planer sur les arbres ?
Et les arbres dirent au figuier : Viens, toi, règne sur nous.
Mais le figuier leur répondit : Renoncerais-je à ma douceur et à mon excellent fruit, pour aller planer sur les arbres ?
Et les arbres dirent à la vigne : Viens, toi, règne sur nous.
Mais la vigne leur répondit : Renoncerais-je à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller planer sur les arbres ?
Alors tous les arbres dirent au buisson d’épines : Viens, toi, règne sur nous.
Et le buisson d’épines répondit aux arbres : Si c’est de bonne foi que vous voulez m’oindre pour votre roi, venez, réfugiez-vous sous mon ombrage ; sinon, un feu sortira du buisson d’épines, et dévorera les cèdres du Liban.

1er livre de Samuël chapitre 8 versets 4 à 22

Les juifs qui veulent un roi

Tous les anciens d’Israël s’assemblèrent, et vinrent auprès de Samuel à Rama.
Ils lui dirent : Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent point sur tes traces ; maintenant, établis sur nous un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations.
Samuel vit avec déplaisir qu’ils disaient : Donne-nous un roi pour nous juger. Et Samuel pria l’Éternel.
L’Éternel dit à Samuel : Écoute la voix du peuple dans tout ce qu’il te dira ; car ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux.
Ils agissent à ton égard comme ils ont toujours agi depuis que je les ai fait monter d’Égypte jusqu’à ce jour ; ils m’ont abandonné, pour servir d’autres dieux.
Écoute donc leur voix ; mais donne-leur des avertissements, et fais-leur connaître le droit du roi qui régnera sur eux.
Samuel rapporta toutes les paroles de l’Éternel au peuple qui lui demandait un roi.
Il dit : Voici quel sera le droit du roi qui régnera sur vous. Il prendra vos fils, et il les mettra sur ses chars et parmi ses cavaliers, afin qu’ils courent devant son char ;
il s’en fera des chefs de mille et des chefs de cinquante, et il les emploiera à labourer ses terres, à récolter ses moissons, à fabriquer ses armes de guerre et l’attirail de ses chars.
Il prendra vos filles, pour en faire des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères.
Il prendra la meilleure partie de vos champs, de vos vignes et de vos oliviers, et la donnera à ses serviteurs.
Il prendra la dîme du produit de vos semences et de vos vignes, et la donnera à ses serviteurs.
Il prendra vos serviteurs et vos servantes, vos meilleurs boeufs et vos ânes, et s’en servira pour ses travaux.
Il prendra la dîme de vos troupeaux, et vous-mêmes serez ses esclaves.
Et alors vous crierez contre votre roi que vous vous serez choisi, mais l’Éternel ne vous exaucera point.
Le peuple refusa d’écouter la voix de Samuel. Non ! dirent-ils, mais il y aura un roi sur nous,
et nous aussi nous serons comme toutes les nations ; notre roi nous jurera il marchera à notre tête et conduira nos guerres.
Samuel, après avoir entendu toutes les paroles du peuple, les redit aux oreilles de l’Éternel.
Et l’Éternel dit à Samuel : Écoute leur voix, et établis un roi sur eux. Et Samuel dit aux hommes d’Israël : Allez-vous-en chacun dans sa ville.




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