Benoît XVI en Afrique
Publié le 23/03/2009 à 12:00 par auto23652
Angelus de Benoît XVI depuis Luanda
Prière de l'Angelus devant 1 million de fidèles
Chers Frères et Sœurs,
Au terme de notre célébration eucharistique, alors que ma visite pastorale en Afrique touche à sa fin, tournons-nous maintenant vers Marie, la Mère du Rédempteur, pour implorer son affectueuse intercession pour nous, pour nos familles et pour notre monde.
Avec cette prière de l’Angelus, nous nous remémorons le « oui » sans condition de Marie à la volonté de Dieu. Par l’obéissance dans la foi de la Vierge, le Fils est venu dans le monde pour nous apporter le pardon, le salut et la vie en abondance. En se faisant homme comme nous en tout excepté le péché, le Christ nous a révélé la dignité et la valeur de chacun des membres de la famille humaine. Il est mort pour nos péchés, pour nous rassembler tous dans la famille de Dieu.
Notre prière s’élève aujourd’hui depuis l’Angola, depuis l’Afrique, et elle embrasse le monde entier. De leur côté, que les hommes et les femmes qui, partout, dans le monde qui s’unissent à notre prière, tournent leur regard vers l’Afrique, vers ce grand continent, si riche d’espérance mais encore si assoiffé de justice, de paix et d’un développement intégral et sain qui soit en mesure d’assurer un avenir de progrès et de paix à sa population.
Aujourd’hui, je confie à vos prières le travail de préparation de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, dont la célébration est prévue pour la fin de cette année. Inspirés par leur foi en Dieu et confiants dans les promesses du Christ, puissent les catholiques de ce continent devenir toujours davantage levain d’espérance évangélique pour toutes les personnes de bonne volonté qui aiment l’Afrique, qui se dévouent pour le progrès matériel et spirituel de ses fils, tout comme pour la croissance de la paix, de la prospérité, de la justice et de la solidarité en vue du bien commun.
Que la Vierge Marie, Reine de la Paix, continue à guider le peuple de l’Angola dans la tâche de la réconciliation nationale après la dévastatrice et inhumaine expérience de la guerre civile ! Puissent ses prières obtenir pour tous les Angolais la grâce d’un pardon sincèrement donné, du respect des autres et de la coopération qui seule peut faire avancer l’immense œuvre de la reconstruction ! Que la Sainte Mère de Dieu, qui nous montre son Fils comme notre frère, nous rappelle à nous chrétiens du monde entier le devoir d’aimer notre prochain, d’être bâtisseurs de paix, d’être les premiers à pardonner celui qui a péché contre nous, comme nous-mêmes avons été pardonnés.
Ici, en Afrique australe, nous voulons prier Notre-Dame afin qu’elle intercède de manière particulière pour la paix, pour la conversion des cœurs et pour la fin du conflit dans la région des Grands Lacs. Que son Fils, Prince de la Paix, apporte la guérison à ceux qui souffrent, le réconfort à ceux qui pleurent et la force à tous ceux qui font avancer le difficile processus du dialogue, de la négociation et de la cessation des violences !
Animés d’une telle confiance, nous nous tournons maintenant vers Marie notre Mère et, en récitant la prière de l’Angelus, prions pour la paix et le salut de la famille humaine tout entière.
Sources : www.vatican.va -
Publié le 23/03/2009 à 12:00 par auto23652
Homélie de Benoît XVI,
Le 22 mars 2009
Depuis la place Cimangola de Luanda, le pape Benoît XVI a célébré la Messe en ce IVe dimanche de Carême, entouré des évêques de l’Interregional Meeting of Bishops of Southern Africa.
Benoit XVI en présence de plus d'un million de personnes : "Je suis venu en Afrique pour annoncer ce message de pardon, d’espérance dans le Christ"
Messieurs les Cardinaux,
Chers Frères dans l’Épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers Frères et Sœurs dans le Christ,
« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle » (Jn 3, 16). Ces paroles nous comblent de joie et d’espérance, nous qui attendons l’accomplissement des promesses de Dieu. C’est pour moi, en tant que Successeur de l’Apôtre Pierre, un motif de joie particulier de pouvoir célébrer aujourd’hui cette Messe avec vous, Frères et Sœurs venus des différentes régions de l’Angola, de São Tomé e Principe et de bien d’autres pays. Avec une grande affection, je salue dans le Seigneur les communautés catholiques de Luanda, Bengo, Cabinda, Benguela, Huambo, Huíla, Cuando Kubango, Kunene, Kwanza Norte, Kwanza Sul, Lunda Norte, Lunda Sul, Malanje, Namibe, Moxico, Uíge e Zaire.
Je salue d’une manière toute particulière mes Frères Évêques, les membres de l’Association interrégionale des Évêques de l’Afrique australe réunis autour de cet autel du Sacrifice du Seigneur. Je remercie le Président de la CEAST, Monseigneur Damião Franklin, pour ses aimables paroles de bienvenue, et en la personne de leurs Pasteurs, je salue tous les fidèles du Botswana, du Lesotho, du Mozambique, de Namibie, de l’Afrique du Sud, du Swaziland et du Zimbabwe.
La première lecture de ce jour résonne de manière particulière pour le Peuple de Dieu en Angola. C’est un message d’espérance adressé au Peuple élu dans son lointain exil, une invitation à retourner à Jérusalem pour y reconstruire le Temple du Seigneur. La description saisissante de la destruction et de la ruine causée par la guerre trouve un écho dans l’expérience personnelle de nombreuses de personnes de ce payslors des terribles dévastations de la guerre civile. Qu’il est vrai de dire que la guerre peut détruire tout ce qui est précieux (cf. 2 Ch 36, 19) : des familles, des communautés entières, le fruit du travail des hommes, les espoirs qui guident et soutiennent leurs vies et leur travail ! Une telle expérience est malheureusement trop familière à l’Afrique tout entière : le pouvoir destructeur de la guerre civile, la chute vertigineuse dans le tourbillon de la haine et de la vengeance, le gaspillage des efforts de générations de personnes honnêtes. Lorsque la Parole de Dieu n’est plus écoutée – Parole qui a pour objectif de construire les personnes, les communautés et la famille humaine tout entière – et quand la Loi de Dieu est tournée en dérision et méprisée (cf. ibid., 16), il ne peut en résulter que destruction et injustice : l’humiliation de notre humanité commune et la trahison de notre vocation à être fils et filles du Père miséricordieux, frères et sœurs de son Fils bien-aimé.
Recueillons donc le réconfort qui nous vient des paroles de consolation que nous avons entendues dans la première lecture ! L’appel à faire retour et à reconstruire le Temple de Dieu a un sens particulier pour chacun de nous. Saint Paul, dont nous célébrons cette année le bimillénaire de la naissance, nous dit que « nous sommes le temple du Dieu vivant » (2 Co 6, 16). Comme nous le savons, Dieu demeure dans les cœurs de ceux qui mettent leur foi dans le Christ, qui sont « renés » par le Baptême et qui deviennent temple de l’Esprit Saint. Aujourd’hui encore, dans l’unité du Corps du Christ qui est l'Église, Dieu nous appelle à reconnaître la puissance de sa présence en nous, à faire nôtre de nouveau le don de son amour et de son pardon, et à devenir messagers de cet amour miséricordieux au sein de nos familles et de nos communautés, à l’école et sur nos lieux de travail, dans tous les secteurs de la vie sociale et politique.
Ici en Angola, ce dimanche a été désigné comme la journée de prière et de pénitence pour la réconciliation nationale. L’Évangile nous enseigne que la réconciliation – une réconciliation vraie – ne peut être que le fruit d’une conversion, d’un changement du cœur, d’une nouvelle façon de penser. Il nous enseigne que seul le pouvoir de l’amour de Dieu peut changer nos cœurs et nous rendre plus forts que la puissance du péché et de la division. Quand nous étions « morts par suite de nos fautes » (cf. Ep 2, 5), son amour et sa miséricorde nous ont offert la réconciliation et la vie nouvelle dans le Christ. C’est là le cœur de l’enseignement de l’Apôtre Paul, et il est important de nous souvenir que seule la grâce de Dieu peut créer en nous un cœur nouveau ! Seul son amour peut changer notre « cœur de pierre » (Ez 11, 19) et nous rendre capable de construire plutôt que de démolir. Seul Dieu peut faire toutes choses nouvelles !
Je suis venu en Afrique précisément pour annoncer ce message de pardon, d’espérance et d’une vie nouvelle dans le Christ. Il y a trois jours, à Yaoundé, j’ai eu la joie de rendre publique l’Instrumentum Laborisde la Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, qui sera consacrée au thème : L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Je vous demande aujourd’hui de prier, en union avec nos frères et sœurs de toute l’Afrique, pour cette intention : que chaque chrétien, sur ce grand continent, expérimente l’action recréatrice de l’amour miséricordieux de Dieu et que l’Église en Afrique devienne « pour tous le lieu d’une authentique réconciliation, grâce au témoignage rendu par ses fils et ses filles » (Ecclesia in Africa, n. 79).
Chers amis, tel est le message que le Pape vous apporte ainsi qu’à vos enfants. De l’Esprit Saint, vous avez reçu la force d’être les bâtisseurs d’un avenir meilleur pour votre pays bien-aimé. Dans le Baptême, l’Esprit vous a été donné pour être les hérauts du Royaume de Dieu, règne de vie et de vérité, de grâce et de sainteté, de justice, d’amour et de paix (cf. Missel Romain, Préface du Christ Roi de l’univers). Au jour de votre Baptême, vous avez reçu la lumière du Christ. Soyez fidèles à ce don, certains que l’Évangile peut affermir, purifier et ennoblir les profondes valeurs humaines présentes dans votre culture d’origine et dans vos traditions : l’unité de la famille, le profond sens religieux, la célébration joyeuse du don de la vie, la considération pour la sagesse des anciens et pour les aspirations de la jeunesse. Enfin, soyez reconnaissants pour la lumière du Christ ! Manifestez de la gratitude envers ceux qui vous l’ont apportée : des générations et des générations de missionnaires qui ont tant contribué et qui continuent de contribuer au développement humain et spirituel de ce Pays. Soyez reconnaissants pour le témoignage de tant de parents et d’enseignants chrétiens, de catéchistes, de prêtres, de religieuses et de religieux, qui ont sacrifié leur vie pour vous transmettre ce trésor précieux ! Affrontez le défi que ce patrimoine vous impose. Prenez conscience que l’Église, en Angola et partout en Afrique, a le devoir d’être, devant le monde, un signe de cette unité à laquelle l’humanité entière est appelée par la foi au Christ rédempteur.
Dans l’Évangile d’aujourd’hui, les paroles que Jésus énonce ne laissent pas indifférent : il nous dit que le jugement de Dieu sur le monde a déjà été prononcé (cf. Jn 3, 19ss). La lumière est déjà venue dans le monde. Mais les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Combien sont épaisses les ténèbres en de nombreuses régions du monde ! De façon tragique, les sombres nuages du mal ont aussi assombri l’Afrique, y compris cette nation bien-aimée, l’Angola. Nous pensons au fléau de la guerre, aux conséquences cruelles du tribalisme et des rivalités ethniques, à la cupidité qui corrompt le cœur de l’homme, réduit en esclavage les pauvres et prive les générations futures des ressources dont elles auront besoin pour créer une société plus solidaire et plus juste – une société vraiment et authentiquement africaine dans son génie et dans ses valeurs. Et que dire de l’égoïsme insidieux qui fait se replier les individus sur eux-mêmes, divise les familles et, supplantant les grands idéaux de générosité et de dévouement, conduit inévitablement à l’hédonisme, à la fuite vers de faux paradis à travers l’usage de la drogue, à l’irresponsabilité sexuelle, à l’affaiblissement du lien matrimonial, à la destruction des familles et à l’élimination de vies humaines innocentes par l’avortement.
Cependant, la parole de Dieu est une parole d’espérance sans limite. En effet, « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 16-17). Dieu ne nous donne jamais pour perdus ! Il continue de nous inviter à lever les yeux vers un avenir d’espérance et il nous promet la force pour le concrétiser. Comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, Dieu nous a créés dans le Christ Jésus pour mener une vie juste, pour que nos actes soient vraiment bons, conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous (cf. Ep 2, 10). Il nous a donnés ses commandements, non comme un fardeau, mais comme une source de liberté : la liberté de devenir des femmes et de hommes pleins de sagesse, des maîtres de justice et de paix, des gens qui ont confiance dans les autres et qui recherchent leur véritable bien. Dieu nous a créés pour vivre dans la lumière et pour être lumière pour le monde autour de nous ! C’est ce que Jésus nous dit dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu » (Jn 3, 21).
« Vivez donc selon la vérité ! » Rayonnez la lumière de la foi, de l’espérance et de l’amour dans vos familles et dans vos communautés ! Soyez témoins de la sainte vérité qui rend les hommes et les femmes libres ! Vous savez, de par une amère expérience, que face à la fureur inattendue et destructrice du mal, le travail de reconstruction est douloureusement lent et dur. Cela nécessite temps, effort et persévérance. Ce travail doit commencer dans nos cœurs, dans les petits sacrifices quotidiens requis pour être fidèles à la loi de Dieu, dans les petits gestes par lesquels nous manifestons que nous aimons notre prochain – notre prochain quelle que soit sa race, son ethnie ou sa langue – dans la disponibilité à collaborer avec lui pour construire ensemble sur des bases durables. Faites en sorte que vos paroisses deviennent des communautés où la lumière de la vérité de Dieu et le pouvoir de l’amour du Christ qui réconcilie ne soient pas seulement célébrés, mais vécus dans les œuvres concrètes de la charité. N’ayez pas peur ! Même si cela signifie être « signe de contradiction » (Lc 2, 34) face à des attitudes de dureté et à une mentalité qui considère les autres comme des instruments à manipuler plutôt que comme des frères et des sœurs à aimer, à respecter et à aider sur le chemin de la liberté, de la vie et de l’espérance.
Permettez-moi de terminer en m’adressant en particulier aux jeunes de l’Angola et à tous les jeunes de l’Afrique. Chers jeunes, vous êtes l’espérance et l’avenir de votre Pays, la promesse d’un lendemain meilleur ! Commencez dès aujourd’hui à grandir dans l’amitié avec Jésus, qui est « le chemin, la vie et la vérité » (Jn 14, 6) : une amitié nourrie et approfondie par une prière humble et persévérante. Cherchez la volonté qu’il a sur vous, en écoutant quotidiennement sa Parole et en laissant sa loi façonner votre vie et vos relations. Ainsi, vous deviendrez de sages et généreux prophètes de l’amour salvifique de Dieu ; vous deviendrez les évangélisateurs de vos compagnons, les conduisant par votre exemple à apprécier la beauté et la vérité de l’Évangile et les orientant vers l’espérance d’un avenir modelé par les valeurs du Royaume de Dieu. L’Église a besoin de votre témoignage ! N’ayez pas peur de répondre généreusement à l’appel de Dieu à le servir, que ce soit comme prêtres, religieuses ou religieux, comme parents chrétiens ou bien encore à travers tant d’autres formes de service que l’Église vous propose.
Chers frères et sœurs ! À la fin de la première lecture d’aujourd’hui, Cyrus, roi de Perse, inspiré par Dieu, enjoint au Peuple élu de retourner sur sa terre bien-aimée et de reconstruire le Temple du Seigneur. Que ces paroles du Seigneur soient un appel au peuple de Dieu tout entier, ici en Angola et dans toute l’Afrique australe : Levez-vous ! Prenez la route (cf. 2 Ch 36, 23). Regardez l’avenir avec espérance, ayez confiance dans les promesses de Dieu et vivez dans sa vérité. De cette façon, vous construirez quelque chose qui est destiné à subsister et vous laisserez aux générations futures un héritage durable de réconciliation, de justice et de paix. Amen
Sources : www.vatican.va
Publié le 22/03/2009 à 12:00 par auto23652
21 mars 2009 à 16h 30
Discours du pape Benoît XVI devant des milliers de jeunes dans le stade Coqueiros de Luanda
Discours de Benoît XVI
Très chers jeunes,
Vous êtes venus très nombreux, sans parler de tous ceux qui vous sont unis spirituellement, pour rencontrer le successeur de Pierre et, avec lui, proclamer devant tous la joie de croire en Jésus Christ et renouveler l’engagement d’être aujourd’hui ses fidèles disciples. Une rencontre semblable avait eu lieu en cette même cité, le 7 juin 1992, avec le bien-aimé Pape Jean-Paul II. Sous des traits un peu différents, mais avec le même amour dans le cœur, voici devant vous l’actuel successeur de Pierre, qui vous prend tous dans ses bras en Jésus Christ qui « est le même, hier et aujourd’hui, et pour l’éternité » (He 13, 8).
Avant tout, je désire vous remercier pour cette fête que vous me faites, pour cette fête que vous êtes vous-mêmes, pour votre présence et pour votre joie. J’adresse un salut affectueux à mes vénérés Frères dans l’Épiscopat et dans le Sacerdoce et à ceux qui animent ce rassemblement. De grand cœur, je remercie et je salue tous ceux qui ont préparé cette rencontre et, en particulier, la Commission épiscopale pour la Jeunesse et les Vocations, ainsi que son Président, Monseigneur Kanda Almeida, à qui j’exprime ma reconnaissance pour les paroles chaleureuses de bienvenue qu’il m’a adressées. Je salue tous les jeunes, catholiques et non-catholiques, qui sont à la recherche d’une réponse à leurs problèmes, dont certains ont été évoqués par vos représentants : j’ai écouté leurs paroles avec gratitude. L’accolade que j’ai échangée avec eux s’étend naturellement à vous tous.
Rencontrer des jeunes est, pour tous, bienfaisant ! Ils ont sans doute beaucoup de problèmes, mais ils portent en eux tant d’espérance, tant d’enthousiasme, tant d’envie de recommencer. Chers jeunes, vous détenez en vous la dynamique de l’avenir. Je vous invite à regarder celui-ci avec les yeux de l’apôtre Jean : « Alors j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle (…) et j’ai vu descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, toute prête, comme une fiancée parée pour son époux. Et j’ai entendu la voix puissante qui venait du Trône divin ; elle disait : ‘Voici la demeure de Dieu avec les hommes’ » (Ap 21, 1-3). Chers amis, la présence de Dieu fait la différence. Cela se vérifie en commençant par la sereine intimité entre Dieu et le couple humain présent dans le jardin d’Éden, en passant par la gloire divine qui irradiait la Tente de la Rencontre plantée au milieu du peuple d’Israël durant la traversée du désert, jusqu’à l’Incarnation du Fils de Dieu qui s’est indissolublement uni à l’homme en Jésus Christ. Ce même Jésus reprend la traversée du désert humain en passant à travers la mort et parvient à la résurrection, entraînant avec lui l’humanité entière vers Dieu. Maintenant, Jésus ne se trouve plus situé dans les limites d’un lieu et d’un temps déterminé, mais son Esprit, l’Esprit Saint, vient de Lui et pénètre en nos cœurs, nous unissant ainsi avec Lui et par Lui avec le Père – avec le Dieu un et trine.
Oui, mes chers amis ! Dieu fait la différence… Qui plus est, Dieu nous rend différents, nous refait à neuf ! Telle est la promesse qu’il fait Lui-même : « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). Et cela est vrai ! L’apôtre saint Paul nous le dit : « Si quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 17-18). Étant monté au ciel et étant entré dans l’éternité, Jésus Christ est devenu le Seigneur de tous les temps. C’est pourquoi, il peut se faire notre compagnon dans le présent, portant le livre de nos jours dans sa main : en elle, il tient fermement le passé, avec les sources et les fondements de notre être ; en elle, il garde jalousement notre avenir, en nous laissant apercevoir la plus belle aube qu’il fait lever sur notre vie, c’est-à-dire la résurrection en Dieu. L’avenir de l’humanité nouvelle, c’est Dieu, et le commencement de tout cela, c’est son Église. Quand vous en aurez la possibilité, lisez attentivement son histoire : vous vous rendrez compte avec surprise que l’Église, au cours des âges, ne vieillit pas ; elle devient au contraire de plus en plus jeune, parce qu’elle chemine vers le Seigneur, se rapprochant chaque jour de la seule et véritable source d’où jaillissent la jeunesse, la régénération, la force de la vie.
Amis qui m’écoutez, l’avenir, c’est Dieu. Comme nous l’avons entendu il y a peu, « il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort n’existera plus ; il n’y aura plus de pleurs, de cris, ni de tristesse ; car la première création aura disparu » (Ap 21, 4). En même temps, je vois présents ici – mais il y en a des milliers d’autres – de jeunes angolais qui sont mutilés à cause de la guerre et des mines, je pense aux torrents de larmes que tant de vous ont versé à cause de la perte de membres de vos familles, et il n’est pas difficile d’imaginer les sombres nuages qui couvrent encore le ciel de vos rêves les plus beaux… Je lis dans vos cœurs un doute, que vous m’objectez : « C’est cela qui est notre réalité. Ce que tu nous dis, nous ne le voyons pas ! La promesse est garantie par Dieu - et nous y croyons -, mais quand Dieu se lèvera-t-il pour renouveler toutes choses ? » La réponse de Jésus est la même que celle qu’il a faite à ses disciples : « Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? » (Jn 14, 1-2). Mais vous, chers jeunes, vous insistez : « D’accord ! Mais quand cela adviendra-t-il ? » À une question semblable faite par ses apôtres, Jésus répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine. Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins (…) jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 7-8). Vous le voyez, Jésus ne nous laisse pas sans réponse ; il nous dit clairement une chose : le renouvellement commence en nous ; vous recevrez une force d’En-Haut. La force dynamique de l’avenir se trouve en vous.
Elle se trouve en nous… mais comment ? Tout comme la vie est à l’intérieur d’une semence : ainsi Jésus l’a-t-il expliqué, en un moment décisif de son ministère. Son ministère avait débuté dans l’enthousiasme, puisque les gens voyaient les malades guéris, les démons chassés, l’Évangile annoncé ; mais pour le reste, le monde tournait comme avant : les Romains dominaient encore, la vie était difficile dans la succession des jours, bien qu’il y ait eu ces signes et ces belles paroles. L’enthousiasme était allé en diminuant jusqu’à s’éteindre, au point que plusieurs disciples avaient abandonné le Maître (cf. Jn 6, 66), qui prêchait mais ne changeait pas le monde. Et tous se demandaient : au fond, quelle valeur ce message a-t-il ? Qu’est-ce que nous apporte ce Prophète de Dieu ? Alors, Jésus se mit à parler d’un semeur qui semait dans le champ du monde, et il expliqua ensuite que la semence était sa parole (cf. Mc 4, 3-20) et les guérisons qu’il avait opérées : en vérité peu de choses en regard des immenses besoins et difficultés de chaque jour. Et pourtant, dans la semence, l’avenir est présent, parce que la semence porte en elle le pain de demain, la vie de demain. La semence semble n’être presque rien, mais elle est la présence de l’avenir, elle est la promesse déjà tangible aujourd’hui ; quand elle tombe dans une bonne terre, elle fructifie trente, soixante et même parfois cent fois pour un.
Mes amis, vous êtes une semence jetée par Dieu sur la terre ; elle porte dans le cœur une force d’En-Haut, la force de l’Esprit Saint. Cependant, pour passer de la promesse de vie au fruit, la seule voie possible est d’offrir sa vie par amour, et de mourir par amour. Jésus l’a dit lui-même : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perd, celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle » (Jn 12, 24-25). Ainsi Jésus a-t-il parlé, et ainsi a-t-il vécu : sa crucifixion semble être un échec total, mais il n’en est rien ! Jésus, animé par la force de « l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tâche » (He 9, 14). Et de cette façon, tombé en terre, Il a pu donner du fruit en tout temps et tout au long du temps. Au milieu de vous se trouve le Pain nouveau, le Pain de la vie qui vient, la sainte Eucharistie qui nous nourrit et fait s’épanouir la vie trinitaire dans le cœur des hommes.
Chers jeunes, semences animées de la force de l’Esprit éternel lui-même, ouvrez-vous au feu de l’Eucharistie, dans laquelle se réalise le testament du Seigneur : Il se donne à nous et nous répondons en nous donnant aux autres par amour pour Lui. C’est là chemin de la vie ; mais il sera possible de le parcourir à la seule condition qu’existe un dialogue constant avec le Seigneur et un dialogue vrai entre vous. La culture sociale dominante ne vous aide pas à vivre la Parole de Jésus ni le don de vous-même auquel il vous appelle selon le dessein du Père. Chers amis, la force se trouve en vous, comme elle était en Jésus qui disait : « Le Père qui demeure en moi (…) accomplit ses propres œuvres (…) Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père » (Jn 14, 10.12). N’ayez donc pas peur de prendre des décisions définitives. La générosité ne vous manque pas – je le sais ! Cependant, face au risque de s’engager pour toute la vie, que ce soit dans le mariage ou dans une consécration particulière, vous éprouvez de la crainte : « Le monde vit dans un mouvement continuel et la vie est riche de possibilités. Puis-je disposer aujourd’hui de ma vie alors que j’ignore les imprévus qu’elle me réserve ? Par une décision définitive, est-ce que je ne mets pas en jeu toute ma liberté et est-ce que je ne me lie pas les mains ? » Tels sont les doutes qui vous assaillent et la culture individualiste et hédoniste les renforce. Le résultat : vous ne vous décidez pas, et vous risquez ainsi de demeurer d’éternels enfants !
Je vous le dis : Courage ! Osez prendre des décisions définitives parce que ce sont les seules qui ne détruisent pas la liberté, mais qui lui donnent la juste orientation, en permettant d’avancer et de faire quelque chose de grand dans la vie. La vie n’a de valeur que si vous avez le courage de l’aventure et la certitude confiante que le Seigneur ne vous laissera jamais seuls. Jeunesse de l’Angola, libère en toi l’Esprit Saint, la force d’En-Haut ! Confiant en cette force, à l’image de Jésus, risque ce saut dans le « définitif » et, par lui, offre une chance à la vie ! Ainsi naîtront parmi vous des points, puis des oasis et enfin de grandes étendues de culture chrétienne, à travers laquelle deviendra visible cette « cité sainte, qui descend du ciel, d’auprès de Dieu, toute prête, comme une fiancée parée pour son époux ». Voilà la vie qui mérite d’être vécue et que, de tout cœur, je vous souhaite. Vive la jeunesse de l’Angola !
www.vatican.va -
Publié le 22/03/2009 à 12:00 par auto23652
Le 21 mars 2009 -
Homélie de Benoît XVI en l'église São Paolo de Luanda, avec les évêques, les prêtres, les religieux et les associations ecclésiastiques
Chers frères et sœurs,
Bien-aimés ouvriers de la vigne du Seigneur,
Comme nous venons de l’entendre, les fils d’Israël se disaient l’un à l’autre : « efforçons-nous de connaître le Seigneur ». Par ces paroles, ils s’encourageaient mutuellement, alors qu’ils étaient plongés dans les tribulations. Celles-ci les avaient accablés – explique le prophète – parce qu’ils vivaient dans l’ignorance de Dieu ; et leurs cœurs étaient pauvres d’amour. Le seul médecin en mesure de les guérir, c’était le Seigneur. Mieux encore, lui-même, comme un bon médecin, ouvre la plaie, afin de guérir la blessure. Le peuple se décide alors : « Allons ! Revenons au Seigneur ! C’est lui qui nous a cruellement déchirés, c’est lui qui nous guérira » (Os 6, 1). De cette manière, ont pu se rencontrer la misère humaine et la Miséricorde divine, laquelle ne désire rien d’autre que d’accueillir les miséreux.
Nous le voyons dans la page d’Évangile qui vient d’être proclamée : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier » ; et de là, l’un s’en retourna « juste, et l’autre, non » (Lc 18, 10.14). Ce dernier avait mis en avant tous ses mérites devant Dieu, faisant de Lui presque son débiteur. Au fond, celui-ci n’éprouvait pas le besoin de Dieu, même si il Le remerciait de lui avoir accordé d’être si parfait « et non comme ces publicains ». Pourtant, c’est le publicain qui reviendra chez lui justifié. Conscient de ses péchés qui le faisaient rester la tête basse – mais en réalité il était tout tourné vers le Ciel -, il attendait tout du Seigneur : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis » (Lc 18, 13). Il frappait à la porte de la Miséricorde, laquelle s’ouvre et le justifie, parce que – conclut Jésus : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé » (Lc 18, 14).
De ce Dieu, riche en miséricorde, saint Paul nous parle en vertu de son expérience personnelle, lui qui est le patron de la ville de Luanda et de cette magnifique église, construite voilà près de cinquante ans. J’ai souhaité souligner le bimillénaire de la naissance de saint Paul par la célébration de l’Année paulinienne qui est en cours, dans le but d’apprendre de lui à mieux connaître Jésus Christ. Tel est le témoignage qu’il nous a laissé : « Voici une parole sûre, et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi le premier, je suis pécheur, mais si le Christ Jésus m’a pardonné, c’est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle » (1 Tm 1, 15-16). Au fil des siècles, le nombre de ceux qui ont été rejoints par la grâce n’a cessé d’augmenter. Toi et moi, nous sommes de ceux-là. Nous rendons grâce à Dieu parce qu’il nous a appelés à prendre place dans cet immense cortège pour nous conduire vers l’avenir. À la suite de ceux qui ont suivi Jésus, et avec eux, nous suivons le même Christ et ainsi, entrons-nous dans la Lumière.
Chers frères et sœurs, j’éprouve une grande joie à me retrouver parmi vous, qui êtes mes compagnons de labeur dans la vigne du Seigneur; dont vous prenez soin quotidiennement, préparant le vin de la Miséricorde divine et le versant sur les plaies de votre peuple si meurtri. Monseigneur Gabriel Mbilingi s’est fait l’interprète de vos espérances et de vos peines dans les paroles aimables qu’il m’a adressées. Avec reconnaissance et plein d’espérance, je vous salue tous – hommes et femmes donnés à la cause de Jésus – qui êtes ici et qui en représentez tant d’autres : Évêques, prêtres, personnes consacrées, séminaristes, catéchistes, responsables des mouvements et des associations les plus divers de cette chère Église de Dieu. Je désire faire mémoire aussi des religieuses contemplatives, présence invisible mais si féconde pour les pas de chacun d’entre nous. Que me soit permis enfin une parole toute particulière à l’adresse des Salésiens et aux fidèles de cette paroisse saint Paul qui nous accueillent dans leur église, sans hésiter pour cela à céder les places qu’ils occupent habituellement dans l’assemblée liturgique. J’ai appris qu’ils se trouvaient réunis dans le champ adjacent et j’espère, à la fin de cette Eucharistie, pouvoir les saluer et les bénir, mais d’ors et déjà, je leur dis : « Merci beaucoup ! Que Dieu suscite au milieu de vous et grâce à vous de nombreux apôtres dans le sillage de votre saint Patron ! »
La rencontre avec Jésus, alors qu’il marchait sur le chemin de Damas, a été fondamentale dans la vie de Paul : le Christ lui apparaît comme une lumière éblouissante, lui parle et conquiert son cœur. L’apôtre a vu Jésus ressuscité, c’est-à-dire l’homme dans sa stature parfaite. C’est alors produit en lui un renversement de perspective, et il s’est mis à envisager toute chose à partir de cette état final de l’homme en Jésus Christ : ce qui lui semblait à l’origine essentiel et fondamental ne vaut désormais pour lui pas plus que des « balayures » ; ce n’est plus un gain mais une perte, parce que maintenant ne compte plus que la vie dans le Christ (cf. Ph 3, 7-8). Il ne s’agit pas d’une simple maturation du « moi » de Paul, mais d’une mort à soi-même et d’une résurrection dans le Christ : en lui, est morte une certaine forme d’existence ; et avec Jésus ressuscité, une forme nouvelle est née.
Chers frères et amis, « efforçons-nous de connaître le Seigneur » ressuscité ! Comme vous le savez, Jésus, homme parfait, est aussi le vrai Dieu. En Lui, Dieu est devenu visible à nos yeux pour nous rendre participants de sa divinité. De cette façon, surgit avec lui une nouvelle dimension de l’être et de la vie, dans laquelle la matière a elle aussi sa part et par laquelle apparaît un monde nouveau. Mais, dans l’histoire universelle, ce saut qualitatif que Jésus a accompli à notre place et pour nous, comment concrètement rejoint-il l’être humain, en pénétrant sa vie et en l’emportant vers le Haut ? Il rejoint chacun d’entre nous à travers la foi et le baptême. En effet, ce sacrement est mort et résurrection, transformation en une vie nouvelle, à tel point que la personne baptisée peut affirmer avec saint Paul : « je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Je vis, mais ce n’est déjà plus moi. D’une certaine façon, je suis enlevé à moi-même, et je suis intégré en un « Moi » plus grand ; mon moi est encore présent, mais il est transformé et ouvert aux autres moyennant mon insertion dans un Autre : dans le Christ, j’ai acquis mon nouvel espace de vie. Qu’est-il donc advenu de nous ? Paul répond : vous êtes devenus un dans le Christ (cf. Ga 3, 28).
Grâce à cet être christifié par l’œuvre et la grâce de l’Esprit Saint, se réalise peu à peu la croissance du Corps du Christ tout au long de l’Histoire. En cet instant, il me plaît de revenir, par la pensée, cinq cents ans plus tôt, c’est-à-dire, vers les années 1506 et suivantes, quand sur cette terre, alors que les portugais étaient présents, s’est formé le premier royaume chrétien sub-saharien, grâce à la foi et à la détermination politique du roi Dom Afonso I Mbemba-a-Hzinga, qui régna de 1506 à 1543, année de sa mort ; le royaume demeura officiellement catholique de la fin du XVIè jusqu’au XVIIIè siècle, ayant son ambassadeur à Rome. Vous voyez comment deux peuples si divers – bantou et lusitanien – ont pu trouver dans la religion chrétienne un lieu d’entente, et se sont employés ensuite à ce que cette entente se prolonge et que les divergences – il y en a eu, et d’importantes – ne séparent pas les deux royaumes. De fait, le Baptême permet que tous les croyants soient un dans le Christ.
Aujourd’hui, il vous revient, frères et sœurs, dans le sillage des saints et héroïques messagers de Dieu, de présenter le Christ ressuscité à vos concitoyens. Ils sont si nombreux à vivre dans la peur des esprits, des pouvoirs néfastes dont ils se croient menacés ; désorientés, ils en arrivent à condamner les enfants des rues et aussi les anciens, parce que – disent-ils – ce sont des sorciers. Qui ira auprès d’eux pour leur dire que le Christ a vaincu la mort et toutes les puissances des ténèbres (cf. Ep 1, 19-23 ; 6, 10-12) ? Quelqu’un objectera : «Pourquoi ne les laissons-nous pas en paix ? Ceux-ci ont leur vérité ; et nous, la nôtre. Cherchons à vivre pacifiquement, en laissant chacun comme il est, afin qu’il réalise le plus parfaitement possible sa propre identité ». Mais si nous sommes convaincus et avons fait l’expérience que, sans le Christ, la vie est inachevée, qu’une réalité – la réalité fondamentale – lui fait défaut, nous devons être également convaincus du fait que nous ne faisons d’injustice à personne si nous lui présentons le Christ et lui donnons la possibilité de trouver de cette façon, non seulement sa véritable authenticité, mais aussi la joie d’avoir trouvé la vie. Bien plus, avons-nous le devoir de le faire ; c’est un devoir d’offrir à tous cette possibilité dont dépend leur éternité.
Frères et sœurs très chers, disons-leur comme le peuple d’Israël : « Allons ! Revenons au Seigneur ! C’est lui qui nous a cruellement déchirés, c’est lui qui nous guérira ». Aidons la misère de l’homme à rencontrer la Miséricorde divine. Le Seigneur fait de nous ses amis, Il s’en remet à nous, Il nous confie son Corps dans l’Eucharistie, Il nous confie son Église. Nous devons donc être véritablement ses amis, avoir avec Lui les mêmes sentiments, vouloir ce que Lui veut et ne pas vouloir ce qu’Il ne veut pas. Jésus lui-même a dit : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande » (Jn 15, 14). Que ce soit là notre engagement commun : faire, ensemble, sa sainte volonté : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » (Mc 16, 15). Épousons sa volonté, comme saint Paul l’a fait : Annoncer l’Évangile, « c’est une nécessité qui s’impose à moi : malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » (1 Co 9, 16).
Sources : www.vatican.va
Publié le 21/03/2009 à 12:00 par auto23652
Discours de Benoît XVI rencontre les évêques d'Angola
Le 20 mars 2009 -
Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - C'est dans la chapelle de la nonciature apostolique de Luanda que le pape Benoît XVI a rencontré ce soir les évêques d'Angola et São Tomé.
Monsieur le Cardinal,
Chers Évêques de l’Angola et de São Tomé,
J’éprouve une joie immense de pouvoir vous rencontrer en ce lieu que l’Angola a réservé au Successeur de Pierre – habituellement en la personne de son Représentant –, afin de manifester visiblement les liens qui unissent vos peuples à l'Église catholique, qui depuis plus de cinq cents ans a la joie de pouvoir vous compter au nombre de ses fils. Que s’élèvent d’un seul cœur nos ferventes louanges à Dieu le Père qui, par son Esprit Saint, ne cesse d’engendrer le Corps mystique de son Fils sous les traits des habitants de l’Angola et de São Tomé, sans pour autant que soit perdues les empreintes juive, romaine, portugaise et tant d’autres acquises auparavant, puisque « vous tous que le baptême a unis au Christ (…) vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 27.28). Pour faire progresser aujourd’hui ce développement du Christ total par le moyen de la foi et du baptême, Dieu, dans sa bonté, a voulu se servir de moi et de vous, chers Frères ; il n’est donc pas étonnant que les douleurs de l’enfantement se fassent sentir en nous tant que le Christ ne se sera pas complètement formé (cf. Ga 4, 19) dans le cœur de votre peuple. Dieu vous récompensera de tous les efforts apostoliques que vous avez menés dans des conditions difficiles, aussi bien pendant la guerre que de nos jours où vous vous trouvez confrontés à tant de contraintes, réussissant cependant à donner à l'Église en Angola et à São Tomé et Principe ce dynamisme que tous lui reconnaissent.
Conscient du ministère que je suis appelé à accomplir au service de la communion ecclésiale, je vous demande de bien vouloir vous faire les interprètes de ma constante sollicitude envers vos communautés, que je salue avec une affection sincère en la personne de chacun des membres de cette Conférence épiscopale. J’adresse un salut particulier à votre Président, Monseigneur Damião Franklin, que je remercie des paroles de bienvenue qu’il a prononcées à mon intention en votre nom. Il a souligné votre souci d’effectuer un discernement éclairé afin de dégager les lignes du plan d’ensemble à mettre en œuvre dans vos communautés diocésaines pour organiser le peuple saint afin de parvenir « à constituer cet Homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ » (Ep 4, 12.13). De fait, devant un relativisme diffus pour qui rien n’est définitif et qui tend au contraire à ériger le moi personnel et ses caprices comme la mesure de toutes choses, nous proposons, nous, une autre mesure : le Fils de Dieu qui est aussi vrai homme. Il est Lui, la mesure de l’humanisme véritable. Le chrétien dont la foi est adulte et mûre n’est pas celui qui suit la mode et les dernières nouveautés, mais celui qui vit profondément enraciné dans l’amitié du Christ. Cette amitié nous ouvre à tout ce qui est bon et nous offre le critère pour discerner entre l’erreur et la vérité.
Pour l’avenir de la foi et pour le bien de l’ensemble de la vie de la Nation, le domaine de la culture, où l’Église dispose d’institutions académiques de renom, revêt une importance décisive. À ces institutions revient l’honneur de faire en sorte que la voix des catholiques soit toujours présente dans le débat culturel au sein de la Nation, afin que se renforcent les capacités d’élaborer de manière rationnelle et à la lumière de la foi, les multiples questions qui surgissent dans les divers domaines de la science et de la vie. De nos jours, la culture et les modèles de comportement sont toujours plus influencés et imprégnés par les images véhiculées par les moyens de communication sociale ; il est donc bon d’encourager les efforts entrepris en ce domaine par votre Conférence épiscopale afin qu’elle ait des outils de communication lui permettant d’offrir à tous une interprétation chrétienne des événements, des problèmes et des réalités humaines.
La famille est une de ces réalités humaines et elle est, aujourd’hui, confrontée à de multiples difficultés et menaces. Elle a particulièrement besoin d’être évangélisée et de recevoir un soutien concret, car, à la fragilité et à l’instabilité de tant d’unions conjugales, vient s’ajouter la tendance très répandue dans la société et la culture de contester le caractère unique et la mission propre de la famille fondée sur le mariage. Dans votre sollicitude pastorale à l’égard de tous les êtres humains, continuez à élever la voix pour défendre le caractère sacré de la vie humaine et la valeur de l’institution matrimoniale, tout en veillant à la promotion du rôle de la famille dans l'Église et dans la société, demandant des mesures économiques et législatives qui aident les familles à accueillir la naissance d’enfants et les soutiennent dans leur mission éducative.
Je me réjouis de la présence, dans vos pays, de tant de communautés vibrantes de foi, où les laïcs se dévouent en de nombreuses œuvres apostoliques, et dans lesquelles naît un nombre important de vocations au ministère ordonné et à la vie consacrée, particulièrement à la vie contemplative : c’est un signe authentique d’espérance pour l’avenir. Alors que de plus en plus de prêtres sont autochtones, je désire rendre hommage au labeur accompli avec patience et non sans héroïsme par les missionnaires venus de loin annoncer le Christ et son Évangile et qui ont fait naître les communautés chrétiennes dont vous êtes à présent les responsables. Je vous invite à rester proches de vos prêtres, vous préoccupant de leur formation permanente aussi bien théologique que spirituelle, attentifs à leurs conditions de vie et d’apostolat afin qu’ils soient d’authentiques témoins de la Parole qu’ils annoncent et des Sacrements qu’ils célèbrent. Puissent-ils, dans le don d’eux-mêmes au Christ et au peuple dont ils sont les pasteurs, demeurer fidèles aux exigences de leur état et vivre leur ministère presbytéral comme un véritable chemin de sainteté, désireux d’être saints afin de susciter de nouveaux saints autour d’eux !
Chers Frères, conclut Benoît XVI , en me confiant à votre fervente intercession auprès du Seigneur, je vous assure, pour ma part, de ma prière particulière à Celui qui est le véritable Époux de l'Église qu’Il aime, qu’il protège et nourrit : à Jésus Christ, notre Seigneur, Fils unique du Dieu vivant. Qu’il soutienne par la force de sa grâce tous vos efforts pastoraux, afin qu’ils deviennent féconds, à l’exemple de la Vierge Mère et sous la protection de son Cœur Immaculé! Dans ces sentiments, j’accorde ma Bénédiction à chacun d’entre vous, ainsi qu’à vos prêtres, aux personnes consacrées, aux séminaristes, aux catéchistes et à tous les fidèles laïcs, membres du troupeau que Dieu vous a confié.
Sources : www.vatican.va - E.S.M.
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Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 20.03.09 - T/B
Publié le 21/03/2009 à 12:00 par auto23652
Discours de Benoît XVI à son arrivée à Luanda
Le 20 mars 2009 -
Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - À 12 heures 45 ce vendredi, l'avion du Pape a atterri en Angola, seconde étape de son voyage apostolique en Afrique. Sur place, le président de la république d'Angola, Eduardo Dos Santo, ainsi que le président de la Conférence épiscopale d'Angola, Monseigneur Damio Antonio Franklin, ont accueilli le Pape à sa sortie de l'avion. Voici le discours du Saint-Père :
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs qui représentez les Autorités civiles et militaires
Chers Frères dans l’épiscopat,
Chers amis Angolais !
C’est avec des sentiments de déférente amitié que je foule le sol de cette noble et jeune Nation dans le cadre d’une visite pastorale qui, à mes yeux, a comme horizon le continent africain tout entier, même si j’ai dû limiter mes pas à Yaoundé et à Luanda. Tous, nous savons bien que je garde dans mon cœur et ma prière l’Afrique tout entière et le peuple Angolais en particulier auquel je désire offrir mes encouragements cordiaux à progresser sur les chemins de la pacification et de la reconstruction du pays et de ses institutions.
Monsieur le Président, permettez-moi d’abord de vous remercier pour l’aimable invitation que vous m’avez faite à venir visiter l’Angola et pour les mots de cordiale bienvenue que vous venez de m’adresser. Veuillez accepter mes salutations respectueuses et mes vœux les meilleurs, que j’étends aux autres Autorités qui sont venues pour m’accueillir ici. En la personne de ses Évêques ici présents, je salue l’ensemble de l'Église catholique en Angola. Et je vous remercie, vous tous, amis Angolais, pour l’accueil affectueux que vous me réservez. J’assure aussi de mon amitié ceux qui m’écoutent par la radio et la télévision, dans la certitude que le Ciel veille avec bienveillance sur la mission qui nous a été confiée à tous : édifier ensemble une société plus libre, plus pacifique et plus solidaire.
Comment ne pas évoquer ici le souvenir de l’illustre visiteur qui bénit l’Angola au mois de juin de 1992, mon bien-aimé prédécesseur le Pape Jean-Paul II ? Missionnaire infatigable de Jésus Christ, jusqu’aux extrémités de la terre, il a montré le chemin vers Dieu, invitant tous les hommes de bonne volonté à écouter la voix de leur conscience formée dans la droiture, et à construire une société de justice, de paix et de solidarité, dans la charité et le pardon réciproques. Quant à moi, vous le savez, je viens d’un pays dont les habitants ont une haute estime de la paix et de la fraternité, en particulier ceux qui – comme moi – ont connu la guerre et la division entre frères d’une même Nation en raison d’idéologies destructrices et inhumaines qui faisaient peser le joug de l’oppression sous la fausse apparence du rêve et de l’illusion. Vous pouvez donc comprendre combien le dialogue entre les hommes est important à mes yeux, car il permet de dépasser toutes les formes de conflits et de tensions et de faire de chaque Nation – et donc de votre Patrie – une maison de paix et de fraternité. Pour atteindre ce but, vous devez puiser dans votre patrimoine spirituel et culturel les valeurs positives dont l’Angola est riche, et aller sans peur à la rencontre les uns des autres, en acceptant de partager pour le bien de tous les richesses spirituelles et matérielles.
Comment ne pas penser aux populations de la province de Kunene frappées par des pluies torrentielles et des inondations qui ont provoqué de nombreuses victimes et ont laissé tant de familles privées de toit en raison de la destruction de leur maison ? À ces populations éprouvées, je désire en cet instant transmettre l’assurance de ma solidarité ainsi qu’une invitation particulière à la confiance pour reprendre, avec l’aide de tous, une vie normale.
Chers amis Angolais, votre territoire est riche ; votre Nation est forte. Utilisez ces atouts pour favoriser la paix et l’entente entre les peuples, sur une base de loyauté et d’égalité capable de promouvoir en Afrique l’avenir pacifique et solidaire auquel tous aspirent et auquel tous ont droit. Pour cela, je vous en prie, ne vous laissez pas prendre par la loi du plus fort ! Car Dieu a accordé aux hommes le pouvoir de s’élever avec les ailes de la raison et de la foi, au-dessus de leurs inclinations naturelles. Si vous vous laissez emporter sur ces ailes, il ne vous sera pas difficile alors de reconnaître dans l’autre un frère, né avec les mêmes droits humains fondamentaux. À l’intérieur de vos frontières, se trouvent malheureusement encore tant de pauvres qui demandent le respect de leurs droits. Il n’est pas possible d’oublier la multitude des Angolais qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté absolue. Ne décevez pas leurs attentes !
Il s’agit là d’une immense entreprise, qui requiert le plus grand civisme possible de la part de tous. Il y faut l’engagement de la société civile angolaise tout entière ; mais elle doit se présenter à ce rendez-vous plus forte et plus organisée, que ce soit entre ses diverses composantes ou dans le dialogue avec le Gouvernement. Pour donner naissance à une société véritablement soucieuse du bien commun, des valeurs partagées par tous sont nécessaires. Je suis convaincu que l’Angola pourra les trouver aujourd’hui encore dans l’Évangile de Jésus Christ, tout comme cela fut, il y a bien longtemps, avec votre illustre ancêtre, Dom Afonso I Mbemba-a-Nzinga ; grâce à lui, il y a cinq cents ans, fut établi au Mbanza Congo un royaume chrétien qui a subsisté jusqu’au XVIIIe siècle. De ses cendres prit naissance, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, une Église renouvelée qui n’a pas cessé de grandir jusqu’à nos jours ; que Dieu en soit remercié ! C’est là le motif premier qui a conduit mes pas en Angola : aller à la rencontre d’une des plus anciennes communautés catholiques de l’Afrique sub-équatoriale, pour la confirmer dans sa foi en Jésus Christ et pour m’unir aux supplications de ses fils et de ses filles afin que le temps de la paix, dans la justice et dans la fraternité, ne connaisse pas de déclin en Angola, lui donnant ainsi la possibilité d’accomplir la mission que Dieu lui a confiée à l’égard de son peuple et dans le concert des Nations. Que Dieu bénisse l’Angola !
Sources : www.vatican.va - E.S.M.
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Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 19.03.09 - T/Voyage Afrique
Publié le 20/03/2009 à 12:00 par auto23652
Benoît XVI dit non à l'invasion des multinationales et des OGM
Le 20 mars 2009 -
(E.S.M.) - Les organismes génétiquement modifiés (Ogm) et l'invasion de multinationales avides de profits qui s'approprient les riches ressources naturelles aux dépens des populations locales sont les deux points les plus significatifs de l'Instrumentum Laboris, remis par Benoît XVI aux évêques africains.
Benoît XVI dit non à l'invasion des multinationales et des OGM
Synthèse
Le 20 mars 2009 - Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - Les organismes génétiquement modifiés (Ogm) et l'invasion de multinationales avides de profits qui s'approprient les riches ressources naturelles aux dépens des populations locales sont les deux points les plus significatifs de l'Instrumentum Laboris, remis par Benoît XVI aux évêques africains et qui rassemble les thèmes et les questions qui animeront le Synode d'Afrique, prévu en octobre, à Rome.
"Les multinationales ne cessent d’envahir graduellement le continent à la recherche des ressources naturelles. Elles écrasent les compagnies locales, achètent des milliers d’hectares expropriant les populations de leurs terres, avec la complicité des dirigeants africains", peut-on lire dans le document. Ces mots durs vont au cœur de questions qui affectent particulièrement les populations africaines, mais sur lesquelles le pape a invité à agir dans le sens de la réconciliation, de la justice et de la paix.
Parallèlement au sujet des multinationales, le document du synode consacre une grande importance aux Ogm : "Les travailleurs agricoles sur lesquels repose une grande partie de l’économie africaine sont victimes d’injustice dans la commercialisation de leurs productions, souvent payées à des prix très bas, fixés paradoxalement dans certaines régions par les acheteurs eux-mêmes. La population déjà défavorisée ne fait que s’appauvrir davantage. La campagne de semences d’Organismes Génétiquement Modifiés (Ogm), qui prétend assurer la sécurité alimentaire ne doit pas faire ignorer les vrais problèmes des agriculteurs : le manque de terre arable, d’eau, d’énergie, d’accès au crédit, de formation agricole, de marchés locaux, d’infrastructures routières, etc. Cette technique risque de ruiner les petits exploitants, de supprimer leurs semences traditionnelles et les rend dépendants des sociétés productrices des Ogm".
Cette situation est par ailleurs aggravée par les effets du changement climatique, qui compromettent les "les gains modestes des économies africaines", par les activités des compagnies étrangères qui "portent atteinte à l'environnement" et par les guerres qui traversent de part et d'autre le continent et sont "en grande partie" dues à des questions économiques. Le document n'épargne pas de ses critiques les institutions financières internationales accusées de soutenir des modèles néolibéraux qui se sont révélés "funestes". Tels sont les thèmes autour desquels s'articule l'avenir du continent - souligne le document - et pour lesquels le pape à imploré :
"Fils et filles d'Afrique, n'ayez pas peur de croire, d'espérer et d'aimer".
Sources : misna
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 20.03.09 - T/Voyage Afrique
Publié le 20/03/2009 à 12:00 par auto23652
SYNODE DES ÉVÊQUES
XIIème ASSEMBLÉE SPÉCIALE POUR L’AFRIQUE
L’ÉGLISE EN AFRIQUE AU SERVICE DE
LA RÉCONCILIATION,
DE LA JUSTICE ET DE LA PAIX.
« Vous êtes le sel de la terre …
Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13.14)
INSTRUMENTUM LABORIS
(Version Vatican : Français)
Cité du Vatican 2009
TABLES DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS
Introduction
CHAPITRE I
L’ÉGLISE EN AFRIQUE AUJOURD'HUI
I. De la première à la deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique
1. De 1994 à 2009 : un contexte social nouveau
Des évolutions positives
Discernement, dans l’Esprit Saint, des racines de nos souffrances
2. L’Assemblée Synodale dans une trajectoire de continuité
Depuis la Première Assemblée Spéciale et Ecclesia in Africa
Les tâches à poursuivre
II. Quelques lieux critiques de la vie des sociétés africaines
1. Le domaine sociopolitique
2. Le domaine socioéconomique
3. Le domaine socioculturel
III. Réflexions théologiques sur le thème du synode
1. Les disciples du Christ comme « Sel » et « Lumière »
Le contexte de la Parole de Jésus
La traduction en acte de la vision du Christ
2. L’Église-Famille de Dieu et la « diaconie »
Une Église-Famille servante
Servante de justice et paix
Servante de réconciliation
3. La justice du Royaume
4. La paix du Royaume
CHAPITRE II
RÉCONCILIATION, JUSTICE ET PAIX: UN BESOIN URGENT
I. Sur le chemin de la réconciliation
1. Réconciliation : Les expériences de la société
2. Réconciliation : Les expériences ecclésiales
3. Pour œuvrer à la réconciliation : quelles interpellations ?
II. Sur le chemin de la justice
1. Justice : les expériences de la société
2. Justice : les expériences dans l’Église
3. Pour promouvoir la justice : quelles interpellations ?
III. Sur le chemin de la paix
1. Paix : Les expériences de la société
2. Paix : Les expériences dans l’Église
3. Pour cultiver la paix : quelles interpellations ?
CHAPITRE III
ÉGLISE-FAMILLE DE DIEU:
« SEL DE LA TERRE » ET « LUMIÈRE DU MONDE »
I. S’enraciner dans une culture africaine transfigurée
1. Les défis de la mondialisation
2. La nécessité de l’enracinement culturel
3. Le levain de l’Évangile dans les valeurs africaines
II. Puiser la force dans la foi au Christ
1. La présence agissante du Christ dans nos vies
2. Le Christ, Pain de Vie
Le rendez-vous eucharistique
La force de la Parole de Dieu
Le sacrement de la réconciliation
III. Agir en Église-Famille de Dieu
1. Fils et filles du même Père dans le Fils inique
2. Signe et instrument de réconciliation
L’Église sacrement de réconciliation
La réconciliation authentique : guérison pour la justice et la paix
IV. S’engager pour une Afrique réconciliée
1. L’Église, Famille pour les nations
2. Le service de la société : santé, éducation et développement socio-économique
3. Le dialogue œcuménique
4. La relation avec la Religion Traditionnelle Africaine
5. Le dialogue avec l’Islam
CHAPITRE IV
ÉGLISE-FAMILLE DE DIEU À l'OEUVRE:
TÉMOIGNAGE ET NOUVELLES PERSPECTIVES
I. Le témoignage de vie
II. Les acteurs et les institutions
1.Les acteurs
Les évêques
Les prêtres
Les personnes consacrées
Les fidèles laïcs dans l’Église
2. Structures et institutions ecclésiales
Les Conférences épiscopales
Le Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et Madagascar
Les Commissions Justice et Paix
Les grands séminaires et maisons de formation religieuse
Les programmes de formation
Les institutions de santé
Les institutions éducatives
Les universités
3. Les fidèles chrétiens dans la société
En politique
Dans l’armée
Dans l’économie
Dans l’éducation
Dans la santé
Dans les milieux de la culture
Dans les médias
Dans les organismes internationaux
Conclusion
AVANT-PROPOS
Accueillant la requête de l’épiscopat africain, le Saint-Père Benoît XVI a convoqué au Vatican la Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques qui se tiendra, avec l’aide de Dieu, du 4 au 25 octobre 2009. Après une consultation appropriée, l’évêque de Rome, Chef du Collège des Évêques et Président du Synode des Évêques, a choisi pour cette Assise synodale le thème L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. « Vous êtes le sel de la terre […] Vous êtes la lumière du monde (Mt 5, 13.14).
Le Conseil Spécial pour l’Afrique de la Secrétairerie Générale du Synode des Évêques s’est occupé, dans un premier temps, du texte des Lineamenta sur l’argument synodal, publié le 27 juin 2006. Ensuite, ce même Conseil a rédigé le présent Instrumentum laboris, document de travail de la Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques. Il s’agit de la synthèse des réponses sollicitées par les Lineamenta, parvenues des 36 Conférences épiscopales et des 2 Églises Orientales Catholiques sui iuris présentes sur le continent africain, tout comme des 25 Dicastères de la Curie Romaine et de l’Union des Supérieurs Généraux, auxquelles se sont ajoutées des réflexions de diverses institutions ecclésiales et de fidèles laïcs, engagés dans l’évangélisation et dans la promotion humaine sur le continent africain.
Le thème de l’Assise synodale est assez significatif. Avant tout, il se réfère à la Première Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques qui a eu lieu il y a quinze ans, du 10 avril au 8 mai 1994, et dont les résultats ont été recueillis par le Serviteur de Dieu Jean-Paul II dans l’Exhortation Apostolique Postsynodale Ecclesia in Africa, publiée le 14 septembre 1995. Tenant compte de ce document, encore d’actualité aujourd’hui, les Pères synodaux, guidés par le Souverain Pontife, entendent approfondir les thèmes de la réconciliation, de la justice et de la paix, afin que l’Église dans son ensemble, ses communautés et ses institutions, tout comme chaque chrétien, en communauté et individuellement, puissent devenir toujours plus le sel de la terre africaine et la lumière du monde social, culturel et religieux en Afrique.
« Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20). Cette invitation pressante aux chrétiens de Corinthe et du monde entier est adressé, d’une façon particulière, aux fidèles et aux hommes de bonne volonté en Afrique, affectée par tant de discordes et de divisions ethniques, sociales et religieuses, qui fréquemment débouchent sur des démonstrations de haine et de violence. Elles sont les manifestations de péchés personnels qui ont des connotations sociales négatives et qui rendent urgente l’œuvre de réconciliation avec Dieu et avec le prochain. Dans son infinie bonté et son éternelle miséricorde, Dieu le Père, par l’opération du Saint-Esprit, prend l’initiative dans la réconciliation. Il nous a réconcilié avec lui par son Fils Unique Jésus-Christ qui a confié à son Église le ministère de la réconciliation (cf. 2 Co 5, 19). En effet, le Seigneur ressuscité a donné aux Disciples l’Esprit Saint pour la rémission des péchés (cf. Jn 20, 22). Le centre de la réconciliation entre Dieu et l’homme est le cœur transpercé du Seigneur Jésus crucifié, duquel continuent à jaillir de l’eau et du sang (cf. Jn 19, 34), sacrements de notre salut. Par la croix, Jésus-Christ a réconcilié les deux peuples, les Juifs et les Gentils, détruisant entre eux toute inimitié et les rassemblant en un seul corps (cf. Ep 2, 14-16).
Réconcilié avec Dieu, le croyant, africain aussi, trouvera la force de l’Esprit Saint pour se réconcilier avec ses frères. L’oeuvre de la réconciliation, en outre, va au-delà des rapports entre les personnes et les peuples et s’étend à toute la création (cf. Rm 8, 19). En effet, par Jésus-Christ, Dieu le Père a réconcilié toutes choses, celles de la terre et celles des cieux (cf. Col 1, 20). Pour bien remplir le ministère de la réconciliation que lui a confié le Seigneur Jésus, l’Église elle-même doit devenir toujours plus une communauté réconciliée, lieu de la réconciliation à annoncer à tous les hommes de bonne volonté.
« Il nous convient d'accomplir toute justice » (Mt 3, 15). En insistant auprès de Saint Jean-Baptiste pour recevoir le baptême, Jésus-Christ voulut réaliser ce qui était juste devant Dieu le Père, en accomplissant sa volonté. Une telle attitude eut l’approbation du ciel. L’Esprit Saint, sous forme de colombe, descendit sur Jésus, alors que le Père le reconnut comme son Fils bien-aimé, qui a toute sa faveur (cf. Mt 3, 16-17). Suivant l’exemple du Maître, les disciples doivent surtout chercher le Royaume et la justice de Dieu (cf. Mt 6, 33). D’une telle obéissance à la volonté de Dieu dérive la justice envers le prochain, comme c’est indiqué, entre autre, aussi dans le Décalogue (cf. Ex 20, 2-17). Les droits de Dieu précèdent et fondent les droits des hommes et des peuples. Jésus-Christ lui-même promet que Dieu se hâtera de rendre justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit (cf. Lc 18, 6-8).
Parmi les élus on peut compter nombre de malades, de pauvres, d’esclaves, de veuves, d’étrangers, de migrants, de personnes en marge de la société en Afrique, qui sont, cependant, objets de l’amour préférentiel de Dieu. Le Seigneur Jésus s’identifie à eux: « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40). En particulier, Jésus-Christ déclare bienheureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice (cf. Mt 5, 10). Lui même offre l’exemple par excellence, du serviteur juste et doux de Dieu qui a en a justifié beaucoup (cf. Mt 12, 18-21; Is 40, 1-4; 53, 11). La justice des chrétiens, avec la grâce de l’Esprit Saint, doit aller au-delà de celle des pharisiens (cf. Mt 5, 20) et devenir miséricorde (cf. Mt 9, 13; 12, 7). Même les pécheurs repentis, qui croient en Dieu et accomplissent sa volonté, comme les publicains et les prostituées, font partie du Royaume de justice et de paix (cf. Mt 21, 32). La justice de rétribution doit être intégrée avec celle de réparation, en Afrique et partout dans le monde.
« Paix à vous! » (Jn 20, 19). Le Seigneur Jésus donne sans mesure l’Esprit et offre la paix aux disciples (cf. Jn 20, 21; 3, 34). Il s’agit d’une paix particulière, que le monde ne peut donner (cf. Jn 14, 27) parce qu’il ne connaît ni le Seigneur Jésus ni le Saint-Esprit (cf. Jn 14, 17). En effet, notre paix est Jésus-Christ, celui qui a abattu toute inimitié en unissant les peuples divisés (cf. Ep 2, 14). Déjà, par sa naissance, Jésus a guidé sur le chemin de la paix les pas du peuple enveloppé par les ténèbres (cf. Lc 1, 79). Toute la création, le ciel et la terre et les hommes de bonne volonté s’en sont réjouis. La multitude de l’armée céleste a chanté gloire à Dieu au plus haut des cieux, souhaitant la paix sur terre aux hommes qu’il aime (cf. Lc 2, 14)
Malheureusement tous n’acceptent pas Jésus et le don de la paix. Dans la lutte avec les ténèbres du péché et de la mort, le Seigneur Jésus devient signe de contradiction (cf. Lc 2, 34). Il pleure sur le sort de Jérusalem parce qu’elle n’a pas connu le message de la paix (cf. Lc 19, 42). Nonobstant la tribulation, les fidèles ont reçu du Seigneur la promesse de la paix parce qu’il a vaincu le monde (cf. Jn 16, 33). C’est cette paix du Seigneur que nous nous donnons lors de l’Eucharistie, avant d’accéder à la communion.
« Paix à cette maison! » (Lc 10, 5). Pour suivre Jésus-Christ, les fidèles sont appelés à être opérateurs de paix. Pour une telle œuvre, ils seront bienheureux et appelés fils de Dieu (cf. Mt 5, 9). La paix est le grand don que les disciples doivent annoncer à tous, selon le mandat reçu du Père (cf. Jn 20, 21). Une telle mission de paix est plus que jamais actuelle dans l’Afrique troublée par les conflits, les guerres et les violences. La recherche de la paix demande des initiatives variées: une ambassade pour « demander la paix » (Lc 14, 32), le dialogue, l’accord honorable. La paix a une dimension personnelle, familiale et communautaire. À la femme pécheresse qui se repent, le Seigneur offre le pardon et la paix (cf. Lc 7, 50). Les disciples portent la paix aux personnes qu’ils visitent dans une maison (cf. Mt 10, 13; Lc 10, 5-6). La paix, en tous cas, est destinée à tous, à partir des disciples entre eux: « vivez en paix les uns avec les autres » (Mc 9, 50).
Jésus-Christ « est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches » (Ep 2, 17). L’Église ne se lasse jamais d’annoncer la béatitude de la réconciliation, de la justice et de la paix à travers les routes du monde souvent incertaines et les chemins tortueux de l’histoire. De cette manière elle reste fidèle à son Seigneur, Jésus, qui « parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur » (Mt 9, 35). Tout en affirmant clairement que son Royaume n’est pas de ce monde (cf. Jn 18, 36), Jésus-Christ, durant sa vie sur terre, en multipliait les signes, en venant en aide aux personnes dans leurs nécessités spirituelles et matérielles. La pleine réalisation du Royaume adviendra seulement au ciel, quand les élus, réconciliés avec Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, vivront la plénitude de la justice et de la paix dans la communion de tous les saints, parmi lesquels la Bienheureuse Vierge Marie tient une place particulière. Confions à la maternelle intercession de Marie, Notre-Dame d’Afrique et Reine de la Paix, les fatigues apostoliques des évêques participants à la Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique, sous la conduite éclairée et affectueuse du Saint-Père Benoît XVI, afin que soient multipliés toujours plus les signes du Royaume pour le bien de l’Église Catholique, des autres Églises et communautés chrétiennes tout comme des autres dénominations religieuses, de ceux qui ont à cœur la paix dans la justice et dans la réconciliation, et de tous les hommes de bonne volonté sur le grand continent africain et les îles adjacentes.
+ Nikola EterovićArchevêque titulaire de Sisak
Secrétaire Général
Du Vatican, 19 mars 2009
Introduction
1. La préparation de la Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques entre dans sa dernière étape préparatoire. Celle-ci se situe après l’Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques sur La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. L’Instrumentum laboris qui organise les réponses aux Lineamenta, fournies par les différentes Conférences épiscopales, les Églises catholiques orientales sui iuris, les Dicastères de la Curie Romaine et l’Union des Supérieurs Généraux, bénéficie des réflexions de ce moment ecclésial, célébré dans l’année jubilaire de Saint Paul, l’Apôtre des nations.
2. Conformément à son objectif, ce document de travail vise à stimuler la réflexion, susciter la discussion, accompagner et soutenir le discernement collégial des Pasteurs réunis en Assemblée synodale, en communion avec l’évêque de Rome – le Saint-Père Benoît XVI – selon l’ancienne tradition ecclésiale africaine jadis défendue par Saint Cyprien, évêque de Carthage,[1] dans l’écoute de l’Esprit Saint et de la Parole de Dieu.
3. Pour favoriser la poursuite de cet objectif, l’Instrumentum laboris organise la matière en quatre chapitres : le premier présente tout d’abord un bref aperçu de la situation actuelle des sociétés africaines, relativement à l’époque de la Première Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques (1994). Ensuite, il prend la mesure de la réception de l’Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Africa, et examine enfin la teneur théologique du thème de la Deuxième Assemblée. Le deuxième chapitre recense les « ouvertures » et surtout les « obstacles » que rencontrent la société et l’Église sur les chemins de la réconciliation, de la justice et de la paix, dans la triple dimension sociopolitique, socioéconomique et socioculturelle, et dans l’expérience ecclésiale. Le troisième chapitre regroupe les éléments caractérisant l’Église-Famille de Dieu dans son désir de servir comme force ouvrant des voies de réconciliation, de justice et de paix. Le quatrième chapitre enfin fait le constat de ce que l’Église, par ses membres et par ses institutions, a déjà mis en œuvre pour que s’instaurent la réconciliation, la justice et la paix en Afrique.
4. Vu que l’étude des Lineamenta a permis à l’Église en Afrique de réfléchir sur la situation des sociétés africaines et d’examiner sa conscience, elle doit éviter, semble-t-il, de se replier sur elle-même. Elle est appelée à s’ouvrir aux autres par l’hospitalité et par la mission ad Gentes !
CHAPITRE I
L’ÉGLISE EN AFRIQUE AUJOURD'HUI
5. Le regard que l’Église porte sur ce continent s’alimente aux sources de la vie concrète des communautés chrétiennes dans leur contexte ordinaire de vie. Le bien qui se fait est souvent plus discret mais plus profond que le mal bruyant et tragique dont les médias se font l’écho. Les Églises particulières ont perçu les actions de l’Esprit Saint dans les sociétés africaines en général et dans l’Église en particulier, singulièrement depuis la Première Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques.
I. De la Première à la Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique
6. Le contexte social africain s’est modifié de manière significative depuis la dernière Assemblée synodale tenue en 1994. Si dans les grandes lignes certains problèmes fondamentalement humains sont inchangés, certaines données invitent à l’approfondissement des questions déjà soulevées il y a quinze ans au plan religieux, politique, économique et culturel.
1. De 1994 à 2009 : un contexte social nouveau
Des évolutions positives
7. L’action de grâce est la première réponse des Églises particulières. En effet, l’émancipation des peuples du joug des régimes dictatoriaux annonce une ère nouvelle et le début, bien que timide, d’une culture démocratique comme l’attestent les différentes élections qui ont eu lieu à travers le continent. Le désir de l’Église de demeurer impartiale dans la conduite des affaires politiques a été reconnu et salué, pendant la période de transition politique dans certains pays, à travers la sollicitation d’évêques pour présider les Conférences nationales souveraines et à travers les initiatives prises par les fidèles laïcs pour promouvoir d’authentiques institutions démocratiques. En outre, l’exemple de l’accord-cadre entre le Saint-Siège et la République Gabonaise sur les principes et sur certaines dispositions juridiques concernant leurs relations et leur collaboration, signé le 12 décembre 1997 et ratifié le 2 juin 1999 mérite d’être relevé.
8. Les dirigeants africains ont pris davantage conscience de leur responsabilité historique face aux conflits, parfois sanglants, provoqués par les élections (signes de croissance politique vers l’établissement d’un État de droit). Ils assurent eux-mêmes la médiation dans les pays en crise ou cherchent des voies pacifiques : le contentieux de la péninsule de Bakassi entre le Cameroun et le Nigéria fut réglé de façon exemplaire sous l’égide des Nations-Unies. Vis-à-vis de tout le continent, la création de l’Union Africaine et du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) sont à accueillir comme les signes d’une volonté de la part des responsables politiques de donner une vision et un cadre stratégique pour sortir l’Afrique de la pauvreté et de la marginalisation dans un mouvement général de mondialisation. Le Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs (MAEP) est un outil dont l’Afrique s’est doté pour évaluer ses efforts aussi bien en culture démocratique qu’en économie. À l’échelle des nations, l’exemple de la Commission « Vérité et Réconciliation » en Afrique du Sud et ailleurs a réussi à utiliser le modèle traditionnel africain de « l’arbre à palabre » et des éléments chrétiens (par exemple l’octroi du pardon à celui qui avoue son péché) pour éviter au pays de sombrer dans le chaos. Cependant, le caractère volontariste et le manque de quelque forme de réparation ou de compensation ne limitent-ils pas son efficacité ?
9. L’Église a pu accompagner des chrétiens et des non-chrétiens dans ce processus, notamment à travers les organisations de pastorale sociale. Et les Communautés Ecclésiales Vivantes (CEV)[2] ont vécu leur engagement social à la lumière de l’Écriture.
10. L’Église a vu les effets d’une forte action de l’Esprit Saint dans la croissance de ses communautés:[3] les baptisés, les vocations sacerdotales et religieuses, les mouvements et associations de fidèles laïcs, etc. Une grande soif de Dieu s’est manifestée de diverses manières dans le continent, et paradoxalement la prolifération des sectes en est un autre signe. Aujourd’hui, l’Église, qui célèbre le deuxième millénaire de la naissance de Saint Paul, se rappelle la conviction du grand Apôtre des nations : « Annoncer l'Évangile en effet n'est pas pour moi un titre de gloire ; c'est une nécessité qui m'incombe. Oui, malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile ! » (1 Co 9, 16). Mais où donc le Christ envoie-t-il ses disciples annoncer la Bonne Nouvelle aux sociétés africaines de ce temps ? Comment dire Jésus-Christ en Afrique dans les nouveaux aréopages du continent (cf. At 17, 22ss)?
Discernement, dans l’Esprit Saint, des racines de nos souffrances
11. Tout bien considéré dans la lumière du Saint-Esprit, les Églises particulières estiment que le cœur humain blessé demeure l’ultime repaire où se niche la cause de tout ce qui déstabilise le continent africain.[4] L’égoïsme alimente l’appât du gain, la corruption et l’avarice, pousse au détournement de biens et richesses destinés à des peuples entiers. La soif du pouvoir provoque le mépris de toutes les règles élémentaires d’une bonne gouvernance, utilise l’ignorance des populations, manipule les différences politiques, ethniques, tribales et religieuses, et installe la culture du guerrier comme héros et celle de la dette pour des sacrifices passés ou des torts commis. Ce qui souille la société africaine, c’est fondamentalement ce qui sort du cœur humain (cf. Mt 15, 18-19 ; Mc 7, 15 ; voir aussi Gn 4).
12. De connivence avec des hommes et femmes du continent africain, des forces internationales exploitent cette misère du cœur humain qui n’est pas spécifique aux sociétés africaines. Elles fomentent des guerres pour écouler des armes. Elles soutiennent des pouvoirs politiques irrespectueux des droits humains et des principes démocratiques pour garantir en contrepartie leurs avantages économiques (exploitation des ressources naturelles, acquisition de marchés importants, etc.). Elles menacent de déstabiliser les nations et d’éliminer les personnes qui veulent s’émanciper de leur tutelle.
13. La mondialisation est un fait de ce siècle et même si elle tend à marginaliser le continent africain, il est impossible de parler des problèmes et des solutions de l’Afrique sans impliquer d’autres continents et leurs institutions économiques, financières et leur réseau d’information dont l’impact sur les sociétés africaines est considérable. Les communautés ecclésiales invitent les Pères synodaux à examiner ces drames dont les sociétés africaines sont en partie responsables et en partie victimes.[5]
2. L’Assemblée Synodale dans une trajectoire de continuité
14. Il a semblé aux Pasteurs d’Afrique, en union avec l’évêque de Rome qui préside à la communion universelle de la charité,[6] qu’un approfondissement des problèmes déjà soulevés lors de la précédente Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, et repris dans l’Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Africa, méritaient une plus grande attention. Il s’agit d’inscrire la démarche synodale actuelle dans la trajectoire de la précédente aussi bien au niveau des questions qui feront l’objet du discernement collégial, que de l’attitude chrétienne requise.
15. En effet, les problèmes ci-dessus mentionnés avaient fait l’objet d’attention des Pères synodaux.[7] L’Église en Afrique s’était alors présentée, sous le modèle de la Famille de Dieu, évangélisatrice par le témoignage : « vous êtes mes témoins » (Ac 1, 8). À l’aube du XXIème siècle, elle entend poursuivre sa réflexion sur sa mission de communion et son engagement à servir la société comme une nouvelle dimension de l’annonce de l’Évangile, en étant « sel de la terre » et « lumière du monde » (Mt 5, 13.14).[8]
16. Les Lineamenta ont invité, à propos de l’Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Africa, « à faire un inventaire et un examen de conscience ; autrement dit, à nous poser trois questions : Qu’a fait Ecclesia in Africa ? Qu’est-ce que l’Église en Afrique a fait de Ecclesia in Africa ? Que reste-t-il à faire […] en fonction du nouveau contexte africain ? ».[9]
Depuis la Première Assemblée Spéciale et Ecclesia in Africa
17. Pour que l’Église en Afrique se manifeste de façon pertinente, la Première Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques a proposé le modèle de l’Église-Famille de Dieu. Et l’Assemblée signalait au nombre des conditions d’un témoignage crédible : la réconciliation, la justice et la paix. Aussi recommandait-elle entre autres : la formation des chrétiens à la justice et à la paix, l’affermissement du rôle prophétique de l’Église, la juste rémunération des travailleurs ;[10] la mise en place de Commissions Justice et Paix.[11] Qu’est-ce qu’un regard rétrospectif permet de constater ?
18. Les réponses des Églises particulières reconnaissent dans leur grande majorité que Ecclesia in Africa a été vécue et continue de l’être. En certains endroits, l’Exhortation n’a pas encore été suffisamment diffusée et mise en application, malgré ses claires recommandations. Des efforts doivent encore être faits pour que son message, qui reste toujours actuel et pertinent, soit assimilé. Pour ce faire, on suggère l’utilisation de la radio, de la presse écrite, des nouvelles technologies de l’information et de la communication. La catéchèse, les célébrations liturgiques, les congrès théologiques, à leur plan, peuvent apporter leur contribution spécifique. Il est dès lors souhaitable qu’une évaluation exhaustive de la réception de l’Exhortation Apostolique Post-synodale par des experts soit entreprise pour relever ce qui a été fait et mettre en lumière ce qui reste encore à faire.
19. À leur niveau, certaines Églises particulières ont recensé les recommandations de l’Exhortation Apostolique Post-synodale qui ont été mises en application :
- Les Assemblées plénières du Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et Madagascar (SCEAM-SECAM) : notamment celles de 1997 et 2000.
- Le plan d’action pastorale : des Conférences épiscopales et des diocèses se sont dotées de plans d’action pastorale.
- L’Apostolat biblique, comprenant la traduction de la Bible en langues locales,[12] a permis un regain d’intérêt pour la lecture de l’Écriture Sainte, et rendu les célébrations de la Parole de Dieu plus dynamiques, plus participatives et partant plus effectives.
- Les Communautés Ecclésiales Vivantes:[13] elles sont de véritables lieux d’étude, de méditation et de partage de la Parole de Dieu ; elles favorisent une expression de la foi chrétienne dans un cadre typique d’une communauté traditionnelle africaine. L’expérience d’intégration des funérailles dans la Liturgie Eucharistique au domicile du défunt, pour rappeler l’espérance chrétienne en la résurrection et indiquer la famille comme cellule vivante de l’Église-Famille de Dieu, s’est avérée un puissant soutien de la foi.[14]
- La famille:[15] l’évangélisation de la famille a consisté entre autres à considérer l’espace familial, « église domestique », comme lieux de rencontre des chrétiens, et à lutter contre tout comportement en contradiction avec le plan divin sur la famille : par exemple l’homosexualité, la prostitution et l’avortement.
- La jeunesse:[16] l’Église a érigé ou consolidé des structures pour l’encadrement des jeunes ; elle a veillé à nommer des aumôniers pour l’apostolat des jeunes et pour coordonner leur participation à la vie de l’Église au plan national et international.
- Les congrès et les symposiums théologiques : de nombreuses rencontres de recherche et de réflexion ont permis d’approfondir les questions soulevées par la Première Assemblée et par Ecclesia in Africa.
- L’Église comme médiatrice:[17] l’Église a servi de médiation entre parties en conflits et elle a défendu et soutenu la cause des plus vulnérables de la société (« la voix des sans-voix »).
- Le développement intégral:[18]par les Caritas et d’autres organisations de pastorale sociale, l’Église est présente dans la lutte contre les pauvretés humaines de tout genre. Des synodes diocésains et interdiocésains ont été organisés pour réfléchir sur le défi que sont la pauvreté et la dépendance économique.
- Les Commissions Justice et Paix:[19] elles ont été de véritables instruments d’évangélisation par l’éveil des consciences chrétiennes à la défense des droits humains, à la bonne gouvernance, etc. ; ensemble avec d’autres organisations ecclésiales orientées vers le social, elles ont contribué à la formation civique de chrétiens et non-chrétiens pour promouvoir la justice, la paix et la réconciliation.
- Les moyens de communication sociale:[20]l’investissement de l’Église dans les médias, la radio notamment, n’a pas cessé d’augmenter ; ils sont de puissants moyens pour communiquer la réconciliation, la justice et la paix comme dimensions de la Bonne Nouvelle du salut.
- Le dialogue œcuménique et interreligieux:[21] il s’est manifesté de manière tangible comme instrument de respect mutuel dans les actions pour la santé (notamment le VIH/Sida, la malaria et le choléra), pour la promotion de la paix, la bonne gouvernance et la démocratie, mais aussi dans d’autres initiatives concrètes.
- Le fléau du Sida:[22] des structures (hôpitaux, centres de santé) et organisations ont été mises en place pour lutter contre ce fléau et accompagner les malades et leurs proches.
- L’autosuffisance:[23]certaines Églises particulières ont mis sur pied des projets générateurs de revenus (ex. Banques, Compagnies d’Assurances, des unités de production agricole, etc.) pour soutenir l’œuvre d’évangélisation.
Les tâches à poursuivre
20. Les tâches définies par la Première Assemblée sont un chantier ouvert qu’il faut poursuivre. La Deuxième Assemblée devrait corriger le manque d’un système de suivi de l’application des résultats de l’Assemblée et de l’Exhortation Apostolique Post-synodale. Quelques Églises particulières ont proposé les secteurs sociaux suivants comme lieux d’attention :
- La famille. Il ressort qu’un besoin de créativité se fait sentir pour répondre aux besoins spirituels et moraux de la famille. Certaines Églises particulières, cherchant à accompagner les familles dans les défis qu’elles rencontrent et à encadrer les couples, se demandent s’il ne faut pas élaborer des stratégies et des programmes de service.
- La dignité de la femme. Un grand nombre de Églises particulières estiment que la dignité de la femme est encore à promouvoir aussi bien dans l’Église que dans la société. Car les femmes et les laïcs en général ne sont pas encore pleinement intégrés dans les structures de responsabilités de l’Église, et dans la conception de son programme pastoral.
- La mission prophétique. La recherche de la paix et de la justice fait partie intégrante de la mission prophétique liée à l’annonce de l’Évangile (cf. Lc 4, 16-19). Cette action est souvent paralysée par la pression des pouvoirs et par la faiblesse des ressources financières. Les questions de justice et de paix sont alors rattachées aux Commissions Justice et Paix et le développement à la Caritas ou aux organismes d’action pastorale spécialisés dans ce secteur. Comment rendre visible l’unité intrinsèque des deux aspects ?
- Les communications et les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Un effort reste à faire pour que les radios deviennent authentiquement catholiques. Les media ont besoin d’être évangélisés, par la formation de ceux qui les animent. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont aujourd’hui un milieu incontournable d’évangélisation. Par quelles voies l’Église peut-elle s’y engager ?
- L’autosuffisance. Un grand nombre de programmes de l’Église en Afrique dépendent encore largement de donateurs. Cet état de fait ne présente-t-il pas le risque, d’une part, de bénéficier de fonds venant d’organisations irrespectueuses des droits humains, et d’autre part, d’hypothéquer l’autonomie et la propriété des programmes, des projets et des structures au détriment de l’Église et des bénéficiaires ?
II. Quelques lieux critiques de la vie des sociétés africaines
21. Les problèmes soumis aux Pères synodaux interpellent vivement la conscience chrétienne. Ces problèmes sont non seulement dans la société mais aussi dans l’Église elle-même, car les chrétiens sont aussi fils et filles de leurs sociétés. « Les Églises d’Afrique […] portent toutes en elles cette fragilité de la situation actuelle des Pays africains à bien des niveaux institutionnels, financiers, théologiques, culturels et même juridiques ».[24] On peut les regrouper en trois domaines : politique, économique et culturel.
1. Le domaine sociopolitique
22. Ces dernières années, au plan politique, sont apparus des signes qui font espérer une maturation des consciences civiques ; une société civile active se fait de plus en plus visible dans la lutte pour les droits humains ; des hommes et femmes politiques se montrent assoiffés de la renaissance du continent à tous égards, et le souci d’une résolution interafricaine des conflits, constatée çà et là, atteste que certaines personnes des classes politiques africaines ont une vive conscience qu’il leur incombe d’éduquer politiquement leurs peuples et de guider leurs nations vers une vie de paix et de prospérité.
23. Cependant, la société continue de lutter pour se libérer de multiples entraves. Certains dirigeants politiques font preuve d’insensibilité aux besoins de leur peuple, poursuivent leurs intérêts personnels, méprisent les notions de bien commun, perdent le sens de l’État et des principes démocratiques, élaborent des politiques tendancieuses, partisanes, clientélistes, ethnocentriste, et fomentent la division pour régner. En certains endroits, le parti au pouvoir tend à s’identifier à l’État. La notion d’autorité se conçoit alors comme « pouvoir » - parti au pouvoir, partage de pouvoirs – et non comme « service » (cf. Mt 20, 24ss ; voir aussi 1 R 3). On constate en outre, avec tristesse, que des hommes et femmes en politique démontrent une inculture grave en matière politique, violent sans état d’âme les droits humains et instrumentalisent la religion autant que les institutions religieuses dont ils ignorent par ailleurs la mission et la fonction dans la société. Il n’est donc pas étonnant qu’aux différends politiques ils opposent des réponses belliqueuses. Le manque de conscience et d’éducation civique des citoyens est alors exploité au détriment de ces derniers. Or, seul un environnement politique stable peut favoriser l’essor économique et le développement socioculturel.
2. Le domaine socioéconomique
24. Dans le monde des affaires, certains dirigeants d’entreprise et certaines corporations d’hommes et femmes d’affaire ont la ferme volonté d’assainir et de redresser l’économie de leurs pays : des voies de communication dans certaines régions, voire au niveau continental, sont améliorées ; des institutions financières sont créées par des Africains ; etc. En somme, on découvre une volonté de créer de richesses pour réduire la pauvreté et la misère, améliorer la santé des populations.
25. Ces efforts sont encore ralentis par le dysfonctionnement des institutions étatiques censées accompagner les acteurs économiques. Car un marché interne propre en Afrique, susceptible de créer un environnement économique favorable aux productions locales faisant défaut, les prix des productions locales, souvent fixés par les demandeurs, sont bas. Les petits producteurs ont difficilement accès aux crédits et le mauvais état des infrastructures de communication empêche un écoulement fluide de leurs produits. Il s’ensuit que les jeunes des villages, face au manque de politique agraire, n’ont plus les moyens de rester chez eux. Et la ville n’est pas la réponse puisque le taux de chômage augmente. Les travailleurs perçoivent des salaires indécents quand ils ne sont pas tout simplement impayés. En certaines régions, l’esclavage subsiste encore. Les taxes sont excessivement élevées et parfois abusives. Et l’aide internationale aux institutions soucieuses du sort des populations est souvent assortie de conditions inacceptables. Quant aux matières premières, elles sont exploitées avec des licences dont on ignore les critères d’attribution ; les retombées financières sont largement détournées par quelques-uns occasionnant une répartition inégale de ces richesses dans la société.
26. Les programmes de restructuration des économies africaines, proposés par les institutions financières internationales, se sont révélés plutôt funestes. Les restructurations « imposées » ont pour conséquences, d’une part, la fragilisation des économies africaines, et d’autre part la dégradation du tissu social avec pour effets l’augmentation du taux de criminalité, l’élargissement du fossé entre riches et pauvres, l’exode des zones rurales et la surpopulation des villes.[25]
27. Les crises alimentaire et énergétique ont déjà frappé notre continent et manifestent l’urgence de solutions globales et de réactions éthiques aux désordres organisés des marchés.
28. Les multinationales ne cessent d’envahir graduellement le continent à la recherche des ressources naturelles. Elles écrasent les compagnies locales, achètent des milliers d’hectares expropriant les populations de leurs terres, avec la complicité des dirigeants africains. Elles portent atteinte à l’environnement et défigurent la création qui conditionne notre paix et notre bien-être, et avec laquelle les populations vivent en harmonie.
29. La crise financière qui frappe aujourd’hui les institutions financières affecte aussi le continent à plusieurs niveaux :
- les investissements directs étrangers risquent de diminuer ;
- les institutions financières africaines bénéficieront difficilement de crédits des banques occidentales pour, à leur tour, faire des prêts aux entreprises et aux individus, de sorte que l’économie réelle s’en trouvera affectée ;
- l’aide au développement risque d’en souffrir, car les projets financés par des fonds étrangers (en difficulté) pourraient être suspendus, et les engagements des pays développés vis-à-vis des pays pauvres risquent de l’être également ;
- sur les marchés développés, à cause de la récession, la demande de productions africaines (de matières premières notamment) pourrait baisser.
Une réflexion s’impose sur le fait que l’Afrique (l’Afrique du Sud exceptée) soit exclue de la recherche de solutions au système financier international actuel.
3. Le domaine socioculturel
30. Les peuples africains maintiennent, en de nombreuses régions du continent, un amour profond pour leur culture. Les artistes, les musiciens, les sculpteurs, etc., donnent libre cours à leur génie par des œuvres de plus en plus reconnues. On reconnaît que l’enracinement culturel conditionne le développement intégral des individus et des collectivités. Aussi, des hommes et des femmes du continent s’associent pour promouvoir l’héritage culturel de leur terroir. Certains États s’y sont résolument engagés. Ces entreprises conjuguées permettront-elles de sauvegarder les valeurs africaines authentiques de respect des anciens, du respect de la femme comme mère, de la culture de la solidarité, de l’entraide et de l’hospitalité, de l’unité, du respect de la vie, de l’honnêteté et de la vérité, de la parole donnée, etc., menacées par celles venues des autres continents[26] et diffusées à travers le phénomène de la globalisation ?
31. La défiguration de l’identité culturelle a conduit à un déséquilibre intérieur des personnes qui se manifeste par le relâchement moral, la corruption et le matérialisme, la destruction du mariage authentique et la notion d’une famille saine, par l’oubli des personnes âgées et la négation de l’enfance. Une culture de violence, de division, du guerrier héros s’est installée suite aux conflits armés. Il semble qu’un processus organisé de destruction de l’identité africaine soit à l’œuvre sous prétexte de modernité. Et cela s’avère d’autant plus efficace que l’analphabétisme se maintient à cause du faible investissement dans l’éducation par les pouvoirs publics. L’éducation de la jeunesse est ainsi livrée à l’influence des antivaleurs propagées par les mass médias, certains politiciens et d’autres figures publiques.
32. Certaines croyances et pratiques négatives des cultures africaines exigent toutefois une vigilance toute spéciale : la sorcellerie déchire les sociétés villageoises et urbaines, et, au nom de la culture ou de la tradition ancestrale, la femme est victime des dispositions en matière d’héritage et des rites de veuvage, de la mutilation sexuelle, du mariage forcé, de la polygamie, etc.
33. C’est dans ces différents domaines que les Églises particulières se sentent interpellées et attendent beaucoup du discernement des Pères synodaux à la lumière de la Révélation.
III. Réflexions théologiques sur le thème du synode
34. Le sous-titre du thème synodal indique la perspective dans laquelle les communautés ecclésiales sont invitées à servir la réconciliation, la justice et la paix. Il l’enracine dans la Parole du Christ qui appelle ses disciples à agir en « sel de la terre » (Mt 5, 13) et « lumière du monde » (Mt 5, 14). C’est ce que nous devons être, pour qu’à travers notre agir l’Esprit du Christ produise de « bonnes œuvres » qui réconcilient, opèrent la justice et la paix dans l’Église et dans la société en Afrique (cf. Mt 5, 16).
1. Les disciples du Christ comme « Sel » et « Lumière »
Le contexte de la Parole de Jésus
35. Dans son enseignement du Sermon sur la montagne en Mt 5, 3-10, Jésus nous introduit dans la vision de sa mission : faire entrer dans le Royaume de son Père les pauvres, ceux qui pleurent, les doux, les affamés et assoiffés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix et les persécutés pour la justice. Ainsi, tous ceux qui sont ses disciples doivent collaborer à l’avènement de ce Règne, par l’attention à l’affamé, au malade, à l’étranger, à l’humilié (qui est nu), au prisonnier. Car dit le Seigneur, « dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40).
La traduction en acte de la vision du Christ
36. Pour que cette vision devienne réalité, Jésus implique davantage ses disciples. Il les prépare à vivre avec lui la persécution, les insultes et toute sorte d’infamie « à cause de moi » (Mt 5, 11). Ainsi, s’engager à la suite du Christ, dans sa mission, c’est accepter de peiner avec lui pour partager sa gloire, comme l’atteste la vie des saints de notre continent, notamment dans ces derniers siècles, les martyrs de l’Ouganda (Charles Lwanga et ses compagnons martyrisés entre 1885-1887), des saints Daniel Comboni (1831-1881), Joséphine Bakhita (1869-1947), des Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), Victoire Rasoamanarivo (1848-1894), Isidore Bakanja (v.1880/1890-1909), Cyprien Michel Iwene Tansi (1903-1964), Clémentine Nengapeta Anuarite (1941-1964). Ils ont été « sel » dans les terres où ils ont vécu, et « lumière » dans le monde qui les a vu vivre.
37. Les deux symboles du sel et de la lumière expriment une double dimension dans l’identité du disciple. L’image du « sel de la terre » caractérise les disciples comme agents de transformation au milieu de leurs sœurs et frères humains qui habitent la terre. En effet, tout comme le sel change la saveur des aliments dans lesquels il est mis, de même les disciples du Christ sont appelés à vivre de manière à donner à leur milieu une meilleure saveur d’humanité. Cet impact de la vie du disciple échappe au regard, à la manière du sel qui se dissout et devient invisible. C’est au goût que le monde sentira l’effet transformateur de la présence efficace du disciple. Les saints et bienheureux que l’Église propose en exemple aux chrétiens illustrent, par leur vie, l’efficacité du témoignage chrétien sur la vie de la société, car leur action n’a laissé aucune de leurs sociétés indifférentes. Et il faut croire que, comme le sel conserve, purifie et protège, une vie sainte conserve ce qu’il y a de meilleur dans l’humanité (ses valeurs authentiques) et la protège de la dégénérescence (cf. Gn 18, 17-33).
38. Quant à la seconde image, elle invite les disciples à s’identifier à la « lumière du monde ». Jésus ne les encourage pas à se donner en spectacle ; il dénonce du reste les hypocrites (cf. Mt 6, 1ss). Mais de toute façon, la lumière, destinée à éclairer, ne peut se cacher ; telle une ville perchée sur un sommet, elle sera toujours visible (cf. Mt 5, 14-16). En d’autres termes, le disciple qui illumine ne peut passer inaperçu. Il s’agit donc d’être une lumière qui éclaire l’homme et tout ce qui le déshumanise, en le rendant visible et intelligible par les « bonnes œuvres » : nourrir l’affamé, abreuver l’assoiffé, accueillir l’étranger, vêtir celui qui est nu, rendre visite aux malades et aux personnes âgées, prendre soin du prisonnier, etc. (cf. Mt 25, 35-36). La vie d’une communauté ecclésiale qui incarne la Parole devient dès lors une lampe sur les pas de la société en général, pour que l’on évite les chemins de mort et que l’on s’engage plutôt sur ceux qui mènent à la vie, c’est-à-dire à la suite de Jésus, « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6).
39. En somme, par ces deux images, Jésus interpelle profondément ceux qui l’écoutent, à transformer la société humaine par leur être et à montrer, par leur exemple de vie, les voies qui mènent au Royaume de Dieu, promis à ceux et celles qui sont brisés et brimés, les laissés-pour-compte dans la société. Le Royaume apparaît dès lors comme la terre de consolation, de satiété, de miséricorde, héritée par les fils et filles de Dieu. Il s’étend par l’agir du disciple serviteur sensible à toute souffrance humaine, traduisant en acte la prière que Jésus nous a enseignée : « Père […] que ton Règne vienne ! » (Mt 6, 10).
2. L’Église-Famille de Dieu et la « diaconie »
Une Église-Famille servante
40. À l’invitation de Jésus-Christ, le Maître, la communauté de ses disciples, qu’est l’Église, est devenue une Famille de fils et filles du Père (cf. Mt 5, 16.45.48 ; 6, 26.32 ; 7, 11). L’amour tel qu’il a été vécu par le Fils unique devient la caractéristique des membres de cette Famille, appelée à suivre l’exemple du frère aîné par le service fraternel ou diakonia. En effet, après avoir lavé les pieds de ses disciples, il leur déclare : « c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez comme moi j’ai fait pour vous » (Jn 13, 15). Et dans sa réponse au légiste qui savait bien comment lire la Loi pour en extraire l’essentiel, c’est-à-dire l’amour de Dieu et du prochain (cf. Lc 10, 25-28), Jésus dit : « va, et toi aussi, fais de même ». De fait, l’exemple qu’il lui donne dans la parabole est un modèle de diakonia, où l’amour se traduit en acte sous la figure du bon Samaritain (cf. Lc 10, 29-37). Dans cette figure nous reconnaissons Jésus lui-même au chevet de toute souffrance humaine, modèle pour l’Église soucieuse de l’Afrique en mal de réconciliation, de justice et de paix.
Servante de justice et paix
41. Selon les mots du psalmiste, « Justice et Paix s’embrassent » (Ps 84, 11). C’est une caractéristique du Règne de Dieu dont nous appelons la venue lorsque nous prions le Père : « Que ton Règne vienne ! ». L’Église-Famille se sait ainsi envoyée pour qu’advienne en Afrique un monde de Justice et de Paix, un monde où Dieu règne, parce qu’il a été réconcilié avec son Dieu et avec lui-même. Quelles voies emprunter par ces temps de troubles et d’injustices que le monde feint de ne pas voir ?
Servante de réconciliation
42. Jésus-Christ est la source de réconciliation de Dieu avec l’humanité et avec chaque personne. Il est aussi agent de réconciliation des hommes entre eux (cf. Mt 6, 12 ; Rm 5, 10-11) ; c’est le fondement de la mission de l’Église. L’Église-Famille de Dieu en Afrique se sent investie du « ministère de la réconciliation » (2 Co 5, 18). Car elle est messagère de « l’Évangile de la paix » (Ep 6, 15), qui fait d’elle un seul Corps et Temple de l’Esprit Saint. À l’exemple du Christ, elle est artisane de réconciliation en son corps de chair. Parce que bâtisseurs de communion, les chrétiens appelleront la société africaine à l’union des cœurs et en donneront eux-mêmes l’exemple par le témoignage de leur vie. Une vie qui réconcilie parce qu’elle fait place au pardon (cf. Mt 5, 23 ; Ep 2, 14-15).
43. C’est en effet, dit Jésus, « à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, que le monde saura que vous êtes mes disciples » (Jn 13, 35). Dès lors, avant toute action, c’est par sa manière d’être que toute cellule ecclésiale sera un appel lancé à nos frères et sœurs africains à se laisser réconcilier avec Dieu et avec les uns et les autres (cf. Mt 5, 23ss ; 2 Co 5, 20). L’Église manifestera ainsi sa dimension de sacrement, signe efficace qui rend présente, au cœur de l’Afrique, la grâce de la réconciliation opérée entre Dieu et l’humanité, et entre les hommes eux-mêmes, par le Christ Jésus, devenu notre Justice et notre Paix.
3. La justice du Royaume
44. La justice que Jésus-Christ nous invite à chercher est avant tout celle du Royaume (cf. Mt 6, 33). Cette justice est celle qu’illustre Joseph, appelé le « juste » (Mt 1, 19), parce qu’il a écouté sa conscience habitée par la Parole de Dieu, et offert à Marie, son épouse et à l’enfant en son sein, ce qui leur était dû : la protection de la vie. Cette justice plus grande du Royaume surpasse celle de la Loi ; elle est aussi vertu.[27] Elle ne nie pas la justice humaine, mais l’intègre et la transcende. C’est en cela qu’elle devient une voie qui mène au pardon, à la réconciliation véritable et restaure la communion.
45. L’Église-Famille habitée par le Christ, Parole du Père, se sent appelée à servir la justice du Royaume. Elle se doit de vivre la justice d’abord en son sein, dans ses membres, afin que nos frères et sœurs en Afrique voient le chemin ardu de la rédemption et lui emboîtent le pas. En effet, à chaque personne est dû, en toute justice, le respect de sa dignité de fils ou fille de Dieu. Or, sur la scène du continent africain, « des hommes […] tiennent cette vérité captive dans l’injustice » (Rm 1, 18). Il faut la libérer. Et « en vertu de la délivrance accomplie en Jésus-Christ » (Rm 3, 24), comme disciple du Christ au service de la justice, « nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères » et sœurs (1 Jn 3, 16). Ainsi, notre terre vivra, elle aussi, pacifiée : « L'œuvre de la justice, c'est la paix (cf. Is 32, 17) ».[28]
4. La paix du Royaume
46. De quelle paix s’agit-il ? « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne» (Jn 14, 27), nous dit Jésus. Car la paix du monde est précaire et fragile. La paix véritable nous est offerte à la manière du Christ et en lui. « C'est lui, en effet, qui est notre paix: de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation: la haine […] Il a voulu ainsi […] créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix […] au moyen de la croix: là, il a tué la haine. Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches. Et c'est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l'accès auprès du Père » (Ep 2, 14-18).
47. La mission de servir la paix consistera pour nous à la construire en chacun des membres du Corps du Christ, pour que tous nous devenions des femmes et des hommes nouveaux, capables d’opérer cette pacification de l’Afrique. La paix en effet n’est pas avant tout le produit de structures ou de personnes externes. Elle naît surtout du dedans, de l’intérieur des personnes individuelles et des communautés elles-mêmes. La conversion du cœur en « un cœur nouveau » et « un esprit nouveau » (Ez 36, 26) est la source d’une action transformatrice efficace. Grâce à une vie authentique de disciple, fruit de la metanoia (cf. Mc 1, 15), l’on espère la transformation des comportements, des habitudes et des mentalités. Notre identité de disciples s’avère donc essentielle pour la transformation de notre société et du monde en général en un monde meilleur, plus vrai, plus juste, plus pacifié, plus réconcilié, plus fraternel et plus heureux, et ceci avec la collaboration de tous les hommes de bonne volonté. Ainsi, les personnes découragées de la vie à cause des conflits politiques incessants, des guerres cycliques, de la pauvreté et des injustices sociales, politiques et économiques y retrouveront l’espoir et le goût de vivre.
CHAPITRE II
RÉCONCILIATION, JUSTICE ET PAIX: UN BESOIN URGENT
48. Les lieux d’attention et d’engagement ci-dessus énumérés et les réflexions suscitées par le thème synodal dans les Églises particulières donnent des indications sur les « ouvertures » ou les « obstacles » rencontrés sur le chemin de la réconciliation, de la justice et de la paix.[29] Et comme le rappelait le Saint-Père Benoît XVI, à des Pasteurs du continent africain, « l’engagement des fidèles au service de la réconciliation, de la justice et de la paix est un impératif urgent ».[30]
I. Sur le chemin de la réconciliation
49. Pour ouvrir un nouveau chemin vers l’harmonie, certains États, on l’a fait remarquer, se sont inspirés des modèles traditionnels de réconciliation et des pratiques chrétiennes du sacrement de réconciliation (Conférences nationales souveraines, Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, etc.). Les résultats sont mitigés, voire imparfaits, mais ils invitent, semble-t-il, à nommer les expériences qui font obstacles à la réconciliation pour que l’Assemblée synodale y réfléchisse.
1. Réconciliation : Les expériences de la société
50. La dimension sociopolitique de la réconciliation. Certaines sociétés africaines ont été conduites à la ruine par leurs dirigeants politiques. Certains pays ont été le théâtre de scènes tragiques de xénophobie, où l’étranger symbolisait tous les malheurs de la société et servait de bouc émissaire : des êtres humains ont été brûlés vifs, déchiquetés, des familles ont été dispersées, des villages détruits. Dans d’autres pays, constatent quelques Églises particulières, certains partis politiques ont utilisé la fibre ethnique, tribale ou régionale pour rallier des populations à leur cause dans la conquête du pouvoir, au lieu de favoriser le vivre ensemble.
51. La dimension socioéconomique de la réconciliation. On a noté que la mauvaise gestion et la misère qu’elle a engendrée ont provoqué le trafic humain, l’exploitation commerciale de la prostitution et le travail des mineurs ; cela a contribué largement à détruire des liens de famille, déstabiliser des communautés humaines entières et à jeter sur les routes des milliers de réfugiés. Au plan des nations, les zones riches en ressources pétrolières ou minières deviennent très vite des foyers de conflits, voire de guerres entre peuples voisins et entre nations.
52. La dimension socioculturelle de la réconciliation. Certains médias (radio, presse écrite, télévision) ont diffusé des informations et des images qui ont incité des populations à la violence et à la haine, porté sérieusement atteinte aux valeurs qui cimentaient le tissu familial et social : le respect des aînés, des femmes comme mères et protectrice de la vie, etc. Les populations s’inquiètent face à la perte croissante de l’identité culturelle, surtout dans la jeunesse. Et le regard condescendant que l’on porte sur la Religion Traditionnelle Africaine accentue la dévalorisation des valeurs censées constituer le patrimoine africain. Ce rapport à la religion de l’autre, remarque-t-on, se transforme en véritable rivalité entre chrétiens et musulmans dans certaines parties du continent.
2. Réconciliation : Les expériences ecclésiales
53. Les Églises particulières demandent aux Pères synodaux d’aider l’Église en Afrique à mieux porter son message prophétique, qui lui permet de parler avec autorité aux dirigeants politiques. Elle n’y parviendra effectivement que si en son sein elle réussissait à faire régner l’unité, si elle réussissait à résoudre ses propres contradictions. Car les divisions ethniques ou tribales, régionales ou nationales, les attitudes xénophobes se constatent également dans certaines communautés ecclésiales, dans les attitudes et propos de certains Pasteurs. Les réponses aux Lineamenta font en outre état de discorde entre certains évêques et leur presbyterium, et à l’intérieur d’une même Conférence épiscopale nationale s’infiltrent des prises de position de certains évêques en faveur d’un parti politique déterminé. Il s’ensuit, dans ces cas, que la Conférence épiscopale ne peut plus parler d’une seule voix, pour réclamer l’unité.
3. Pour œuvrer à la réconciliation : quelles interpellations ?
54. Les expériences sociales et ecclésiales interpellent l’Église, notent les réponses, pour qu’elle cherche les voies et moyens en vue de reconstruire la communion, l’unité, la fraternité épiscopale ou sacerdotale, qu’elle se revête de courage prophétique, s’engage à la formation de dirigeants laïcs affermis dans leur foi pour agir en politique, afin qu’ils travaillent à faire vivre ensemble en société les différences. Réussir aussi la formation de prêtres, de religieux et religieuses soucieux d’être signes et témoins du Royaume. L’Assemblée, semble-t-il, pourrait réfléchir sur les raisons profondes des conflits d’une telle ampleur en Afrique.
II. Sur le chemin de la justice
55. Il ressort des réponses que le concept africain de la justice est synonyme de réconciliation et de paix parce qu’il est enraciné dans l’idée de restaurer l’harmonie entre l’offensé et l’offenseur et avec la société dans son ensemble. Les obstacles sur la voie de la justice sont tels que les fidèles espèrent des Pères synodaux des propositions qui les aident à y travailler.
1. Justice : les expériences de la société
56. La dimension sociopolitique de la justice. Pour réclamer justice, certaines « minorités ethniques » ou régions lésées prennent les armes et déclenchent la guerre. Les émeutes et expulsions de populations allogènes dans un même pays sont des actes graves d’injustice qui passent souvent impunies. Car souvent, les institutions judiciaires et toutes celles qui luttent contre la corruption sont noyautées par les forces politiques. Ceux qui détiennent le pouvoir utilisent les agents de la sécurité pour mater les citoyens qui expriment des opinions contraires aux leurs. D’autres formes d’injustice sont mentionnées : la peine de mort, le traitement inhumain des prisonniers, souvent en surnombre dans les maisons d’arrêt ; des délais excessifs de procès ; la torture des prisonniers ; l’expulsion des réfugiés au mépris de leur dignité.
57. La dimension socioéconomique de la justice. Le Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs (MAEP) cherche à identifier les formes et les causes de la corruption qui sévit sur le continent, et qui restent impunies. Les ressources naturelles sont confisquées et dilapidées par quelques groupes d’intérêt. La mauvaise gestion, les détournements de fonds publics, l’exode des capitaux vers les banques étrangères contre lequel l’Église qui est en Afrique avait déjà élevé la voix au dernier Synode,[31]sont là des formes d’injustice qui demeurent impunies et contre lesquels l’Église doit prêter sa voix aux sans-voix.
58. Les travailleurs agricoles sur lesquels repose une grande partie de l’économie africaine sont victimes d’injustice dans la commercialisation de leurs productions, souvent payées à des prix très bas, fixés paradoxalement dans certaines régions par les acheteurs eux-mêmes. La population déjà défavorisée ne fait que s’appauvrir davantage. La campagne de semences d’Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), qui prétend assurer la sécurité alimentaire ne doit pas faire ignorer les vrais problèmes des agriculteurs : le manque de terre arable, d’eau, d’énergie, d’accès au crédit, de formation agricole, de marchés locaux, d’infrastructures routières, etc. Cette technique risque de ruiner les petits exploitants, de supprimer leurs semences traditionnelles et les rend dépendants des sociétés productrices des OGM. À cela s’ajoute le problème du changement climatique dont les effets se font sentir dans les zones arides, compromettant les gains modestes des économies africaines. Les Pères synodaux peuvent-ils rester insensibles à ces questions qui pèsent sur les épaules des paysans ?
59. La dimension socioculturelle de la justice. La culture est également le lieu d’injustices à examiner et à éradiquer, notamment le népotisme et le tribalisme qui sont des travestissements du devoir d’aide à son « frère ». La femme continue d’être assujettie dans toutes les régions sous diverses formes : les violences domestiques, expression de la domination des hommes sur la femme ; la polygamie qui défigure le visage sacré du mariage et de la famille, aussi par la compétition qu’elle engendre entre coépouses et enfants ; le manque de respect de la dignité et des droits des veuves ; la prostitution ; la mutilation
Publié le 20/03/2009 à 12:00 par auto23652
65. La dimension socioéconomique de la paix. Les réponses notent que le chômage, l’émigration massive et clandestine, et surtout les investissements exagérés dans l’armement se résolvent à la violence alors qu’il y a des milliers de pauvres, par ailleurs victimes d’inégalités économiques et d’injustices sociales. À ce sujet, le Saint-Père Benoît XVI observait qu’« il y a les pays du monde industrialisé, qui tirent de gros profits de cette vente d’armes et il y a des oligarchies dominantes en de nombreux pays pauvres, qui veulent renforcer leur position par l’achat d’armes toujours plus sophistiquées ».[33] Les guerres que connaissent les régions africaines sont en grande partie liées à l’économie en général.
66. La dimension socioculturelle de la paix. Les victimes les plus touchées par les atteintes à la paix sont les familles. La déstructuration du tissu familial et l’influence des médias ont progressivement provoqué la délinquance juvénile, la dépravation des mœurs, l’abandon à la drogue, etc. Mais d’aucuns estiment que la raison profonde de l’instabilité des sociétés du continent est liée à l’aliénation culturelle et à la discrimination raciale qui ont engendré tout au long de l’histoire un complexe d’infériorité, le fatalisme et la peur. Le mépris des langues africaines et de la littérature orale africaine a entraîné le rejet des valeurs proprement africaines, de sorte que les jeunes, privés de repères, deviennent instables.
2. Paix : Les expériences dans l’Église
67. L’Église a participé à plusieurs niveaux à la restauration nationale de la paix dans un certain nombre de pays grâce à l’enseignement et à l’action des Pasteurs. Dans les Grands Lacs, par exemple, les Conférences épiscopales ont travaillé à bâtir la paix en favorisant des rapprochements des jeunes de pays en conflits.
3. Pour cultiver la paix : quelles interpellations ?
68. Les Églises particulières attendent de l’Assemblée qu’elle réfléchisse sur la manière de bâtir une société de paix par l’aide mutuelle, par la disponibilité à accueillir l’autre, par le service fraternel des plus faibles (enfants, malades, personnes âgées), par la justice et l’amour entre frères et sœurs, par le rétablissement de l’autorité parentale dans les familles. « La famille, dit le Saint-Père Benoît XVI dans son Message de paix, est la première et irremplaçable éducatrice à la paix […] parce qu’elle permet de faire des expériences déterminantes de paix».[34]
69. Il ressort des réponses la conviction que « Dieu peut créer des ouvertures vers la paix là où il semble qu’il n’y ait qu’obstacles et repli sur soi »,[35] comme le rappelait le Pape Jean-Paul II. Mais, soulignait-il encore, « il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon ».[36] Car « la véritable paix est en réalité ‘œuvre de justice’ (Is 32, 17) »,[37] cette justice du Royaume qui incorpore et transcende les limites de la légalité et dont l’Église-Famille de Dieu se veut la Servante. Ainsi se manifeste l’originalité du message évangélique de réconciliation, de justice et de paix.
CHAPITRE III
ÉGLISE-FAMILLE DE DIEU:
« SEL DE LA TERRE » ET « LUMIÈRE DU MONDE »
70. En répondant aux questions des Lineamenta, les Églises particulières souhaitent ouvrir des chemins de réconciliation, de justice et de paix sur le continent. Pour cela, les Pères synodaux réfléchiront sur le problème de l’enracinement de leurs communautés dans la culture africaine, dans la Tradition vivante de l’Église et dans les valeurs évangéliques. Ils auront à découvrir une meilleure manière pour l’Église d’agir comme « sel » et « lumière » au cœur de l’Afrique, en synergie avec la société africaine et pour elle.
I. S’enraciner dans une culture africaine transfigurée
71. Les Églises particulières constatent que le défi de l’inculturation est plus que jamais crucial pour nos sociétés africaines dont les cultures sont menacées.
1. Les défis de la mondialisation
72. Comme le rappelait le Saint-Père Benoît XVI au début de l’année, la famille humaine « connaît aujourd’hui une unité plus grande du fait de la mondialisation ».[38] Dans ce contexte mondial où l’Afrique est lésée, quelques réponses suggèrent que les Pères synodaux cherchent les voies d’une action de l’Église en faveur d’une intégration plus grande des sociétés et des nations du continent. Car dans la course actuelle des pays industrialisés pour occuper les plus grandes réserves minières du monde, l’abondance des ressources naturelles du continent continue d’être une source de menace à la paix, à la justice et à la réconciliation, mais plus encore les sociétés risquent d’être défigurées par la logique de l’économie mondiale au détriment de ce qui construit la personne humaine, c’est-à-dire le meilleur de nos traditions locales et de notre foi.[39]
2. La nécessité de l’enracinement culturel
73. L’Évangile s’enracine dans le terreau humain de la culture. Les sociétés africaines constatent, impuissantes, l’effritement de leurs cultures. L’Église ne peut former d’authentiques chrétiens[40] qu’en prenant sérieusement en main l’enracinement culturel du message évangélique. En cette année jubilaire de Saint Paul, les Églises particulières souhaitent que les Pères synodaux mettent cette figure au centre de leurs réflexions, car « l’Apôtre a été un artisan exceptionnel d’inculturation du message biblique dans de nouveaux contextes culturels. C’est ce que l’Église est appelée à faire aujourd’hui aussi […] Elle doit faire pénétrer la Parole de Dieu dans la pluralité des cultures et l’exprimer selon leurs langages, leurs conceptions, leurs symboles et leurs traditions religieuses ».[41]
3. Le levain de l’Évangile dans les valeurs africaines
74. Il ressort des réponses le besoin d’une meilleure pastorale, pour que les vérités et les valeurs des cultures africaines soient touchées et transfigurées par l’Évangile. Ce que le Serviteur de Dieu Jean-Paul II disait à cet effet demeure une préoccupation : « l’inculturation, disait-il, sera réellement un reflet de l’incarnation du Verbe lorsqu’une culture, transformée et régénérée par l’Évangile, produit à partir de sa propre tradition vivante des expressions originales de vie, de célébration et de pensée chrétiennes ».[42] En s’enracinant dans les Écritures – traduites dans les langues locales –, les chrétiens seront capables d’entendre le Verbe de Dieu et d’écouter sa Parole. Ils lui obéiront selon l’acception commune que prend le verbe « écouter » dans les langues africaines, pour vivre de manière profonde les valeurs évangéliques, sans les trahir par des pratiques et des comportements culturellement admis mais contraires à l’esprit du Christ (cf. Mt 5, 17). Comme dit l’Apôtre Paul : « Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 38-39).
II. Puiser la force dans la foi au Christ
75. Les Conférences épiscopales soulignent, dans la plupart de leurs réponses, que le lien avec le Christ qui a constitués les hommes enfants de Dieu par le baptême, soutient les communautés ecclésiales dans leur action. Elles entretiennent cette relation par l’écoute de la Parole de Dieu, la fraction du pain eucharistique, et la pratique du sacrement de réconciliation (cf. Ac 2, 42).
1. La présence agissante du Christ dans nos vies
76. Comme un ferment dans nos vies, la foi au Christ présent et agissant nous engage et nous rend capables de solidarité et de partage par l’assistance aux pauvres, aux malades, aux orphelins, aux veuves dans lesquels nous voyons son visage (cf. Mt 25), pour transmettre son amour, sa bonté et sa compassion. Grâce à elle, nous disciples du Christ, nous nous acquittons consciencieusement de notre travail. Elle nous stimule pour la prise en charge des paroisses dans la mesure de nos possibilités, la formation des futurs prêtres et personnes consacrées au sein des Communautés Ecclésiales Vivantes.
77. Cette foi nous renvoie au Christ, notre modèle et notre référence au cœur de nos interrogations. En lui, nous trouvons l’orientation de notre vie, par le discernement de la volonté de Dieu notre Père dans les situations que nous traversons. Car « il a traversé en tout l’épreuve de notre condition humaine, excepté le péché » (Hb 4, 15).
78. Parce que Jésus-Christ est Sauveur et Seigneur, nous avons pu prendre des initiatives en vue de promouvoir la réconciliation, la justice et la paix. Face aux difficultés, nous n’avons pas reculé devant les combats contre les antivaleurs et sommes demeurés accrochés à notre communauté catholique de foi sans fuir vers les solutions faciles de salut proposées par les sectes. La Seigneurie du Christ nous a remplis de courage, de maîtrise de soi, et de paix, dans les moments de persécution. Nous demeurons dans l’espérance, car, disait-il, « dans le monde vous aurez des tribulations, mais courage, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33). Et encore : « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).
2. Le Christ, Pain de Vie
79. Comme le rappelait encore la Douzième Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques sur la Parole de Dieu, c’est à la table du Christ Pain de Vie que les chrétiens nourrissent la koinonia (« communion fraternelle »),[43] qu’ils communiquent ensuite à la société.
Le rendez-vous eucharistique
80. Dans l’Eucharistie, le Christ demeure au milieu de nous et en chacun de nous. En se donnant à nous, confessent les Églises particulières, il nous rassemble et fait de nous un peuple de fils et filles de Dieu réconciliés et en harmonie avec le Père, et les uns avec les autres, pour qu’à notre tour nous soyons des agents de réconciliation, des artisans de paix et de justice. Pris dans l’offrande du Christ à son Père, nous pouvons, en Lui, vivre des actions et des gestes de paix, de réconciliation, et consentir aux sacrifices du don de nous-mêmes. Car « lui, Jésus, a donné sa vie pour nous; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3, 16), afin que s’étende le Royaume du Père. La Célébration Eucharistique se vit alors dans sa dimension de lieu d’expérience spirituelle où le mémorial du Christ inspire nos engagements, nous donne la force pour aller vers les autres en témoignage évangélique de foi et d’amour.
81. L’Eucharistie est sacrement d’amour. Et là où est l’amour, la haine, la vengeance et l’injustice n’ont pas droit de cité. Ainsi, une communauté édifiée par l’Eucharistie devient un authentique sacrement d’unité, de fraternité, de réconciliation au cœur de l’humanité. Car en elle, le Seigneur veut couronner de succès tous nos efforts visant à faire du monde un lieu de Gloire pour son Père, puisque « la Gloire de Dieu, dit Saint Irénée, c’est l’homme vivant ».[44]
82. C’est encore dans ce sacrement qui nous réconcilie avec notre Père que nous obtenons la guérison de nos divisions par la préparation pénitentielle, par la paix du Christ donnée et reçue, et par le Pain de Vie partagé, où Jésus lui-même nous nourrit de son Corps et de sa Parole.
La force de la Parole de Dieu
83. La Parole de Dieu nourrit notre foi et soutient notre engagement. Elle inspire la vie personnelle, éclaire les événements quotidiens et offre des critères de discernement dans l’action.
84. Force de cohésion et de construction de communautés chrétiennes et de sociétés plus justes et plus fraternelles, la Parole de Dieu redynamise et revivifie les membres de nos communautés.[45] Il est donc important d’écouter, de méditer et d’approfondir la Parole, lieu privilégié où se réalise le merveilleux projet de Dieu sur la personne humaine et la création. Les expériences de certaines familles, où la Bible est au centre de leur vie et sert à l’éducation des enfants, aux relations entre parents, attestent que la Parole de Dieu restaure l’harmonie et la concorde dans le foyer, resserre les liens dans la famille. La familiarité avec la Parole de Dieu écoutée et partagée en famille avertit les consciences et protège des dérives telles que le concubinage, l’adultère et l’alcoolisme. Elle maintient le regard de ses membres fixé sur Jésus-Christ.
85. Ces expériences nous invitent à lutter contre l’analphabétisme et à solliciter une vaste solidarité pour réduire le coût des bibles, afin que chaque chrétien ou au moins toutes les familles y aient accès. Si elle est lue et expliquée en groupe ou dans les Communautés Ecclésiales Vivantes, l’Écriture Sainte deviendra le ferment qui rénove et recrée notre culture pour qu’elle façonne des femmes et des hommes nouveaux « à la taille du Christ dans sa plénitude » (Ep 4, 13).
Le sacrement de la réconciliation
86. Fidèle à son ministère de la réconciliation de l’homme avec Dieu et des hommes entre eux, l’Église assure à ses fils et filles le service du sacrement de pénitence, de réconciliation et de pardon. Par la pratique habituelle de ce sacrement, les chrétiens témoignent qu’ils apprennent à regarder en face leur vie pour confesser l’expérience de la miséricorde et de la bonté de Dieu[46] face à leur misère, leur péché, leurs manques d’amour.[47] Cette pratique sacramentelle est devenue un authentique milieu où la grâce de Dieu les a réconciliés avec eux-mêmes et avec les autres. Ils ont progressivement appris à entrer dans la logique de la réconciliation (cf. Mt 6, 15 ; 18, 23-35). Une forme de célébration communautaire du sacrement, selon les normes de l’Église, ne pourrait-elle pas contribuer à panser les blessures des sociétés déchirées par des expériences de violences, de conflits et de guerres ?
III. Agir en Église-Famille de Dieu
1. Fils et filles du même Père dans le Fils unique
87. Bien que provenant d’origines diverses, l’appartenance au Christ nous rassemble en frères et sœurs d’une même famille de fils et filles de Dieu. Ce faisant, elle nous invite à transformer nos différences tribales, ethniques, raciales ou de classes sociales, qui parfois entravent notre marche ensemble, pour que l’eau du baptême soit plus fort que le sang (cf. Ga 3, 27-28).
88. Parce que fondée sur la paternité de Dieu, l’image de l’Église comme Famille a mis en relief les valeurs familiales africaines de solidarité, de partage, de respect de l’autre, d’hospitalité, de cohésion, etc. Ce modèle a ouvert les cœurs et les esprits à une gestion des conflits par le dialogue sous « l’arbre à palabre » et par les rites de réconciliation, qui, pour nous disciples du Christ, sont la Parole de Dieu, écoutée et partagée,[48] le sacrement de pénitence et l’Eucharistie qui scelle la communion. C’est ce que nous enseigne l’expérience des synodes diocésains, des journées sacerdotales, des forums de fidèles laïcs, des Communautés Ecclésiales Vivantes.
2. Signe et instrument de réconciliation
89. L’Église-Famille devient signe visible et instrument de justice, de paix et de réconciliation opérée par le Christ au bénéfice du genre humain, lorsqu’elle vit en cohérence avec son identité de famille « sel de la terre » et « lumière du monde ».[49] Le Serviteur de Dieu Jean-Paul II en a donné un exemple à Gorée (Sénégal) en 1992 et au seuil du troisième millénaire à Rome (le 12 mars 2000). Après lui, les évêques du SCEAM ont repris son geste à Gorée en 2003.
L’Église sacrement de réconciliation
90. L’Église sur le continent africain a tenu une place remarquable dans la réconciliation lors des conflits. Aussi bénéficie-t-elle d’une grande crédibilité dans beaucoup de sociétés africaines. N’est-ce pas une invitation à s’engager plus courageusement à bâtir des ponts entre les hommes ? Par exemple, la force dont les communautés ecclésiales disposent leur venant de l’Esprit Saint, certaines témoignent qu’au nom de leur foi en Christ, elles ont le courage de prendre des initiatives pour réconcilier, au niveau des Communautés Ecclésiales Vivantes, les couples séparés, les familles en conflits, les communautés villageoises divisées.
La réconciliation authentique : guérison pour la justice et la paix
91. Comme une semence jetée en terre qui pousse sans qu’on s’en aperçoive, ainsi du Règne de Dieu dont l’Église est le signe et l’instrument. L’efficacité de son action est invisible pour les yeux humains. La réconciliation que le Christ continue d’opérer à travers elle pour l’unité du genre humain est une guérison lente et longue qui exige de tous les chrétiens qu’ils y travaillent avec la foi de Moïse qui, « comme s’il voyait l’invisible, tint ferme » (Hb 11, 27). Guéris par l’onction de l’Esprit du Christ, ils pourront œuvrer pour ajuster les hommes entre eux et rétablir la paix dans les cœurs et dans la société.
IV. S’engager pour une Afrique réconciliée
92. Il est reconnu que l’Église est profondément engagée dans la société africaine au service de tous à travers ses institutions d’éducation, de santé et les programmes de développement. Comment ces institutions et communautés (Conférences épiscopales, diocèses, paroisses, Communautés Ecclésiales Vivantes) peuvent-elles donner les mêmes signes ?
1. L’Église, Famille pour les nations
93. Les Communautés Ecclésiales Vivantes incarnent ce souci de convivialité familiale dans l’Église. La vie chrétienne à taille humaine se vit dans ce cadre. Les solidarités positives comme expression de la charité chrétienne s’expérimentent de façon exemplaire dans ces communautés. Et la Parole de Dieu, en certains endroits, est lue, partagée et vécue à cette échelle. Le rôle des animateurs laïcs des communautés devient important pour assurer un service de leadership qui aide les membres à grandir dans leur foi et leur engagement pour une société réconciliée, juste et pacifiée. Un travail théologique est sans doute attendu en ce « lieu ».
94. L’Église prend la famille pour modèle, elle doit travailler à ce que cette « église domestique » soit à l’image de la Sainte Famille où le don total de soi à l’autre est marqué de respect, de disponibilité et de collaboration (cf. Mt 2, 13-14.19-23 ; Lc 2, 21ss ; Jn 2, 1-12 ; 19, 26-27 ; Ac 1, 14). Les couples et la famille appellent une attention particulière. Le mariage traditionnel oblige parfois des chrétiennes à vivre en marge de la communauté chrétienne. Que peut-on faire pour que la célébration chrétienne du mariage s’enracine davantage dans la tradition africaine de l’alliance matrimoniale et que cette dernière soit élevée et transformée par les valeurs évangéliques du mariage chrétien?[50] Quelles dispositions adopter pour réduire le coût souvent très élevé des mariages à l’église et encourager les plus démunis à célébrer le sacrement ? La question du couple chrétien affecte naturellement celle de la famille. La complexité du contrôle des naissances demande que l’Église s’y penche avec l’aide d’experts et en dialogue avec les couples chrétiens, dans le respect des valeurs culturelles africaines liées à la vie, dans le respect de la loi morale telle que l’enseigne l’Église, et dans l’utilisation des meilleurs conseils médicaux pour « le planning familial naturel ».
95. Par ailleurs, avec la baisse de la pratique chrétienne on constate dans certaines Églises particulières un affaiblissement du tissu familial ecclésial. Il y a plusieurs raisons à cela. Le manque de projet commun ralentit l’Église dans son effort pour la paix et la résolution des conflits. Les chrétiens sont fragilisés parce qu’ils n’ont pas une solide compréhension de leur foi pour la vivre et « rendre raison de l’espérance qui est en eux » (1 P 3, 15). L’Écriture Sainte, qui doit les y aider, n’est pas encore entrée dans leur mode de vie comme source d’apprentissage du cheminement avec Dieu au cœur du monde et de l’histoire. Parfois, ils ont même recours à la sorcellerie et aux pratiques ci-dessus déplorées, ou se laissent influencer par les idéologies politiques et les sectes chrétiennes qui attaquent l’Église catholique. Et pour un grand nombre de chrétiens, l’Église c’est la hiérarchie ; ils n’ont pas à l’esprit la dimension du Corps mystique avec ses membres multiples. Il n’y a pas de doute que le manque d’ouvriers apostoliques dans certaines Églises particulières et les problèmes économiques qu’elles rencontrent, handicapent la volonté d’entreprendre des projets capables d’édifier ce sentiment d’être Église. Par ailleurs, l’Église souffre du fait que des prêtres, religieux et religieuses donnent parfois le mauvais exemple en se livrant à des pratiques occultes – et cela peut même se produire dans des prières de guérison et de délivrance –, à des luttes de positionnement social au lieu de se dévouer au service des tout-petits.
2. Le service de la société : santé, éducation et développement socio-économique
96. En certaines régions du continent, les infrastructures de santé, déjà insuffisantes, sont non seulement détruites par les guerres, mais aussi rendues inefficaces par suite de l’incompétence et de la corruption. L’expression de la solidarité chrétienne et africaine s’en trouve ainsi mise à dure épreuve, et singulièrement là où le nombre de malades atteints par les maladies endémiques est très élevé. Dans d’autres régions, les structures de santé sont significatives ; elles sont capables d’accueillir les malades, les blessés de guerre, et d’autres nécessiteux. Des Mutuelles de Santé concrétisent la volonté ecclésiale de solidarité. Et grâce à l’aide aussi bien de la Caritas que des Communautés Ecclésiales Vivantes, les plus pauvres sont pris en charge, les sidéens sont suivis. Des Associations dans certaines Églises particulières accompagnent les familles dans le planning familial selon les méthodes naturelles. L’abnégation et la générosité exemplaire du personnel soignant dans les institutions de santé rendent visible la sollicitude de l’Église pour les malades.
97. Dans le secteur de l’éducation, de nombreuses Églises particulières ont mis en place des structures mais non sans difficulté. Toutefois, leur gestion est difficile à cause du nombre pléthorique des jeunes et du manque de personnel qualifié. Parce que les jeunes n’ont pas d’espace de loisir et de jeux pour se recréer, ils se divertissent en des endroits où la mauvaise compagnie les entraîne vers la drogue et la violence. En outre, ils sont victimes d’abus sexuels et d’autres crimes, quand ils ne sont pas enrôlés comme soldats dans les guerres ou exploités pour le travail des champs ou dans les mines. La situation empire quand il s’agit d’orphelins ou, plus généralement, quand manquent l’intérêt, le suivi et le contrôle de la famille. Or, les enfants ont des droits :[51] œuvrer avec la jeunesse et pour elle, c’est penser à l’avenir de toute la société. Cette tâche s’impose donc à tous les chrétiens. Les écoles catholiques en ont le souci, mais celles qui ne bénéficient pas de subventions étatiques peinent à se maintenir ou se maintiennent à des coûts prohibitifs pour les pauvres. Malgré cela, le développement des universités catholiques dans le continent est remarquable. Ceci dit, le dévouement à la tâche et l’attention aux élèves et étudiants de tous ceux qui travaillent dans le secteur éducatif forcent l’admiration et méritent l’encouragement de toute l’Église.
98. Au-delà des secteurs spécifiques de la santé et de l’éducation, la grande majorité des Églises particulières se sont engagées dans différents domaines socio-économiques au service des pauvres, des réfugiés, des nomades, de la jeunesse. Elles ont un souci particulier pour les catholiques engagés dans la vie politique et économique.
3. Le dialogue œcuménique
99. Grâce à certains lieux habituels de rencontre, la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, la traduction de la Bible en nos langues locales avec l’Alliance biblique, le dialogue entre chrétiens en Afrique, toutes confessions incluses, se maintient. Il mériterait d’être davantage stimulé.
100. Le désir de poursuivre le dialogue avec nos frères et sœurs chrétiens butte cependant contre quelques obstacles : d’un côté, divergent les références doctrinales, les principes d’herméneutique biblique, la nature et la mission de l’Église, la morale et la discipline ecclésiastique, de même que les styles liturgiques ; se dressent, de l’autre, la méfiance, la rivalité entre groupes de chrétiens et un fondamentalisme mû par des complexes exprimés, entre autres, par le mimétisme vestimentaire (habits cléricaux, insignes épiscopaux, vêtements liturgiques). Le déficit de tolérance et de compréhension mutuelle ainsi que les accusations mutuelles rendent les rencontres très difficiles. Dans l’espace public, l’Église catholique est l’objet d’une virulente agressivité de la part des sectes chrétiennes, instrumentalisées par les politiques pour saper les valeurs qu’elle défend : famille, respect de la dignité et de la sacralité de la vie humaine, unité. Malgré les défis, le dialogue doit se poursuivre, et particulièrement dans les rencontres nationales et internationales du Conseil Œcuménique des Églises.
4. La relation avec la Religion Traditionnelle Africaine
101. Avec les adeptes de la Religion Traditionnelle Africaine, la relation pastorale suggérée est celle d’une étude sympathique de cette religion et la culture qui en constitue la matrice, en vue d’identifier les éléments bons et nobles, que le Christianisme peut adopter en purifiant ceux qu’il juge incompatibles avec l’Évangile pour forger une culture de réconciliation, de justice et de paix. Une telle approche faciliterait la collaboration avec les adeptes de cette religion. Elle contribuera à une authentique inculturation dans l’Église.[52] On distinguera cependant les adeptes de la Religion Traditionnelle Africaine des chauvinistes qui la défendent comme patrimoine national et en font un objet de fierté nationale alors que souvent ils ne la pratiquent pas.
5. Le dialogue avec l’Islam
102. Avec nos frères et sœurs musulmans, la cohabitation en certains endroits est saine et bonne ; en d’autres lieux, par contre, la méfiance d’un côté comme de l’autre empêche un dialogue serein : les conflits qu’occasionnent les mariages mixtes constituent un exemple. Et l’intolérance de certains groupes islamiques engendre des hostilités et entretient les préjugés. N’y aident pas non plus les positions doctrinales prises par certains courants à propos du Jihad : Comment travailler à la paix par le dialogue et la réconciliation comme la foi chrétienne nous le demande ? La tendance à la politisation des appartenances religieuses est par ailleurs un danger qui s’est révélé là où le dialogue s’était amorcé. Toutefois, au cœur des crises, en certaines régions la collaboration dans l’éducation civique et électorale s’est avérée fructueuse. Parfois, des musulmans ont accueilli positivement les documents des Conférences épiscopales. Quelques fois, les structures de l’Église ont servi à des communautés musulmanes pour la distribution de biens aux pauvres et aux nécessiteux. La solidarité de certains milieux musulmans avec l’Église est manifeste lorsque celle-ci organise des rencontres de réflexion sur les problèmes de société : la coexistence pacifique, la corruption et la pauvreté, etc. Et le respect de l’identité religieuse des enfants musulmans dans nos écoles catholiques participe de manière exemplaire et efficace à l’éducation de la société à la tolérance et à la paix.
CHAPITRE IV
ÉGLISE-FAMILLE DE DIEU À l'OEUVRE:
TÉMOIGNAGE ET NOUVELLES PERSPECTIVES
103. Depuis la Première Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, les Églises particulières essayent de vivre les orientations et directives d’Ecclesia in Africa et de mettre en pratique ses recommandations, particulièrement en matière de justice, de paix et d’union selon l’esprit de l’Église-Famille de Dieu. Elles attendent des Pères de la Deuxième Assemblée des réflexions renouvelées qui les mobilisent davantage dans leur effort, au plan personnel, communautaire et institutionnel, et les orientent dans la recherche des chemins vers la réconciliation, la justice et la paix.
I. Le témoignage de vie
104. Comme disciples du Christ (évêques, prêtres, personnes consacrées et fidèles laïcs) et munis des armes de la foi, la réponse la plus appropriée que nous puissions donner est la conversion sur la voie de la sainteté: par l’écoute de la Parole, la vie sacramentelle et les exercices spirituels, par l’accueil de l’interpellation qui nous vient du prochain, de la société et des événements, par un effort de conversion morale, par une cohérence entre la vie que nous menons et la Parole que nous annonçons, par un exercice fidèle des responsabilités confiées à chacun ; par des œuvres de pénitence, de miséricorde et de charité ; par nos engagements sociaux à contre-courant des critères du monde, et par un style de vie simple, inspiré de l’Évangile. Car la véritable nature de l’évangélisation est la rencontre personnelle de Jésus-Christ dans la prière quotidienne, les sacrements et la vie spirituelle, convaincus que « si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain » (Ps 127, 1).
105. Marie, la Mère de Dieu, demeure le modèle par excellence pour le témoignage des disciples du Christ en Afrique. En elle, chaque chrétien apprend l’écoute obéissante de la Parole de Dieu qui prend chair dans sa vie. En effet, son fiat la conduira jusqu’au pied de la croix (cf. Jn 19, 25ss) : elle met au monde son fils dans le dénuement, « parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes » (Lc 2, 7) ; elle s’inquiète pour son fils resté au Temple mais dont elle médite les paroles (cf. Lc 2, 41-52) ; elle se soucie de la joie du jeune couple de Cana et intervient auprès de son fils en leur faveur (cf. Jn 2) ; elle tient compagnie aux disciples au Cénacle dans l’attente de l’Esprit Saint (cf. Ac 1, 14). Comment la Mère de Jésus peut-elle prendre toute sa place au milieu de ses fils et filles éprouvés et déchirés, et les inviter à faire tout ce que son Fils dira (cf. Jn 2, 5), les accompagnant à nouveau dans les événements joyeux, douloureux et glorieux de la vie quotidienne?
II. Les acteurs et les institutions
1. Les acteurs
106. Dans une Église-Famille de Dieu, chacun a la charge de remplir sa mission de telle sorte que le corps familial se porte bien et agisse selon l’esprit de la famille, qui est l’Esprit du Christ, pour un monde selon le cœur de Dieu. L’exemple de tant de Pasteurs et fidèles laïcs qui ont vécu le martyre au nom de leur foi invite toute l’Église en Afrique à s’engager résolument sur la voie de la sainteté.
Les évêques
107. La voix des évêques, serviteurs de la Parole, en communion avec l’évêque de Rome, Pasteur de l’Église universelle, résonne en période de crise sociale comme celle d’un veilleur sur la cité.[53] Face aux problèmes politiques touchant aux constitutions, aux élections, aux injustices, aux violations des droits humains, etc., une parole prophétique de leur part est une réponse à la soif de justice et de paix du peuple. Leur courage et leur audace font d’eux des illustrations vivantes du « sel de la terre » et de la « lumière du monde ».
108. L’action de l’épiscopat en faveur d’un monde réconcilié se manifeste par les lettres pastorales, les revues diffusant une culture de la paix, et la mise de la doctrine sociale de l’Église à la portée du plus grand nombre de chrétiens. La création et le soutien des structures appropriées et leur engagement dans les dialogues œcuménique et interreligieux, avec comme souci de l’union des cœurs, contribuent à forger un environnement de paix. Et dans les abîmes qui séparent les dirigeants des citoyens, le dialogue qu’ils établissent avec les leaders politiques et l’information qu’ils transmettent aux chrétiens œuvrent à la pacification.
109. Pour favoriser ou rétablir la justice et la paixau sein de l’Église, l’on souhaite que les évêques nomment des prêtres et des religieux suivant des critères objectifs et non pas ethniques. Il revient à l’Église-Famille de Dieu de se doter de groupes de médiation aux différents niveaux. Il arrive parfois en effet que le dialogue entre l’évêque, son presbyterium ou telle autre portion de son peuple ait du mal à se nouer. Dans les cas où tel ou tel membre est responsable et coupable d’abus, il revient à l’autorité compétente de restaurer la confiance et recoudre le tissu familial ecclésial.
110. L’unité collégiale des évêques entre eux est essentielle. Elle se construit et se consolide par la fraternité affective et effective, et par le partage d’expériences pastorales. Pour ce faire, la définition de méthodes appropriées, l’élaboration de programmes pastoraux efficaces, l’organisation de l’emploi du temps nécessaire et l’adoption d’un langage juste s’avèrent importants.
Les prêtres
111. Dans leur tâche de collaborateurs sages et avisés des évêques, les prêtres[54] partagent de multiples façons le ministère de l’enseignement et particulièrement à travers la prédication dominicale, qu’ils auront à cœur de préparer avec soin, car cette occasion leur permet de faire entendre aux chrétiens l’appel à être artisans de justice, de paix et de réconciliation. De la même manière, l’administration des sacrements est aussi un lieu d’éducation et de formation de la sensibilité des chrétiens à ces mêmes valeurs, à la lumière desquelles chacun est invité à examiner son cheminement à la suite du Christ.
112. Il est donné aux prêtres, dans le quotidien, de rencontrer différents groupes de fidèles (conseils paroissiaux et autres). C’est pour eux une opportunité pour initier, guider et modérer les examens de vie à la lumière de l’Évangile pour une existence chrétienne authentique. Insuffler un esprit d’amour et de vérité, de justice et de paix dans les exhortations à leurs fidèles, dans l’arbitrage des conflits de mariage et de famille, dans le soutien apporté aux marginalisés et aux esseulés, et dans l’application des programmes ecclésiaux demeure une réponse singulière dont ils doivent faire généreusement usage.
Les personnes consacrées
113. Les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique[55] ont connu une forte croissance en vocation, signe du dynamisme de l’Église en Afrique.[56] Certaines réponses y voient une source « d’énergie spirituelle » alimentant l’Église. Par leurs charismes propres et leur engagement spécifique dans l’Église, ils travaillent à l’extension du Règne de justice, de paix et d’amour du Christ, par l’encadrement de la jeunesse (celle scolarisée, celle des rues, etc.), l’aide aux pauvres, aux femmes (des veuves, notamment), le soin aux malades et aux handicapés. De leur part, un souci manifeste de collaboration avec l’Ordinaire local contribuera à rendre visible la communion dont l’Église-Famille veut être le signe prophétique pour l’Afrique, au cœur de nos sociétés divisées.
114. Les femmes consacrées, par leur vie et leur travail en communauté, avec Marie, la Mère de Dieu, pour modèle, contribuent à révéler davantage une dimension de Dieu, par leur génie féminin de douceur, de tendresse et de disponibilité dans l’écoute comme Marie, la sœur de Lazare (cf. Jn 11) ou la Samaritaine (cf. Jn 4), ou le service fraternel comme Marthe (cf. Lc 8 ; Jn 11). La réponse aux défis de la réconciliation, de la justice et de la paix par la proximité semble mieux relever des dons de la femme. C’est aussi et en grande partie par elle et avec elle, comme première collaboratrice dans la mission d’évangélisation, que nous devons chercher de nouvelles réponses aux souffrances de nos sociétés africaines.
Les fidèles laïcs dans l’Église
115. De façon générale, l’engagement des chrétiens dans la société ajoute une saveur particulière quand les valeurs évangéliques l’inspirent. De nombreux chrétiens laïcs, individuellement ou en association (de femmes, de jeunes, par profession, etc.), font preuve de courage pour tenir haut le flambeau de la foi dans des milieux où la justice et la paix sont bafouées. Ils se montrent d’authentiques agents de réconciliation, en particulier grâce à l’action catholique et aux associations apostoliques ou spirituelles de fidèles.
116. Les catéchistes, ces hérauts de l’Évangile, continuent d’être de précieux animateurs des communautés chrétiennes.[57] Pour améliorer leur contribution, il convient de leur donner une solide formation scripturaire et doctrinale, et une juste rémunération pour qu’ils puissent prendre dignement soin de leur famille et assurer la scolarité de leurs enfants.
117. Le témoignage de nombreuses chrétiennes dans des situations de conflits confirme bien que le génie féminin assumé dans l’Esprit du Christ est générateur d’une culture de paix et non de violence, de vie et non de mort, d’humanité et non de barbarie. Le rôle des femmes serait plus efficace si l’Église-Famille leur confiait une mission plus visible ou les impliquait de manière plus franche, car elles humaniseraient bien davantage les sociétés africaines.
118. Les hommes, dans leurs rôles d’époux, de pères ou de chefs de famille, doivent travailler à maintenir l’unité en famille, en favorisant la paix, des relations justes, des rapports harmonieux avec d’autres familles dans les Communautés Ecclésiales Vivantes, et en se faisant artisans de réconciliation, de justice et de paix dans les différentes associations et mouvements de fidèles laïcs dont ils sont membres.
2. Structures et institutions ecclésiales
119. En plus de l’exemple de nos vies, les institutions doivent porter les marques de l’esprit évangélique dont le fruit est énoncé par Saint Paul: « charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5, 22-23).
Les Conférences épiscopales
120. Les lettres pastorales des Conférences épiscopales, contre tout ce qui opprime les hommes et femmes dans la société, donnent le témoignage d’une l’Église-Famille soucieuse de l’unité. Leur soutien aux Commissions Justice et Paix et aux autres institutions ecclésiales travaillant dans les domaines de la justice, de la paix et de la réconciliation, est très précieux ; leur attention pastorale aux fidèles laïcs engagés dans les services publics et privés, et aux différents corps de métier par la présence des aumôniers signale fortement que les « joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et [qu’]il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur ».[58]
Le Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et Madagascar
121. La visite d’évêques ou de chrétiens catholiques d’autres continents pour des échanges d’expérience sur la paix, pour un partenariat et soutien ecclésiaux aussi bien technique que financier affermit l’élan des Églises particulières et envoie à tous les chrétiens un message de solidarité positive de l’Église universelle. À titre d’exemple, on citera les relations du Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et Madagascar (S.C.E.A.M.) avec les Conférences épiscopales d’Asie et d’Europe, qu’il faut encourager ; à l’échelle des Conférences épiscopales nationales et régionales, de telles rencontres existent.
122. Un développement du partenariat des laïcs entre les Églises des différents continents favoriserait l’échange d’experts dans les différents domaines touchant à la paix et à la justice, et ils pourraient collaborer au sein des instances internationales pour la cause de la justice et de la paix au nom de leur foi commune en Jésus, le Prince de la Paix.
Les Commissions Justice et Paix
123. À tous les niveaux de l’organisation de nos Églises particulières, les Commissions Justice et Paix ont travaillé à éveiller et former les consciencesdes fidèles pour que ceux-ci deviennent sel du monde et lumière de la terre. Elles ont formé au respect des droits du citoyen et à la lutte contre l’impunité, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, le traitement indigne des prisonniers, etc. En période électorale, des Commissions Justice et Paix ont proposé des programmes d’éducation civique et électorale. Certaines déficiences dans la société comme dans l’Église ont été rectifiées grâce à leurs interventions. Dans les Églises particulières qui n’ont pas de Commissions Justice et Paix, la Caritas et d’autres institutions assurent les mêmes tâches.
124. Quant à l’action, elles se sont montrées actives dans l’accompagnement des victimes de toutes sortes de violences, surtout les femmes et les enfants, dans leur quête de justice. Dans certains pays, elles ont participé à l’observation des élections.
125. Certaines réponses aux Lineamenta considèrent que la Commission Justice et Paix répondrait davantage et de manière plus efficace à sa mission, si elle était mieux comprise. Car, disent-elles, elle est souvent perçue comme un instrument servant à encourager les laïcs à lutter pour la justice et non comme un véritable outil d’évangélisation, par son action pour la réconciliation, la justice et la paix. Comment aider à une meilleure compréhension des Commissions Justice et Paix ?
Les grands séminaires et maisons de formation religieuse
126. Un plus grand discernement dans le choix et la formation solide des futurs prêtres[59]et des personnes consacrées s’impose si les serviteurs de l’Église-Famille doivent être des guides et des modèles des communautés chrétiennes, des artisans de paix, des réconciliateurs et des hommes justes. Il convient en outre que leur formation prenne en considération les défis de la vie réelle des communautés chrétiennes où différentes ethnies, tribus, races et origines sociales sont appelées à vivre unies par la même foi au Christ. Pour ce faire, l’implication des laïcs, hommes et femmes, dans la formation des futurs prêtres contribuerait à les rendre mûrs et équilibrés.
127. La formation de femmes consacrées capables d’être des collaboratrices à part entière dans la vigne du Seigneur requiert que leur programme de formation soit revu de sorte que les disciplines philosophique et théologique y figurent officiellement. La valeur et l’efficacité de l’enseignement de l’Église sur la relation à la femme s’exprime par la place qu’occupent les femmes consacrées dans la collaboration pastorale.
Les programmes de formation
128. Les Églises particulières ont répondu aux défis sociaux par la proposition de programmes de formation à la lumière de l’enseignement social de l’Église,[60] visant à promouvoir une société plus juste, plus fraternelle et plus prospère. La formation dans des domaines tels que le droit, les coutumes, la paix et le développement, l’éducation civique et électorale, la réconciliation et la bonne gouvernance, l’alphabétisation, la prévention sanitaire et la conduite de vie (dans le cas du VIH/Sida par exemple) et bien d’autres encore, a eu pour visée de préparer les fils et filles de nos pays à devenir des acteurs à part entière, responsables dans la gestion des affaires publiques. Le besoin se fait également sentir d’associer les agents pastoraux à de tels programmes pour qu’ils participent de manière plus efficace à édifier une culture de réconciliation, de justice et de paix.
129. On y apprend à assainir le tissu des relations sociales par un processus de réconciliation en profondeur (gestion des conflits), avec un accent particulier mis sur la justice, condition d’une paix véritable. Les citoyens, aussi bien chrétiens que non chrétiens, apprennent à participer aux décisions, que prennent les dirigeants, qui affecteront leur vie, à contrôler le travail des élus et à participer à la gestion des richesses de leur pays. Par-dessus tout, on apporte un soin particulier à former la conscience, surtout celle de la jeunesse, car c’est avec elle que se joue l’avenir de nos sociétés.
130. Certaines difficultés se manifestent dans la diffusion des programmes et le suivi jusqu’à la base. L’implication des structures diocésaines, paroissiales et des Communautés Ecclésiales Vivantes ne serait-elle pas une voie possible ?
Les institutions de santé
131. Des personnes qualifiées et compétentes choisies sur cette base seront de véritables serviteurs de la paix du cœur et du corps, et capables de relever les défis actuels. Le service de qualité qu’on y trouve, ouvert à tous, sans distinction de race, tribu, ethnie ou religion, contribue à faire de l’Église catholique un artisan de paix dans nos pays.
132. Avec une bonne planification du renouvellement du personnel et de la maintenance du matériel, la mise en place de structure pour soins spécialisés avec la possibilité de suivi médical rigoureux, les institutions ecclésiales de santé pourront contribuer à l’édification d’une société qui respecte la dignité humaine, depuis le premier moment de la vie jusqu’à son terme naturel : « Comment ne pas se préoccuper des attentats continuels contre la vie, depuis sa conception jusqu’à la mort naturelle ? » demandait le Saint-Père Benoît XVI, stupéfait de voir que dans des régions comme l’Afrique, où la culture du respect de la vie est traditionnel, on tente de banaliser l’avortement par le Protocole de Maputo.[61]
Les institutions éducatives
133. L’implication de l’Église dans le système éducatif est un acte évangélique majeur pour sauver tout l’homme, afin de préparer pour demain une société saine, pacifique et responsable. Dans les régions ou pays où les institutions de l’Église ont été confisquées par l’État, des efforts sont faits pour leur rétrocession, afin de les remettre au service des populations.
134. Pour que les services éducatifs s’améliorent, il faut perfectionner les conditions de l’enseignant et sa compétence, offrir, en dialogue avec l’État, une formation scolaire à la portée de tous, inclure les parents dans l’encadrement des jeunes au moyen d’associations et de séminaires sur l’éducation, proposer un programme d’éducation intégrale (intellectuelle, morale, spirituelle, humaine et professionnelle), encourager le mentorat et les échanges de programmes, reconnaître les mérites et prendre des initiatives d’autofinancement. Ce sont là des voies importantes pour un avenir de paix et de bien-être.
Les universités
135. Les universités doivent répondre à leur vocation d’universitas en montrant l’exemple d’intégration de l’unité dans la diversité (unitas in diversis), dans un travail de recherche académique de niveau très élevé, où les sciences sont en dialogue avec la Parole de Dieu, source de paix authentique pour les esprits épris de vérité : vérité de l’homme (individu et société), vérité de Dieu. C’est en étant fidèles à leur identité catholique, aidées par un programme d’introduction à la théologie catholique pour tous les étudiants par exemple, que les universités catholiques se révèleront promotrices d’une authentique ouverture à l’universel, antidote contre les replis identitaires.
136. Les réponses effectives ou potentielles de nos universités et institutions académiques aux défis de la réconciliation, de la justice et de la paix sont l’enseignement des droits fondamentaux de la personne humaine, l’introduction d’un public plus large de gens simples à l’esprit des lois de leur pays, la proposition de conférences-débats sur les questions de corruption, de pauvreté et d’injustices, et la production d’études sérieuses sur la culture de la justice et de la paix en milieu urbain et rural, pour ensuite les transformer.
3. Les fidèles chrétiens dans la société
137. L’Église agit dans la société comme communauté et à travers ses membres, notamment les fidèles laïcs. La confiance acquise par l’Église dans la société est le fruit de l’action de l’Esprit Saint qui anime la foi des chrétiens au Christ et soutient leur engagement. À l’exemple de la sainte famille de Nazareth, une famille chrétienne[62]qui vit selon les valeurs familiales d’amour et de fraternité, de compassion et de miséricorde, d’ouverture aux autres familles (cf. Lc 2, 44) et dont la sécurité économique est suffisante, devient un foyer de sérénité, de paix et d’harmonie contagieuse. Puisque la famille est la cellule de la société, il faudra promouvoir de telles familles en nombre tel qu’elles aient un grand impact dans la société et dans l’Église. Cette foi est vécue dans la manière désintéressée d’acheminer l’aide aux pauvres, aux laissés-pour-compte, aux faibles, de participer activement dans la résolution des problèmes sociaux et de rechercher avec détermination l’unité. C’est cependant par les laïcs, messagers à part entière de l’Évangile, que l’Église assure sa présence effective au cœur des institutions séculières.
En politique
138. Les lumières du monde selon l’esprit de l’Évangile sont ceux et celles qui se sont engagés avec abnégation et courage, esprit de service et souci du bien commun, dans le respect des droits humains, et qui luttent contre la dictature, la corruption, pour une gestion saine et honnête de toutes les ressources naturelles et humaines, se sacrifiant pour construire et consolider la démocratie afin que le droit règne dans l’État. Grâce à ces hommes et ces femmes qui donnent de la crédibilité à l’action politique, le témoignage chrétien forgera une culture de vie, de paix et de justice dans nos sociétés africaines. Une plus grande présence en position de leadership de chrétiens et chrétiennes, témoins des valeurs de crédibilité, de responsabilité, de justice, de probité, etc., donnera une autre saveur à la politique africaine.
Dans l’armée
139. Des hommes et des femmes engagés dans les forces armées ont vu dans leurs rangs des compagnons d’armes, membres de l’Église, témoigner d’un patriotisme exemplaire par le respect de la déontologie militaire, des biens et des personnes, assurer la sécurité des plus faibles en période de conflit et même de guerre, et se montrer prêts en tout temps à la défense de l’intégrité territoriale de leur pays. Ce sont là des valeurs que devrait incarner tout chrétien enrôlé dans l’armée en Afrique, pour que celle-ci soit un instrument de justice et de paix. De tels chrétiens avisés et avertis des dangers des armes doivent lever la voix contre la vente des armes en zones de conflit, réclamer la force de la Loi et non celle des armes, s’opposer à l’enrôlement des enfants dans l’armée et obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (cf. Ac 5, 29).
Dans l’économie
140. Doit être encouragé et soutenu l’exemple de nombreux chrétiens et chrétiennes qui, au nom de leur foi, créent des entreprises ou gèrent celles publiques de manière efficace et édifiante : ils vivent de leur travail, produisent des richesses, paient les impôts et toutes les taxes pour le Trésor de l’État, donnent de justes salaires, luttent contre le gaspillage des ressources naturelles, règlementent les mécanismes d’import/export, etc. Ces forces de vie doivent croître davantage car ce sont elles qui, par leur capacité transformatrice, endigueront la misère et la pauvreté. Par ailleurs, ces chrétiens et chrétiennes modèles doivent devenir des médiateurs entre les populations impuissantes et les structures internationales du commerce (l’Organisation Mondiale du Commerce, par exemple), les financiers capables d’octroyer des crédits, etc., pour améliorer la condition de travail des plus faibles : protéger leur production, faciliter l’écoulement de leurs produits à des prix justes.
Dans l’éducation
141. Les jeunes catholiques[63]dans certaines régions se font propagateurs des valeurs évangéliques. Ils transmettent ce qu’ils ont eux-mêmes reçu comme éducation chrétienne à la vie et à l’amour. Il incombe dès lors à tous les adultes chrétiens la tâche de transmettre à la jeunesse les valeurs du disciple du Christ pour qu’à leur tour ils deviennent sel et lumière. Cela se fera de manière plus efficace s’ils entrent en contact avec des leaders authentiques qui incarnent les valeurs qui leur sont enseignées, par exemple l’effort et l’assiduité dans le travail, et dont l’exemple se donne comme une parole véritablement performative.
Dans la santé
142. Dans leur formation, les agents de la santé s’engagent par le serment d’Hippocrate à la protection de la vie. Des chrétiens et chrétiennes de ce corps médical en Afrique ont donné le ton avec compétence, courage et parfois héroïsme dans la protection de la vie commençante (refusant l’avortement) et finissante (refusant l’euthanasie), dans l’assistance dévouée aux victimes du VIH/Sida, etc. De tels exemples sont à faire connaître et à proposer en modèle. Il conviendrait en outre que des infrastructures de santé, promotrices de cet esprit évangélique, ouvrent aux plus démunis l’accès à des soins médicaux. Si les fidèles du corps de la santé aident à améliorer l’hygiène et la santé des franges les plus délaissées de la société, ils réduiront les foyers de révolte et d’agressivité qui gangrènent le corps social et compromettent la paix.
Dans les milieux de la culture
143. À l’heure où la mondialisation tend à véhiculer davantage la domination d’un unique modèle culturel et la négation de la vie, mettre en relief les valeurs des cultures africaines comme richesse de la création et les purifier de tout ce qui aliène et avilit contribueraient à l’avènement, en Afrique, de sociétés réconciliées avec elles-mêmes, pacifiques et heureuses de vivre ensemble plutôt que conflictuelles et haineuses.
Dans les médias
144. Les médias et les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont le nouvel aréopage de notre siècle. Parce qu’ils favorisent la rencontre des peuples et des cultures, et qu’ils ouvrent au monde, les média sont un espace efficace de formation des consciences et de sensibilisation, et l’effort des fidèles soucieux d’y annoncer les valeurs évangéliques de paix, de miséricorde, d’amour et d’unité est louable. Ils sont à encourager afin qu’à leur exemple un nombre plus grand de catholiques propagent dans nos sociétés africaines, par ces moyens, des informations justes, crédibles et constructives, et des messages de joie, d’amitié, d’amour fraternel.
Dans les organismes internationaux
145. Adopter l’option préférentielle pour les pauvres – car refuser d’être pauvre est la revendication d’un droit humain fondamental, fondé sur la destination universelle des biens de la terre –,[64] lutter pour la réduction de la dette des pays pauvres et transcender les barrières de toutes sortes (race, tribu, région, nation, idéologie) au nom de la commune humanité et de la dignité des fils et filles de Dieu sont une tâche que des chrétiens se sont assignée à l’intérieur des Organisations internationales. C’est là un effort qui contribue à bâtir une Afrique de paix et de vie. On ferait davantage en informant les populations sur le rôle et la fonction des institutions internationales, en obtenant que de nombreux fidèles s’engagent dans ces instances pour que soit brisé le joug de la dette des pays pauvres.
Conclusion
146. La Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques est un moment important pour l’Église-Famille de Dieu en Afrique. Elle est un kairos (cf. Mc 1, 15). Comme disait l’Apôtre Paul aux Corinthiens, « Voici maintenant le moment favorable. Voici maintenant le jour du salut » (2 Co 6, 2). Ce temps est favorable à une réconciliation de chacun avec Dieu et avec les autres, une réconciliation génératrice de justice et de paix. À la manière de Jésus lui-même par la croix, tous les disciples du Christ en Afrique – qui ont accueilli « la Parole en pleine détresse, dans la joie de l’Esprit Saint » (1 Th 1, 6) – doivent « en leur chair détruire le mur de la séparation : la haine » (Ep 2, 14). En effet, « la détresse produit la persévérance, la persévérance la fidélité éprouvée, la fidélité éprouvée l'espérance […] car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 3-5). C’est lui qui guide « nos pas dans le chemin de la paix » (Lc 1, 79) et nous confie le « ministère de la réconciliation » (2 Co 5, 18).
147. Le besoin de réconciliation dans l’aujourd’hui du continent est plus que jamais urgent. La réconciliation, dont l’Afrique a soif pour que se régénère la famille humaine, s’obtient par une justice plus qu’humaine, une paix plus profonde que l’absence de guerres, et que le silence des armes. Avec le Saint-Père Benoît XVI, les fidèles sont invités à implorer l’Esprit Saint qui nous a réconciliés dans le Fils et qui travaille au cœur des hommes. « L’Esprit est aussi la force qui transforme le cœur de la Communauté ecclésiale afin qu’elle soit, dans le monde, témoin de l’amour du Père qui veut faire de l’humanité, dans son Fils, une unique famille ».[65] Convaincus qu’« au sein de notre humanité encore désunie et déchirée, nous savons et nous proclamons que [Dieu est] à l’origine de tout effort vers la paix », que les hommes offrent leurs souffrances et œuvrent pour que « des peuples qui s’opposaient acceptent de faire ensemble une partie du chemin »[66] (cf. 2 Co 5, 18). Car la civilisation de l’amour est une tâche dont nul ne doit se lasser.
148. L’Église-Famille de Dieu en Afrique, fidèle à sa vocation d’annoncer l’Évangile, la Bonne Nouvelle, veut demeurer toujours plus disponible pour la mission ad intra, dans le continent même, et ad extra, vers les Églises particulières des autres continents qui la sollicitent.[67] À cette disponibilité pour être « témoins […] jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8), les chrétiens et les communautés ecclésiales du continent veulent ouvrir leur cœur également aux immigrés venants d’autres pays et continents. Cette dynamique évangélique renforcera le service de l’Église-Famille de Dieu envers la réconciliation, la justice et la paix.
149. Avec Marie, demeurons disponibles à l’action de l’Esprit Saint pour qu’il renouvelle, en nous et à travers nous, la face de la terre :
Sainte Marie,
Mère de Dieu, Protectrice de l’Afrique
Tu as donné au monde la vraie Lumière, Jésus-Christ.
Par ton obéissance au Père et par la grâce de l’Esprit Saint
Tu nous as donné la source de notre réconciliation et de notre justice,
Jésus-Christ, notre paix et notre joie.
Mère de tendresse et de sagesse,
Montre-nous Jésus, ton Fils et Fils de Dieu,
Soutiens notre chemin de conversion
Afin que Jésus fasse briller sur nous sa Gloire
Dans tous les lieux de notre vie personnelle, familiale et sociale.
Mère, pleine de Miséricorde et de Justice,
Par ta docilité à l’Esprit Consolateur,
Obtiens pour nous la grâce d’être les témoins du Seigneur Ressuscité,
Pour que nous devenions toujours plus
Le sel de la terre et la lumière du monde.
Mère du Perpétuel Secours,
À ton intercession maternelle nous confions
La préparation et les fruits du Deuxième Synode pour l’Afrique.
Reine de la Paix, prie pour nous !
Notre-Dame d’Afrique, prie pour nous !
[1] Cf. S. Cyprien de Carthage, De Catholicae Ecclesiae unitate : SC 500, Éditions du Cerf, Paris 2006.
[2] Les appellations varient mais la réalité est identique : Communauté Ecclésiale Vivante (CEV) ; Communauté Chrétienne de Base (CCB).
[3] Cf. Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, Lineamenta, Avant-propos de S.Ex. Mgr Nikola Eterović, Cité du Vatican 2006, p. IV.
[4] Cf. Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Post-synodale Reconciliatio et paenitentia (02.12.1984), 2 : AAS 77 (1985) 186-188.
[5] Cf. Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Africa (14.09.1995), 113-114; 120 : AAS 88 (1996) 66-68 ; 71.
[6] Cf. Benoît XVI, Angelus (22.02.2009) : L’Osservatore Romano, E.H.L.F., 3071 (24.02.2009) 1; S. Ignace d’Antioche, ad Romanos, Préf.: Funk F., Opera Patrum Apostolicorum, vol. I, Tubingae 1897, p.124 ; Concile Œcuménique Vatican II, Lumen gentium, 13.
[7] Cf. idem, 105-139 et passim : AAS 88 (1996) 63-80.
[8] Cf. idem, 108 : AAS 88 (1996) 65.
[9] Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, Lineamenta,1, Cité du Vatican 2006, p. 1.
[10] Cf. Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Africa (14.09.1995), 70 : AAS 88 (1996) 45.
[11] Cf. idem, 106: AAS 88 (1996) 64.
[12] Cf. idem, 58 : AAS 88 (1996) 37.
[13] Cf. idem, 89 : AAS 88 (1996) 56.
[14] Cf. AMECEA-IMBISA, Message The Role of the Church in Development in the Light of the African Synod (20.08.1995), §6.
[15] Cf. Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Africa (14.09.1995), 80 : AAS 88 (1996) 52.
[16] Cf. idem, 115 : AAS 88 (1996) 68-69.
[17] Cf. idem,, 17; 70 : AAS 88 (1996) 13 ; 45.
[18] Cf. idem, 68 : AAS 88 (1996) 42-44.
[19] Cf. idem, 106 : AAS 88 (1996) 64.
[20] Cf. idem, 71; 124 : AAS 88 (1996) 46; 72-73.
[21] Cf. idem, 109 : AAS 88 (1996) 65.
[22] Cf. idem, 116 : AAS 88 (1996) 69.
[23] Cf. idem, 104 : AAS 88 (1996) 63.
[24] Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et Madagascar (SCEAM-SECAM), Actes de la 7ème Assemblée Plénière (Kinshasa 1984), 167.
[25] Cf. Conseil Pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, Instruction Erga migrantes caritas Christi (03.05.2004), 10 : AAS 96 (2004) 767-768.
[26] Cf. Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, Lineamenta, 20, Cité du Vatican 2006, p. 13-14.
[27] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Gaudium et spes, 78 ; Conseil Pontifical « Justice et Paix », Compendium de la doctrine sociale de l’Église, 134.
[28] Paul VI, Message pour la journée mondiale de la Paix « Si tu veux la paix, agis pour la Justice » (08.12.1971) : AAS 63 (1971) 868.
[29] Cf. Jean-Paul II, Message pour la journée mondiale de la Paix « Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon » (08.12.2001) : AAS 94 (2002) 132-140.
[30]Benoît XVI, Message aux évêques du Mali en visite Ad limina (18.05.2007) : L’Osservatore Romano, E.H.L.F., 2984 (29.05.2007) 3.
[31] Cf. Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Africa (14.09.1995), 113 : AAS 88 (1996) 66-67.
[32] Paul VI, Lettre Apostolique Octogesima adveniens (14.05.1971), 17: AAS 63 (1971) 414.
[33]Benoît XV
Publié le 19/03/2009 à 12:00 par auto23652
Visite du pape Benoît XVI au centre national de réhabilitation des handicapés de Yaoundé.
"
La diaconie des malades est une priorité de l’église catholique », dira à son tour l’évêque de Ngaoundéré, en évoquant les 250 hôpitaux et centres de santé de l’Eglise catholique du Cameroun qui se dévouent pour les malades."
Discours de Benoît XVI
Messieurs les Cardinaux,
Madame le Ministre des Affaires Sociales,
Monsieur le Ministre de la Santé,
Chers frères dans l'Episcopat et cher Monseigneur Joseph Djida,
Monsieur le Directeur du Centre Cardinal Léger,
Cher personnel soignant, chers malades,
J'ai vivement souhaité passer ces moments avec vous et je suis heureux de pouvoir vous saluer chers frères et sœurs qui portez le poids de la maladie et de la souffrance. Dans cette douleur, vous n'êtes pas seuls, car le Christ lui-même est solidaire de tous ceux qui souffrent. Il révèle aux malades et aux infirmes la place qu'ils ont dans le cœur de Dieu et dans la société. L'évangéliste Marc nous donne en exemple la guérison de la belle-mère de Pierre : « Sans plus attendre, on parle à Jésus de la malade, est-il écrit. Jésus s'approcha d'elle, la prit par la main, et la fit lever » (Mc 1, 30-31). Dans ce passage de l'Évangile, nous voyons Jésus vivre une journée auprès des malades pour les soulager. Il nous montre ainsi, par des gestes concrets, sa tendresse et sa bienveillance fraternelles pour tous ceux qui ont le cœur brisé et le corps blessé.
Depuis ce Centre qui porte le nom du Cardinal Paul-Émile Léger, fils du Canada, qui était venu chez vous pour soulager les corps et les âmes, je n'oublie pas ceux qui, chez eux, dans les hôpitaux, dans des établissements spécialisés ou des dispensaires, sont porteurs d'un handicap, qu'il soit moteur ou mental, ni ceux qui portent dans leur chair la trace de violences et de guerres. Je pense aussi à tous les malades et, spécialement ici, en Afrique, à ceux qui sont victimes de maladies comme le sida, le paludisme et la tuberculose. Je sais combien chez vous l'Église catholique est fortement engagée dans une lutte efficace contre ces terribles fléaux, je l'encourage à poursuivre avec détermination cette œuvre si urgente. À vous qui êtes éprouvés par la maladie et la souffrance, à toutes vos familles, je souhaite apporter de la part du Seigneur un peu de réconfort, vous redire mon soutien, et vous inviter à vous tourner vers le Christ et vers Marie qu'il nous a donnée pour Mère. Elle a connu la douleur, et elle a suivi son Fils sur le chemin du Calvaire, en conservant dans son cœur l'amour même que Jésus est venu apporter à tous les hommes.
Devant la souffrance, la maladie et la mort, l'homme est tenté de crier sous l'effet de la douleur, comme le fit Job, dont le nom signifie ‘ souffrant ' (cf. Grégoire le Grand, Moralia in Job, I, 1, 15). Jésus lui-même a crié, peu avant de mourir (cf. Mc 15, 37 ; He 5, 7). Quand notre condition se dégrade, l'angoisse augmente ; certains sont tentés de douter de la présence de Dieu dans leur existence. Job, au contraire, est conscient de la présence de Dieu dans sa vie ; son cri ne se fait pas révolte, mais, du plus profond de son malheur, il fait monter sa confiance (cf. Job 19 ; 42, 2-6). Ses amis, comme chacun de nous face à la souffrance d'un être cher, s'efforcent de le consoler, mais ils emploient des mots creux et vides.
Face aux tourments, nous nous sentons démunis et nous ne trouvons pas les mots justes. Devant un frère ou une sœur plongé dans le mystère de la Croix, le silence respectueux et compatissant, notre présence habitée par la prière, un geste de tendresse et de réconfort, un regard, un sourire, en font plus parfois que bien des discours. Cette expérience a été vécue par un petit groupe d'hommes et de femmes, dont la Vierge Marie et l'Apôtre Jean, qui ont suivi Jésus au cœur de sa souffrance lors de sa passion et de sa mort sur la Croix. Parmi eux, nous rapporte l'Évangile, se trouvait un Africain, Simon de Cyrène. Il fut chargé d'aider Jésus à porter sa Croix sur le chemin du Golgotha. Cet homme, bien involontairement, est venu en aide à l'Homme des douleurs, abandonné par tous les siens et livré à une violence aveugle. L'histoire rapporte donc qu'un Africain, un fils de votre continent, a participé, au prix de sa propre souffrance, à la peine infinie de Celui qui rachetait tous les hommes, y compris ses bourreaux. Simon de Cyrène ne pouvait pas savoir qu'il avait son Sauveur devant les yeux. Il a été « réquisitionné » pour l'aider (cf. Mc 15, 21) ; il a été contraint, forcé à le faire. Il est difficile d'accepter de porter la croix d'un autre. Ce n'est qu'après la résurrection qu'il a pu comprendre ce qu'il avait fait. Ainsi en va-t-il de chacun de nous, frères et sœurs : au cœur de la détresse, de la révolte, le Christ nous propose sa présence aimante même si nous avons du mal à comprendre qu'Il est à nos côtés. Seule la victoire finale du Seigneur nous dévoilera le sens définitif de nos épreuves.
Ne peut-on pas dire que tout Africain est en quelque sorte membre de la famille de Simon de Cyrène ? Tout Africain et tout homme qui souffrent, aident le Christ à porter sa Croix et montent avec lui au Golgotha pour ressusciter un jour avec lui. En voyant l'infamie dont Jésus est l'objet, en contemplant son visage sur la Croix, et en reconnaissant l'atrocité de sa douleur, nous pouvons entrevoir, par la foi, le visage rayonnant du Ressuscité qui nous dit que la souffrance et la maladie n'auront pas le dernier mot dans nos vies humaines. Je prie, chers frères et sœurs, pour que vous sachiez vous reconnaître dans ce ‘Simon de Cyrène'. Je prie, chers frères et sœurs malades, pour que beaucoup de ‘Simon de Cyrène' viennent aussi à votre chevet.
Depuis la résurrection et jusqu'à nos jours, nombreux sont les témoins qui se sont tournés, avec foi et espérance, vers le Sauveur des hommes, en reconnaissant sa présence au cœur de leur épreuve. Le Père de toutes les miséricordes accueille toujours avec bienveillance la prière de celui qui se tourne vers Lui. Il répond à notre appel et à notre prière, comme Il le veut et quand Il veut, pour notre bien et non pas suivant nos désirs. A nous de discerner sa réponse et d'accueillir les dons qu'Il nous offre comme une grâce. Fixons notre regard sur le Crucifié, avec foi et courage, car de Lui nous viennent la Vie, le réconfort, les guérisons. Sachons regarder Celui qui veut notre bien et sait essuyer les larmes de nos yeux. Sachons nous abandonner dans ses bras, comme un petit enfant dans les bras de sa mère !
Les saints nous en ont donné un bel exemple par leur vie entièrement remise à Dieu, notre Père. Sainte Thérèse d'Avila, qui avait placé son monastère sous le patronage de saint Joseph, a été guérie d'une souffrance le jour même de sa fête. Elle disait qu'elle ne l'avait jamais prié en vain et le recommandait à tous ceux qui prétendaient ne pas savoir prier : « Je ne comprends pas, écrivait-elle, comment on peut penser à la Reine des anges et à tout ce qu'elle essuya de tribulations, durant le bas âge du divin Enfant Jésus, sans remercier saint Joseph du dévouement si parfait avec lequel il vint au secours de l'un et de l'autre. Que celui qui ne trouve personne pour lui enseigner l'oraison choisisse cet admirable saint pour maître, il n'aura pas à craindre de s'égarer sous sa conduite » (Vie, 6). D'intercesseur pour la santé du corps, la sainte voyait en saint Joseph un intercesseur pour la santé de l'âme, un maître d'oraison et de prière.
Choisissons-le, nous aussi, comme maître de prière ! Non seulement nous qui sommes en bonne santé, mais vous aussi, chers malades, et toutes les familles. Je pense tout particulièrement à vous qui faites partie du personnel hospitalier, et à tous ceux qui travaillent dans le monde de la santé. En accompagnant ceux qui souffrent, par votre attention et par les soins que vous leur accordez, vous accomplissez un acte de charité et d'amour que Dieu reconnaît : « J'étais malade, et vous m'avez visité » (Mt 25, 36). À vous, chercheurs et médecins, il revient de mettre en œuvre tout ce qui est légitime pour soulager la douleur ; il vous appartient en premier lieu de protéger la vie humaine, en étant les défenseurs de la vie, depuis sa conception jusqu'à son terme naturel. Pour tout homme, le respect de la vie est un droit et en même temps un devoir, car toute vie est un don de Dieu. Je veux, avec vous, rendre grâce au Seigneur pour tous ceux qui, d'une façon ou d'une autre, œuvrent au service des personnes qui souffrent. J'encourage les prêtres et les visiteurs de malades à s'engager par leur présence active et amicale au sein d'une aumônerie dans les hôpitaux ou à assurer une présence ecclésiale à domicile, pour le réconfort et le soutien spirituel des malades. Conformément à sa promesse, Dieu vous donnera le juste salaire et vous récompensera au ciel.
Avant de vous saluer plus personnellement, puis de vous quitter, je veux assurer chacun de vous de ma proximité affectueuse et de ma prière. Je souhaite aussi vous exprimer mon désir qu'aucun de vous ne se sente jamais seul. C'est en effet à tout homme, créé à l'image du Christ, qu'il revient de se faire proche de son prochain. Je vous confie tous et toutes à l'intercession de la Vierge Marie, notre Mère, et à celle de saint Joseph. Que Dieu nous accorde d'être les uns pour les autres, des porteurs de la miséricorde, de la tendresse et de l'amour de notre Dieu et qu'Il vous bénisse !
Benoît XVI
Sources : www.vatican.va