Babel et la Langue Primordiale
Revenons sur le sens symbolique profond de Babel, de la Langue Primordiale symbolique, de la chute dans les langues vernaculaires, et aussi sur un des sens profond de la Pentecôte, celui du don de l'Esprit, c'est à dire celui de la compréhension au-delà des mots du langage parlé ou formulé..
Le latin n'est pas non plus la "langue primordiale", même s'il en est symboliquement plus proche, parce que antérieur aux langues vernaculaires... Une langue parlée tombe dans le profane, c'est à dire comme le dit l'étymologie, dans le domaine de l'usage quotidien. Au contraire le latin, langue qui n'est plus utilisée au quotidien, est sacré, conformément à l'étymologie du mot sacré qui vient de sacer, qui signifie séparé, à part. Toutes les religions ont la même démarche, sans pour cela expliquer l'inconscient collectif qui les détermine. Tout se passe comme si les langues vernaculaires étaient en train de chuter dans le matérialisme, comme s'est le cas pour le français et encore plus pour l'anglais. Il devient donc impossible d'exprimer convenablement la spiritualité dans les langues modernes qui n'ont plus étymologiquement les mots pour le dire. On ne peut que traduire de façon plus ou moins satisfaisante ce que le latin dit de façon admirable. Le passage de la Tour de Babel a une dimension universelle, une profondeur et une actualité qui méritent d'être notées.
Qu'est-ce qui gène dans le latin. Probablement un courant politique qui a parfaitement compris ce que je viens de dire, et qui manipule l'opinion, comme à l'accoutumé. En effet le latin exige un effort, ou une humilité qui ne sont plus de mise aujourd'hui. S'adresser à la Transcendance ou recevoir son Inspiration n'est pas une démarche facile, contrairement d'ailleurs aux canons que l'on a essayé de nous insuffler. Toute démarche à renfort de proximité, comme ce fut le cas ces quarante dernières années, n'est qu'un leurre destructeur, et de toute façon ne saurait constituer une méthode! Ancun courant spirituel n'était tombé dans cette ornière, c'est pourtant ce qui est advenu chez nous, chrétiens. On reconnait maintenant l'arbre à ses fruits.
Oui le latin, même s'il n'est pas la langue de Dieu, est plus proche de ce que l'on pourrait nommer la Langue Primordiale. Ceux qui disent le contraire, manquent de réflexion et d'analyse ou pêchent par un angélisme qui n'est plus de mise, surtout dans la nouvelle morale et le nouveau "parler" qui se sont mis en place et qui sont destinés à un consumérisme et à un hédonisme, contraire à toute spiritualité...
La vérité, dans le domaine de la spiritualité, constitue une recherche par delà les mots. Pourquoi donc se priver de la langue officielle de l'Eglise qui est effectivement plus véridique, dans sa construction, sa grammaire et son étymologie. C'est en perdant le sens et la musique des mots que l'on risque effectivement de rancir et de pourrir... C'est ce qui s'est passé lorsque l'on a abandonné le latin et le Grégorien, on a effectivement perdu le sens et la musique des mots...
Le latin symbolise un retour à l'effort, à la rigueur, à l'humilité et à la Hauteur du Symbole et des enjeux de la spiritualité.
"Je ne sais ni lire, ni écrire, je ne sais qu'épeler...", disent tous les courants spiritualistes, et parmis eux pas des moins connus (...), comment pourrait-on reprocher, de bonne foi, à l'Eglise de l'avoir dit avant tout le monde!
François de Mendizabal
La messe Tridentine : Recueillement et grégorien.
Le retour du rite Tridentin n'est pas seulement le retour du latin. En effet le rite tridentin est « Théo centré », c'est-à-dire que la Transcendance est au centre du rite. La messe, selon moi, doit être un « Théo morphisme ». C'est-à-dire que spirituellement elle doit tendre, dans sa forme, vers la Transcendance.
Pour répondre aux objections qui sont faites, il faut se rappeler que la messe est un acte théurgique, elle est une élévation spirituelle.
Trop de participation active pendant la messe nuit à la spiritualité. Le monde moderne ne conçoit rien sans mouvement, bruit et provocation. Au contraire, le rite tridentin utilise le latin et le chant centré sur la respiration, en pesant la signification des mots qui ne sont jamais très nombreux. La précision du latin et de sa construction linguistique en fait une langue adaptée a la réflexion spirituelle, au même titre d’ailleurs que l'hébreu ancien pour les israélites. L’aspect bien règlementé de la langue, est mis en valeur par l’esthétique du rite qui est en lui-même une œuvre d’art. Alors vous direz, mais personne ne comprend…
Il suffit de constater la dérive objective du français courant de ces dix dernières années, fortement influencé par le matérialisme ambiant, et les modes qui n’ont rien de spirituel, pour se rendre compte qu'il sera impossible très rapidement d'aborder toute transcendance en français. Le fait d’apprendre le français sans apprendre un minimum de latin est une erreur. Le français est issu du latin. Le latin doit donc être conservé, car il est le support d'une juste et exacte transmission dans les siècles. Latin et traduction littérale vernaculaire doivent cohabiter. Le Latin est la racine du français, la transcendance est la racine de l'Homme… On serait tenté de conseiller un peu d'humilité et moins de politique aux hommes d’église…
Quand on va à la messe il ne faut pas avoir peur de la « hauteur », car c’est quand on prend de la « hauteur » que l’on redescend avec justesse vers ce qui est « petit ». C’est pourquoi je parle de transcendance. Laissons les autres méthodes, au monde politique…
Il est important de ne pas utiliser durant la messe d'instrument de musique de la vie profane (usage courant),les orgues symbolisent le spirituel car elles sont un instrument à vent, (spirituel comme le latin l’indique a la même racine que respiration…), dans la négative on ne fait qu'alourdir la démarche qui consiste, je le rappelle, à s'élever, dans une démarche transcendante.
La séparation entre le monde profane et le monde sacré doit être visible, il nous faut un repère, car nous restons de chaire et d’os, même dans un acte théurgique ; l'élévation de l'esprit est à ce prix (spirale et spirituel ont la même racine latine, je me moque un peu de nos apprentis bouddhistes…).
Sacré dans un sens premier signifie séparé, à part. La mélodie doit avoir la lenteur des actes difficiles et toute mélodie rapide à l'image de la musique moderne est probablement nuisible.
Le grégorien bâti sur des siècles est donc le chant le plus approprié à la messe. Toutes les religions parlent de l’importance des sons dans la spiritualité, pourquoi l’église catholique se priverait-elle de sa longue tradition dans ce domaine ? Ce qui frappe dans une messe chantée en latin, c’est la façon dont les voyelles sont prononcées en longueur et en modulation. Finalement, les passages choisis sont souvent très courts et donc facilement mémorisables. Dans le chant, il est fait plutôt grand cas des aspirations et des expirations ce qui est depuis toujours le socle de la méditation. Nous n’avons plus la connaissance des anciens dans ce domaine. Il est donc impensable d’obtenir le même résultat dans une traduction française. je souligne encore que le texte étant très court, le fait qu’il soit en latin n’est pas un problème pour la compréhension et la traduction.
La messe de Vatican II regorge de lecture, de participation et de chant, supprimant ce qui devrait être central, l’arrêt sur l’image et la méditation. Le silence est la force de Dieu…D’autre vous diront mais le prêtre tourne le dos à l’assemblée. Certainement, mais il fait face à Dieu, en étant orienté ( littéralement tourné vers l'orient...) avec les fidèles vers Dieu, et cette présence de Dieu est symbolisé dans le tabernacle qui est devant lui. Il en est le plus proche car il est l’officiant. De temps en temps, il se tourne vers les participants, sollicitant la présence de l’esprit, dans cet acte collectif, dirigé vers Dieu et qui aura sont sommet à l’élévation. Sa principale tentative est la présence de Dieu ; La shékina comme dirait nos frères israélites.
La messe est un acte théurgique ce n’est pas une représentation profane. C’est un sacrifice et non pas à proprement une fête.
Les inculturations par compte posent problème, le fait qu’elles soient généralement le fruit de la meilleure intention, hélas ne les protègent pas de résultats discutables, malgré d’apparents succès. Elles ne sont souvent que des descentes dans les différents profanes culturels et un manque d'humilité. Le chant grégorien n’est pas un fruit profane de son époque, contrairement à ce que l'on voudrait nous faire croire ! Il est probable que la pédagogie des trente dernières années soit responsable des erreurs qui ont été commises.
La société a mis l'homme en son centre. Tout religieux sait, les dangers qui guettent une société ainsi construite, l'histoire sainte chrétienne comme les autres d'ailleurs, montrent les déboires de ceux qui se sont engagés dans cette voie. Une société centrée sur l'homme est en fait une société « égocentrée ». L'égo est l'ennemi de la transcendance.
La messe de Vatican II est tombée dans cet écueil. Elle est devenue dans son rite un « égo morphisme » c'est-à-dire un rite basé dans sa forme sur le moi et le monde extérieur, elle a mis l’homme profane au milieu, alors que l’homme qui pourrait symboliquement être au centre, est l’Homme Sacré, c'est à dire la parfaite image de Dieu. Il est vrai que tel n’était pas le but de Vatican II, qui était motivé par la meilleure intention, cependant il suffit de regarder autour de soi, les années passent, et notre culture devient de plus en plus individualiste. Ou est l’erreur ? Probablement un manque l’humilité…
Les innovations permanentes que nous avons vues apparaître à la messe sont les mêmes que celles qui ont envahi les écoles et les lycées. Mixité systématique et mal pensée, méthode interactive ne privilégiant jamais le silence, méthode inductive faisant appel sans arrêt au moi, construction du moi par l’activité et par le bas puisque par l’élève lui-même, tentative d'explication mécaniste de tout et même de ce qui ne relève pas de cet ordre. Ces méthodes déjà catastrophiques dans les sciences de l'apprentissage et parfois dans les sciences descriptives, se sont révélées carrément destructives dans la spiritualité. Les méthodes interactives déjà si difficiles à mettre en place dans un groupe d'enfants ou d'hommes, sont impossibles dans le rapport avec la Transcendance! Doit-on rappeler ici la place de l'humilité et de la maîtrise de soi dans la théologie chrétienne ?
Ce n'est pas le but de la messe d'être à la mode. Elle doit être un acte bien à part, ce qui est d'ailleurs la définition du mot sacré. Elle est un acte de foi et d'harmonie dans le sens de la montée dans l'octave, ce qui doit relativiser la démarche de tout rendre compréhensible ; et à cette condition, elle est à l'image de notre monde mystérieux et incompréhensible dans sa finalité, malgré les progrès de la science. Elle est une démarche spirituelle, « Théo centrée » et doit donc s'écarter de toute autre méthode dispersive et « ego centrée ». Le rite, le discours et les chants doivent être à l’image de la Transcendance, c'est à dire rituellement parfaitement ordonnés dans le seul objectif possible : l'Elévation. N'oublions pas que le premier commandement, ordonne d’abord d'adorer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, et en second, d'aimer son prochain comme soit même. Il ne s'agit donc pas d'inverser quoique se soit. Inverser ce premier commandement relève de l’erreur…Les disfonctionnements de notre société ne sont pas à chercher ailleurs.
Les langues et les rites évoluent par la paresse et l'ignorance. Que seront le Français et les autres langues vivantes dans cinquante ans ?
Beaucoup ignorent que les symboles, eux-aussi, évoluent par la paresse et par l'ignorance. On simplifie, et on traduit tant bien que mal, parce que l'on a oublié le symbole qui se cache dans le rituel. Sous la pression actuelle de déculturation, il est nécessaire de revenir au latin, à la Messe Tridentine, et à tout ses trésors de culture chrétienne que nous étions prêt à brader, pour une tentative de tout comprendre, à renfort de proximité et de dialogue qui paradoxalement ont abouti au contraire recherché. La divinité ne relève pas de cet ordre. Dans ce cas, nous perdons le sens profond du sacré de la Messe. Il est d’ailleurs à remarquer que les critiques les plus acharnées, viennent souvent de gens qui ne mettent jamais les pieds à l’église. Les adversaires de l’église sont subitement favorables au français…
Et finalement après vous avoir conseillé la visibilité et la proximité, ils vous diront qu’ils ne voient rien et ne ressentent aucune présence…
Et pour conclure, s’agissant d’art moderne, introduit intempestivement dans le domaine du sacré. Selon les spécialistes eux-mêmes, il y a une séparation, devenue définitive, entre esthétisme et art. Comment peut-on chercher l’harmonie, avec un art religieux, coupé de l’esthétisme ? En effet, l’art en se coupant de l’esthétisme, est devenu complètement profane, donc inapte au religieux. Le religieux peut regarder en arrière, il sait que la modernité, n’est effectivement que dans la forme ; l’essence ne change pas, le fond non plus. Etre religieux c’est aussi regarder et chercher dans la tradition des textes, forcément passés, des leçons pour affronter le présent. Pourquoi serait-il nécessaire de devoir, toujours, tout jeté? Est ce pour privilégier l'acte d'achat et inconsciemment obéir aux impératifs discutables de l'économie et du marketing. Peu de critiques sont faites, et une analyse fine de nos comportements inconscients, manipulés par les exigences de la production, devrait maintenant être conceptualisée.
Il s'agit du bien fondé de notre appréciation concernant, le neuf et l'ancien, le moderne et le démodé, le jeune et le vieux, le performant et le désuet. Vous allez me dire, mais tout ceci est conservateur. Je vous répondrais que conservateur n’est pas une critique en soit. On reconnaît l’arbre à ses fruits. En l’occurrence maintenant, il faut faire le point, et un arrêt sur l’image est nécessaire. La différence entre l’Eglise et le monde profane est là. Le monde politique et le monde économique ne peuvent pas faire d’arrêt sur l’image. Le monde de la parole s’est emballé, aimer son prochain ne veut plus rien dire, c’est du ressort du discours politique, qui n’engage plus à rien, et de la Sécurité Sociale. Il est temps de faire un retour sur soi, indispensable pour aimer son prochain comme soit même.
Il est temps de faire un arrêt sur l’image et sur le son, pour retrouver une ambiance recueillie ou du moins la méthodologie de ce recueillement. Rien de nouveau sous le soleil dit l’Ecclésiaste. Tous les fleuves se jettent dans la mer et la mer n’est jamais remplie !
N’oublions pas le nombre impressionnant de saints qui ont été formés au rite tridentin et au missel d’avant soixante deux… Là se trouve l’approche la plus chrétienne probablement dans le fond et dans la forme! Ce qui est dommage, c'est que nous soyons obligé de polémiquer.
François de Mendizabal
• L’année Grégorienne d’Yves Gire publié chez Dominique Martin Morin en 2000 est toujours disponible à Una Voce pour la somme de 28 € franco.