Morale chretienne
Posté le 21.07.2008 par auto23652
Les Vertus Théologales
Dans la religion chrétienne, les vertus théologales sont les vertus ayant Dieu pour objet (I Co 13,13). Elles adaptent les facultés de l’homme à la participation de la nature divine (cf. II P 1,4). Elles sont les conséquences de la grâce.
Elles disposent l'homme à vivre en relation avec Dieu. Au Ciel, seule la charité subsistera, sous la forme de la vision directe de Dieu.
Les vertus théologales sont au nombre de trois :
la foi ;
l'espérance ;
la charité, c'est-à-dire l'amour de Dieu et de son prochain pour l’amour de Dieu.
Ce groupe tire son origine d'un passage fameux de la Première Épître de saint Paul aux Corinthiens (I Co 13, 13) : « Maintenant donc, ces trois-là demeurent, la foi (pistis), l’espérance (helpis) et l’amour (ou : charité, agapè) mais l’amour est le plus grand. »
Ces vertus sont infusées par Dieu dans l’âme des fidèles pour les rendre capables d’agir comme ses enfants et de mériter la vie éternelle. Elles sont le gage de la présence et de l’action du Saint Esprit dans les facultés de l’être humain.
Les vertus humaines s'enracinent dans les vertus théologales, qui les rendent plus parfaites.
Les trois vertus théologales complètent le groupe de quatre vertus cardinales, humaines (prudence, tempérance, force et justice.) Leur ensemble est parfois appelé celui des sept vertus catholiques.
Le groupe des quatre vertus cardinales, qui reçoit ce nom au Moyen Âge, existe déjà chez les philosophes grecs, dans le judaïsme hellénisé et chez les Pères de l'Église.
Les vertus humaines s’enracinent dans les vertus théologales car celles-ci se réfèrent directement à Dieu. Elles disposent les chrétiens à vivre en relation avec la Sainte Trinité. Elles ont Dieu Un et Trine pour origine, pour motif et pour objet.
Dans les œuvres d'art du Moyen Âge, de la Renaissance et jusqu'au XIXe siècle, les vertus sont généralement représentées sous les traits de femmes reconnaissables à leurs attributs.
Leurs attributs respectifs sont par exemple :
pour la foi : livre (contenant la doctrine chrétienne), ostensoir (contenant l'hostie consacrée) ;
pour l'espérance : ancre (fermeté dans la tempête, même invisible) ;
pour la charité : bras ouverts, enfants accueillis ou nourris.
Les vertus peuvent être représentées par les symboles suivants : croix tréflée ou colombe pour la foi, ancre ou barque pour l'espérance, cœur enflammé pour la charité.
Selon Saint Paul :
La foi n'aura plus de raison d'être à la fin des temps, celle-ci n'étant plus nécessaire pour constater l'existence de Dieu qui se sera révélé.
L'espérance ne sera plus de mise, tout étant accompli et plus rien ne restant donc à espérer.
La seule des trois vertus théologales qui subsistera sera donc, explique-t-il, la charité - ou amour.
Les actes de foi, d'espérance et de charité
L'acte de foi est une prière dans laquelle le croyant affirme sa foi en Dieu et en l'Église qu'il a instituée comme servante de la Vérité. Cette prière s'oppose à la croyance en un Dieu trompeur, "mauvais génie" (tel que Descartes l'envisage dans la première de ses Méditation métaphysiques) et à l'idée selon laquelle la vérité serait subjective, voire multiple.
Le texte est le suivant :
Mon Dieu, je crois fermement en toutes les vérités que vous nous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Église, parce que vous ne pouvez ni vous tromper ni nous tromper.
L'Acte d'espérance est une prière par laquelle le croyant affirme son espérance dans le salut par le Christ, l'ésperance étant considéré par la théologie catholique comme l'une des trois vertus théologales.
Le texte est le suivant :
Mon Dieu, j'espère avec une ferme confiance, que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ, votre grâce en ce monde et, si j'observe vos commandements, le bonheur éternel dans l'autre, parce que vous l'avez promis et que vous êtes fidèle dans vos promesses.
L'acte de charité est une prière liée à l'une des trois vertus théologales, la charité, par laquelle le croyant affirme à la fois son amour pour Dieu, l'amour que ce dernier lui porte et l'amour qu'il porte aux autres.
Le texte est le suivant :
Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, et par dessus toutes choses, parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable, et j'aime mon prochain comme moi-même pour l'amour de vous.
http://www.discernement.com/GrandsThemes/TheologieMorale/VertusTheologales.htm
http://www.salve-regina.com/Morale/Vertus.html
http://frederic.simon1.free.fr/les_vertus.html
http://www.dici.org/thomatique_read.php?id=000021&ref=ef
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Posté le 09.07.2008 par auto23652
Maîtriser et vaincre le Dragon.
La Force, représentation du gisant de François II de Bretagne
La vertu de force
"O Dieu, qui savez qu'avec la faiblesse humaine dont nous sommes environnés, nous ne pouvons subsister au milieu de tant de périls auxquels nous nous trouvons continuellement exposés, donnez-nous la santé de l'âme et du corps, afin que nous surmontions par votre assistance les maux que nous souffrons pour nos péchés"
(Collecte du 4e dimanche après l'Epiphanie)
La force (en latin fortitudo), ou courage, est (avec la prudence, la tempérance et la justice) l'une des quatre vertus cardinales. La vertu de force, c’est-à-dire l’aptitude du sujet à s’affirmer tout en se dominant, a été discernée et célébrée par les Grecs et les Romains, puis adoptée et baptisée « cardinale » par les chrétiens des premiers âges.
Posséder la vertu de force, c'est surmonter la faiblesse humaine et surtout la peur. L'homme, de par sa nature, est enclin à craindre le danger, les malheurs, la souffrance. C'est par excellence la vertu des "héros". Ils vont au-delà de leurs limites pour le bien d'autrui ou pour rendre témoignage à la vérité et à la justice. La vertu de force va de pair avec le sacrifice.
la vertu de force donne la persévérance qui permet d'aller jusqu'au bout. Cette force n'est pas seulement humaine. Il y faut le Don de force du Saint-Esprit. Le fruit de la persévérance c'est la joie. Hors de cette joie de la durée jusqu'au bout, il y a le malheur qui est la désespérance et la peur.
En Occident, la vertu de force a connu au cours des siècles, chez les penseurs et les acteurs de la vie sociale, politique et économique, une érosion douce, puis forte avec l’existentialisme et le positivisme.
Le Catéchisme de l'Eglise catholique donne une belle définition de cette vertu : " La force est la vertu morale qui assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien. Elle affermit la résolution de résister aux tentations et de surmonter les obstacles dans la vie morale. La vertu de force rend capable de vaincre la peur, même de la mort, d'affronter l'épreuve et les persécutions. Elle dispose à aller jusqu'au renoncement et au sacrifice de sa vie pour défendre une juste cause "
Notons que la vertu de force, comme toutes les vertus morales, peut être naturelle ou surnaturelle. La première est acquise par nos forces naturelles, tandis que la deuxième est directement infusée par Dieu dans nos âmes avec la grâce sanctifiante.
Toute vertu, étant un habitus opératif, est essentiellement ordonnée à l'acte. Or de tout ce que nous avons déjà dit sur l'objet de cette vertu s'ensuit qu'elle est ordonnée à deux sortes d'acte, qui sont relatifs au double objet formel dont nous avons déjà parlé, c'est à dire réprimer la crainte et modérer l'audace. Ces deux actes de la force s'appellent " agresser " agredi et " supporter " sustinere ; le premier va attaquer de façon active et il utilisera pour cela l'audace raisonnablement modérée ; le deuxième va consister à rester ferme au milieu des dangers subis, et pour cela la force s'appliquera à réprimer la crainte disproportionnée qui affole l'esprit.
Entre ces deux actes on peut établir une hiérarchie, et saint Thomas nous enseigne que l'acte de " supporter " est plus excellent que celui d' " agresser ". Et voici les trois raisons sur lesquelles s'appuie le Docteur Angélique pour penser ainsi :
* D'abord il est plus difficile de lutter contre quelqu'un qui est plus fort que contre quelqu'un qui est plus faible. Or, supporter est l'acte du plus faible par rapport au plus fort, car celui qui agresse le fait normalement parce qu'il est plus fort.
* En second lieu, il est plus difficile de rester ferme devant un danger présent que devant un danger futur. Or, celui qui supporte souffre déjà le danger comme quelque chose qui est présent, tandis que celui qui agresse se dirige vers le danger comme quelque chose de futur.
* Troisièmement, supporter demande une certaine durée dans le temps, alors qu'agresser est un acte qui peut s'accomplir très rapidement, et il est clair qu'il est plus difficile de rester longtemps dans le danger.
Contre cette vertu on peut pécher de deux façons, soit par excès soit par défaut.
- Par excès : il s'agit de la témérité, par laquelle on ne craint pas les choses qu'il faut craindre raisonnablement, ou par laquelle on s'expose à des dangers sans un motif proportionné. Ce péché dérive souvent de la superbe qui fait croire ses forces plus grandes qu'elles ne le sont en vérité. Dans la pratique de certains sports ou exercices physiques particulièrement à risque, on peut se trouver dans l'occasion de commettre de tels péchés.
- Par défaut : la lâcheté, ou timidité excessive qui fait fuir devant certains dangers auxquels l'homme peut et doit s'exposer. Une espèce particulière de ce péché apparaît quand, à cause du respect humain, on n'accomplit pas ses devoirs moraux par crainte des commentaires ou des jugements des autres.
La Force est l'unique vertu cardinale qui ne peut pas être divisée en espèces. Ceci est dû à ce qu'elle a un objet très précis : le danger de mort ; c'est pourquoi la force est appelée " species specialissima ". Néanmoins il y a plusieurs vertus qui ont une relation avec la force, en tant qu'elles sont ses parties potentielles*. Ce sont
la magnanimité, la magnificence, la patience et la persévérance. Voyons chacune d'elles:
La magnanimité, ou grandeur d'âme (magnum animum) : elle nous incline à faire des grandes actions pour la gloire de Dieu et le bien du prochain. On en trouve un exemple dans la vie de St Jean-Baptiste de la Salle, quand ayant renoncé à sa charge de chanoine et à tous ses biens, il fit le voeux de mendier si cela était nécessaire plutôt que d'abandonner la cause des écoles pour les enfants pauvres.
La magnificence nous incline à employer avec largesse nos propres biens, et en particulier l'argent, sans rien ambitionner d'autre que la gloire de Dieu et le bien du prochain. Elle a pour objet concret les très grandes dépenses car la vertu qui règle les dépenses modérées est la libéralité.
La patience est la vertu par laquelle nous supportons les maux physiques ou moraux avec paix et sans tomber dans la tristesse. Par cette vertu, et surtout quand elle est éclairée par la lumière de la foi, beaucoup d'âmes se sont élevées depuis la résignation et l'acceptation des épreuves, jusqu'à l'amour de ces mêmes épreuves, qui sont ainsi finalement devenues, pour ces âmes, une source de joie.
La persévérance est l'habitus qui nous incline à persister dans l'exercice des vertus, sans nous laisser décourager par les difficultés ou la durée, peut être longue, de notre action.
" Je peux tout en Celui qui me fortifie " (St Paul)
Synthèse de plusieurs extraits sur la vertu de Force
Posté le 08.07.2008 par auto23652
Le double visage de la Prudence
La vertu de Prudence
La prudence est la vertu sans panache. «De quelque manière qu’on l’envisage, précise Rousseau, on lui trouve toujours plus de solidité que d’éclat, et elle sert plutôt à faire valoir les autres vertus qu’à briller par elle-même.» Dans l'acte héroïque, on voit le courage, on ne voit pas la prudence qui en a assuré la réussite. L'homme prudent, s'il n'est que prudent, attirera le mépris plus que l'admiration. Être prudent, pour plusieurs, c'est être pusillanime.
Mais pourquoi les grands philosophes, à commencer par Aristote, ont-ils accordé tant d'importance à cette vertu? Pourquoi l'Église catholique en a-t-elle fait une vertu cardinale? Parce qu'elle est l'art de composer avec les situations complexes où nous plonge l'action. Parce que c'est sur elle et sur elle seule que l'on peut miser pour protéger les libertés en empêchant la prolifération des normes et la substitution de la règle de droit à la règle sociale. Sans doute aussi parce qu'elle s'apparente au kairos, cette aptitude à saisir l'occasion opportune, que Pindare considérait comme une chose divine.
À l'âge de la complexité, la vertu de prudence ne devrait-elle pas être au centre de nos préoccupations? Faut-il réduire l'effet de serre, prévenir le réchauffement de la planète? La science ne fournissant que des réponses probables, c'est sur la prudence de nos leaders qu'il nous faut miser. Le principe de précaution est une règle de prudence. Plus les réponses de la science seront certaines, plus les défenseurs du principe de précaution mériteront le nom de sage. Si Aristote range la prudence parmi les vertus intellectuelles, il ne pense pas qu'elle repose sur la science, comme la sagesse, qu'il place pour cette raison au-dessus d'elle.
Comment cette vertu s'acquiert-elle? Dans l'action, par l'exemple, par l'étude de l'histoire et, à la base, par une formation générale équilibrée. Composer avec les circonstances tient parfois du génie tant les variables sont nombreuses et imprévisibles dans leur déroulement. Leibniz a dit de la musique qu'elle est «une mathématique de l'âme qui compte sans savoir qu'elle compte.» De même la prudence prend souvent la forme d'une alacrité de l'âme qui décide avant de s'être explicitée à elle-même les mobiles de sa décision. On s'en remet alors à son inconscient comme à son conseiller le plus fiable. On récolte, en situation d'exception, les fruits de l'attention aux faits que l'on pratique en temps normal.
Attention, sagacité, perspicacité, mémoire et souci du présent, sensibilité et froide raison, vue d'ensemble et sens du détail, voilà quelques-unes des composantes de la prudence, le sens des responsabilités étant la clé de voûte de cet ensemble.
Thomas d'Aquin évoque la sagacité à propos de la prudence, or ce mot désignait à l'origine la finesse de l'odorat, pour devenir ensuite synonyme de subtilité d'esprit. Ce fait donne une juste idée de la variété des sens, des facultés et des qualités qui rendent la prudence possible.
Dans le discours public de ce début de millénaire, c'est la transparence plutôt que la prudence qui apparaît comme la vertu qu'il faut exiger des dirigeants. Quelle influence cette façon de voir aura-t-elle sur la formation dispensée dans les écoles? L'habitude de la transparence s'acquiert le plus facilement du monde, surtout là où le vide intérieur est le plus grand. Pour préparer les jeunes à cette pseudo vertu, il suffit de cultiver chez eux la spontanéité et l'exbitionnisme. Alors que pour devenir prudent, on doit développer toutes ses facultés, celles du corps autant que celles de l'âme, celles qui s'actualisent dans l'action comme celles qui s'actualisent dans l'étude.
extrait de l'encyclopédie de L'Agora
Posté le 05.07.2008 par auto23652
détail du tombeau de François II en la cathédrale de Nantes: La tempérance
La Vertu de Tempérance
La tempérance est (avec la prudence, la force et la justice) l’une des quatre vertus cardinales, dans la philosophie réaliste comme chez le philosophe grec Aristote. Thomas d'Aquin reprendra cette classification en fondant toute sa morale du bonheur sur les vertus cardinales. Il y ajoutera les vertus théologales (qui sont la foi, l’espérance et la charité) et les dons de l’Esprit Saint qui forment toute la structure anthropologique de la personne « mise debout » dans sa nature et par la grâce.
La vertu de tempérance est liée aux trois autres vertus cardinales : on ne peut être vraiment prudent, ni vraiment juste, ni vraiment fort, si l’on ne possède pas aussi la vertu de tempérance. Cette vertu conditionne indirectement toutes les autres vertus - mais toutes les autres vertus sont indispensables pour que l’Homme soit tempérant (ou sobre).
Le terme de tempérance semble se rapporter en quelque sorte à ce qui est hors de l’Homme (nourriture, boisson, etc.) Cette référence à des éléments extérieurs à l’Homme a son fondement dans l’Homme. La vertu de tempérance permet à chaque Homme de faire triompher son « moi supérieur » sur son « moi inférieur ». Cette maîtrise met en valeur le corps. La vertu de tempérance fait en sorte que le corps et nos sens trouvent la juste place qui leur revient dans l’être humain. Possède la vertu de tempérance celui qui sait se maîtriser, celui qui ne permet pas à ses passions de l’emporter sur la raison, sur la volonté et aussi sur le cœur.
Cette vertu est appelée aussi sobriété. Cette humilité est nécessaire à l’harmonie intérieure de l’Homme, à sa beauté intérieure - et à sa santé (psychique et physique).
Pour les Grecs (Platon et Aristote notamment), la tempérance (ou modération, autre terme pour traduire le grec sophrosune) est une vertu essentielle, qui vise à contrer un vice qui hantait les Grecs : la démesure, ou hubris.
La Tempérence : Jean Paul II
La tempérance, maîtrise de soi.
On ne peut être vraiment prudent, ni vraiment juste, ni vraiment fort, si l'on ne possède pas aussi la vertu de tempérance. On peut dire que cette vertu conditionne indirectement toutes les autres vertus. Mais il faut dire aussi que toute les autres vertus sont indispensables pour que l'homme soit tempérant (ou sobre).
Le terme même de tempérance semble se rapporter en quelque sorte à ce qui est hors de l'homme. En effet, est tempérant, dit-on, celui qui n'abuse pas de nourriture, de boisson, de plaisirs, celui qui ne boit pas trop d'alcool, qui ne laisse pas sa conscience s'anéantir par la drogue, etc. Cette référence à des éléments extérieurs à l'homme a son fondement dans l'homme. C'est comme si en chacun de nous existait un moi supérieur et un moi inférieur. Dans notre moi inférieur s'exprime notre corps et tout ce qui lui appartient : ses besoins, ses désirs, ses passions, celles des sens avant tout.
La vertu de tempérance permet à chaque homme de faire triompher son moi supérieur sur son moi inférieur. Est-ce là une humiliation de notre corps ? Une diminution ? Non, au contraire ! Cette maîtrise met en valeur le corps. La vertu de tempérance fait en sorte que le corps et nos sens trouvent la juste place qui leur revient dans notre être humain. Possède la vertu de tempérance celui qui sait se maîtriser, celui qui ne permet pas à ses passions de l'emporter sur la raison, sur la volonté et aussi sur le coeur. L'homme qui sait se maîtriser ! S'il en est ainsi, il est facile de comprendre la valeur fondamentale et le caractère indispensable de la vertu de tempérance. Oui, elle est indispensable pour que l'homme soit pleinement homme. Il suffit de regarder celui qui se laisse entraîner par ses passions et en devient la victime, renonçant de lui-même à l'usage de la raison pour comprendre clairement qu'être homme c'est respecter sa propre dignité et donc, se laisser guider par la vertu de tempérance.
Cette vertu est appelée aussi sobriété. C'est juste ! En effet, pour être en mesure de maîtriser nos passions, la convoitise de la chair, les explosions de la sensualité etc., nous ne devons pas aller au-delà des justes limites imposées à nous mêmes et à notre moi inférieur. si nous ne respectons pas ces justes limites, nous ne serons pas à même de nous dominer. Cela ne veut pas dire que l'homme vertueux ne puisse pas être spontané, ne puisse pas exprimer sa joie, ne puisse pas pleurer, ni exprimer ses prores sentiments; cela ne veut pas dire qu'il doive devenir insensible, indifférent, comme un bloc de glace ou de pierre. Non, en aucune manière ! Il suffit de penser à Jésus pour s'en convaincre. La morale chrétienne ne s'est jamais identifiée avec le stoïcisme. Au contraire, si l'on considère toute la richese des sentiments dont chaque homme est capable - chacun de manière différente d'ailleurs : l'homme à sa façon, la femme à la sienne - , il faut reconnaître que l'homme ne peut atteindre cette spontanéité adulte, que par un travail incessant sur lui-même, en contrôlant tout son comportement. C'est cela la vertu de tempérance, de sobriété.
Je crois que cette vertu exige aussi de notre part l'humilité devant les dons que Dieu a offerts à notre nature humaine. Je dirais : humilité du corps et humilité du coeur. Cette humilité est nécessaire à l'harmonie intérieure de l'homme, à la beauté intérieure de l'homme, à la beauté intérieure de la femme. Que chacun y réfléchisse, les jeunes surtout, et plus encore les jeunes filles... A l'âge ou l'on tient tant à être beaux ou belles pour plaire aux autres ! N'oublions pas que l'homme doit être beau d'abord à l'intérieur. Sans cette beauté, tous les efforts entrepris pour embellir le corps ne feront ni d'elle ni de lui, une personne vraiment belle !
D'ailleurs, n'est-ce pas le corps, la santé qui subissent des dégâts lorsque l'homme ne pratique pas la vertu de tempérance, de sobriété ? Les statistiques et les bulletins de santé de tous les hôpiteaux du monde en disent long à ce sujet ! Les médecins des centres de consultation où se rendent les époux, les fiancés et les jeunes ont une grande expérience dans ce domaine.
Il est vrai que nous ne pouvons pas dire qu'une personne est tempérante ou non, exclusivement d'après sa santé psychique et physique; cependant, c'est prouvé, l'absence de cette vertu porte atteinte à la santé.
(Jean-Paul II 22 novembre 1978)
Posté le 04.07.2008 par auto23652
Main de justice, l'une des regalia en France ; elle symbolisait au Moyen Âge le pouvoir de juger du roi
La Vertu de Justice
la vertu de Justice est la première des Vertus Cardinales. Les Trois autres sont la Tempérance, la Prudence et la Force. Ces quatre Vertus Cardinales soutiennent l'homme vertueux. Cependant un chrétien ne peut ignorer que ces quatre vertus sont incomplêtes si elles ne sont accompagnées des trois Vertus Théologales qui sont le Foi, l'Espérance et la Charité. Mais revenons à la Justice. Notre monde moderne veut les ignorer dans sa superbe. Construire une société sans les vertus essentielles, n'est-ce pas construire sur du sable...Nous verrons que depuis l'antiquité, la Justice a été au centre des débats philosophiques. La justice est dabord une disposition interieure de l'homme vertueux,
Le nom justice est hérité du latin justitia (même sens), dérivé de justus, « conforme au droit », lui-même de jus / juris, « (le) droit ». Le sens premier de jus est religieux : c'est la « formule religieuse qui a force de loi » , ce qui explique la parenté avec un terme comme jurare, « jurer » (c'est-à-dire « s'engager au moyen d'une formule sacrée » ). En effet, dans l'Antiquité le serment était sacré : on s'engageait personnellement à subir des peines infligées par les dieux en cas de manquement.
Main de justice, l'une des regalia en France ; elle symbolisait au Moyen Âge le pouvoir de juger du roi. Le terme semble indo-européen : on trouve en sanskrit yós, « salut ! », qui pourrait lui être lié. Lui répond en avestique le radical yaoš- dans le verbe yaoš-dā-, « purifier » (yaož-daδāiti, « il donne le yaoš »). Tous ces termes permettent de poser un radical commun *yew- (qui expliquerait qu'on ait en latin jū-s, avec /u/ long). Ils semblent aussi tous trois liés à la religion, mais le détail reste flou. Un autre radical est souvent utilisé pour représenter la justice, celui pour « montrer », « désigner », *diḱ-, que l'on a dans le grec δίκη díkê, « justice » ou en latin dans judex (c'est-à-dire ju-dek-s), proprement : « celui qui montre (le droit) ». Ce terme donne en français le mot « juge ».
La justice, étymologiquement, est donc d'ordre divin : les hommes se doivent de respecter, mutatis mutandis, les lois éternelles édictées par les dieux. Du reste, jurare signifie aussi « prononcer un juron » (ce dernier nom étant lui aussi dérivé du même radical). Le glissement de sens s'explique si l'on sait que les jurons antiques s'approchaient souvent de formules sacrées détournées. Par exemple, Hercle, « par Hercule ! », ou ecastor, « par Castor ! » appartiennent bien au registre familier, de même que morbleu (« mort de Dieu ») ou « palsambleu » (« par le sang de Dieu »), qui montrent clairement leur origine blasphématoire (on pourrait aussi citer nombre de jurons québécois de ce type, qui, au contraire des deux exemples français cités, restent très vivants, comme tabernac(le) ou crisse, c'est-à-dire « Christ »).
La justitia latine, cependant, ainsi que le jus se sont de bonne heure séparés de la religion, même si les premiers textes, ceux des douze tables, par exemple, vouent les contrevenants à la malédiction : patronus si clienti fraudem fecerit, sacer esto, « si un client trompe son patron, qu'il soit maudit » En conclusion, la justice est là pour faire le bien et non le mal.
La justice est la vertu par laquelle on rend à chacun son dû, elle se charge du respect des droits d’autrui. L’institution judiciaire a le pouvoir de dire le droit, de le faire respecter au nom de la loi et de la vérité. Le pouvoir judiciaire est l’ensemble des tribunaux et magistrats qui jugent les infractions. D'un point de vue moral et philosophique, la justice est un terme ambigu, parce qu'il peut désigner la justice telle qu'elle existe dans une société (l'institution judiciaire), ou la justice en tant que trait de caractère d'un individu (la vertu). La différence entre ces deux sens apparaît bien si l'on remarque que la justice sociale peut se passer de la justice comme disposition vertueuse sans devenir injuste, alors que la justice en tant que vertu est ce qu'elle est en tant que disposition interne.
Cette distinction fait en outre apparaître une tension fondamentale de la philosophie politique et morale : la justice sociale doit-elle se fonder sur la vertu des citoyens, et sinon, cela n'entraîne-t-il pas nécessairement des conflits entre l'homme juste et le même homme en tant que citoyen ? Par exemple, un bon citoyen (i.e. qui respecte les lois) peut-il être en même temps injuste (i.e. du point de vue de la vertu) ? Et, inversement, un homme juste est-il nécessairement un bon citoyen ?
Il convient de remarquer que le concept de justice en tant que vertu appartient essentiellement à la philosophie morale antique et qu'il s'oppose à la conception libérale de la justice moderne.
Pour comprendre la portée de cette problématique, il faut commencer par déterminer le concept de justice en tant que disposition ou vertu individuelle
La justice est définie par Platon comme un certain état de l'âme :
une âme juste est guidée par sa connaissance du Bien ;
cette disposition consiste à se gouverner suivant la raison ;
par suite, une âme juste maîtrise ses passions ;
enfin, une telle âme peut être dite harmonieuse, belle, forte et en bonne santé, parce qu'elle se tient à l'écart de l'injuste, i.e. du dérèglement des passions.
Ainsi, en tant que vertu, la justice rapporte l'action droite à un état interne de l'individu, et non à des normes sociales externes ou à d'autres normes telles que les conséquences de nos actes.
Plus que tout autre, Aristote est considéré comme le philosophe de la vertu. Mais, au contraire de Platon, il fait dépendre la vertu d'une situation, et en conséquence, d'éléments extérieurs à l'action de l'homme vertueux.
Posté le 03.07.2008 par auto23652
De Imitatione Christi: l'Imitation de Jésus Christ
Depuis longtemps je soutenais ma vie spirituelle avec la pure farine contenue dans l'Imitation. Ce petit livre ne me quittait jamais, en été dans ma poche, en hiver dans mon manchon. J'en connaissais par coeur presque tous les chapitres. » Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, Histoire d'une âme
« L'Imitation de Jésus Christ est à la mystique de l'Eglise ce que la Somme Théologique de saint Thomas d'Aquin est à la scolastique : le chef-d'œuvre contenant le plus pur esprit de la doctrine dans son expression achevée » Mgr Puyol, lettres apostoliques
« L'Imitation de Jésus-Christ est le plus beau qui soit parti de la main d'un homme, puisque l'Évangile n'en vient pas » Fontenelle
Qu'il faut imiter Jésus-Christ, et mépriser toutes les vanités du monde
L'Imitation de Jésus-Christ (en latin De imitatione Christi) est une œuvre anonyme de piété chrétienne de la fin du XIVe siècle ou du début du XVe, représentative du mouvement de réforme spirituelle appelé devotio moderna qui a été illustré par Jean de Ruysbroek. On accorde actuellement cette œuvre à Thomas a Kempis.
Son attribution est discutée. Il a été question de l'Italien Jean Gersen, de l'ordre de Saint Benoît, de Jean Gerson, chancelier de l'université de Paris, du mystique néerlandais Gérard Groote. Selon l'opinion qui prévaut aujourd'hui, l'auteur serait Thomas a Kempis, moine allemand du monastère augustin du Mont Sainte-Agnès situé à Windesheim, en Hollande.
En effet, douze contemporains attribuent l'Imitation à Thomas a Kempis[1] : Jean Busch (1400-1479) ; Hermann Ryd (1408-1483) ; Jean Monbrun (1460-1502) ; Adrien de But (1480) ; Wessel Gandsfrod (1489) ; Farinator ; Peter Schott ; Trithème ; Pirckamer ; Martin Simus ; le biographe anonyme de Thomas a Kempis ; l'éditeur de la première traduction francaise de l'Imitation en 1493. Tous affirment plus ou moins nettement la paternité de l'ouvrage à Thomas a Kempis.
Le texte est divisé en quatre parties :
Avertissements utiles à la vie spirituelle (admonitiones ad vitam spiritualem utiles)
Avertissements entraînant à la vie intérieure (admonitiones ad interna trahentes)
De la consolation intérieure (de interna consolatione)
Exhortation à la sainte communion (de sacramento).
Il commence effectivement par ces mots :
« Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, dit le Seigneur. Ce sont les paroles de Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du cœur ».
L'œuvre est assez simple et faite surtout d'aphorismes et de maximes sans aucune prétention théologique. Elle alimenta la dévotion et la prière de nombreux générations de chrétiens, surtout des laïcs, qui cherchaient dans leur vie quotidienne à vivre suivant les préceptes du Christ (d'où son titre). Elle donne beaucoup d'importance à l'humilité, à la résignation et l'abnégation, qui sont des vertus chrétiennes un peu oubliées de nos jours. Ce livre de piété peut d'ailleurs poser de saintes interrogation sur l'air du temps...
Du point de vue de la librairie, l’Imitation est un succès qui ne se dément pas depuis des siècles. En 1450, il en existait plus de deux cent cinquante manuscrits. De nouvelles éditions sortent encore régulièrement. Les traductions de Pierre Corneille et Félicité Robert de Lamennais furent republiées récemment dans des collections de poche, en 1978 et 1998 respectivement.
Le texte de l'Imitation est composé de façon à être lû en rythme, selon les mesures métriques grégoriennes. En effet, un manuscrit de l'Imitation de 1441[3] comporte une ponctuation métrique telle qu'elle suggère de lire chaque phrase selon un rythme précis, tel la lecture des psaumes.
Parmi la centaine de traduction française de l'Imitation, les plus célèbres et les plus recommandées sont celles de Marillac (1621), Sacy (1662), Pierre Corneille (traduction en vers), Gonnelieu (1712), Lallemant (1740), Gence (1820), Genoude (1822), Lamennais (1825), Darboy (1855).
Posté le 01.07.2008 par auto23652
Les vertus
Les vertus cardinales
Le christianisme considère que les vertus cardinales, reprises de l'Antiquité, jouent un rôle charnière (d'où leur nom de « cardinales », du latin cardo : charnière, pivot) dans l'action humaine et parmi les autres vertus. Leur nombre est de quatre :
la prudence, qui dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance le véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir ;
la tempérance, qui assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l’honnêteté, procurant l’équilibre dans l’usage des biens ;
la force, c'est-à-dire le courage, qui assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien, affermissant la résolution de résister aux tentations et de surmonter les obstacles dans la vie morale ;
la justice, qui consiste dans la constante et ferme volonté de donner à chacun ce qui lui est dû.
Les vertus sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent les actes, ordonnent les passions et guident la conduite. Elles procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement bonne. L’homme vertueux, c’est celui qui librement pratique le bien.
Ce groupe de quatre vertus est mis en évidence par Platon, suivi par Aristote et par les philosophes stoïciens. Il est également connu dans le judaïsme hellénisé (Philon d'Alexandrie, IVe livre des Maccabées) et chez les Pères de l'Église.
On le trouve dans un livre grec de l'Ancien Testament, le livre de la Sagesse (8,7) :
Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont les fruits de ses travaux, car elle enseigne tempérance et prudence, justice et force.
Les vertus théologales
Dans la religion chrétienne, les vertus théologales sont les vertus ayant Dieu pour objet (I Co 13,13). Elles adaptent les facultés de l’homme à la participation de la nature divine (cf. II P 1,4). Elles sont les conséquences de la grâce.
Elles disposent l'homme à vivre en relation avec Dieu. Au Ciel, seule la charité subsistera, sous la forme de la vision directe de Dieu.
Les vertus théologales sont au nombre de trois :
la foi ;
l'espérance ;
la charité, c'est-à-dire l'amour de Dieu et de son prochain pour l’amour de Dieu.
Ce groupe tire son origine d'un passage fameux de la Première Épître de saint Paul aux Corinthiens (I Co 13, 13) : « Maintenant donc, ces trois-là demeurent, la foi (pistis), l’espérance (helpis) et l’amour (ou : charité, agapè) mais l’amour est le plus grand. »
Ces vertus sont infusées par Dieu dans l’âme des fidèles pour les rendre capables d’agir comme ses enfants et de mériter la vie éternelle. Elles sont le gage de la présence et de l’action du Saint Esprit dans les facultés de l’être humain
Dans la perspective chrétienne, les vertus humaines acquises par l’éducation, par des actes délibérés et par une persévérance toujours reprise dans l’effort, sont purifiées et élevées par la grâce divine. Avec l’aide de Dieu, elles forgent le caractère et donnent aisance dans la pratique du bien. L’homme vertueux est heureux de les pratiquer. Les vertus sont les fruits et les germes des actes moralement bons ; elles disposent toutes les puissances de l’être humain à communier à l’amour divin.
Vertu cardinale, la justice est appelée « vertu de religion » quand il s'agit de justice envers Dieu.
Saint Paul rappelle que les vertus théologales ne sont pas toutes trois destinées à durer éternellement. À la fin des temps selon le christianisme, le retour de Dieu sera une évidence – et la foi n'aura donc plus de raison d'être, aucun doute ne pouvant subsister sur ce dont on est en permanence témoin. L'espérance, ne sera pas davantage de mise puisque, tout étant accompli, il n'y aura plus lieu d'espérer quoi que ce soit de supplémentaire. Seule subsistera donc, dit-il, la charité – ou amour.
La représentation symbolique des vertus
Dans les œuvres littéraires et les œuvres d'art du Moyen Âge et de la Renaissance, les vertus sont généralement représentées sous les traits de femmes.
Les vertus sont représentées avec des attributs symboliques, qui varient selon les artistes et les auteurs. Néanmoins certains attributs donnent lieu à de nombreux réemplois, par exemple :
pour la prudence : miroir et serpent ;
pour la tempérance : deux récipients avec l'eau passant de l'un à l'autre ;
pour la force : glaive ;
pour la justice : balance.
pour la foi : livre (contenant la doctrine chrétienne), ostensoir (contenant l'hostie consacrée) ;
pour l'espérance : ancre (fermeté dans la tempête, même invisible) ;
pour la charité : bras ouverts, enfants accueillis ou nourris.
Les vertus peuvent être représentées par les symboles suivants : croix tréflée ou colombe pour la foi, ancre ou barque pour l'espérance, cœur enflammé pour la charité.
À la Renaissance, certains ouvrages se sont attachés à normaliser ces attributs ou à les rencenser tout en fournissant des explications sur leur origine et leur symbolique. Le plus connu est l' Iconologia (1593) de Cesare Ripa, qui sera suivi de nombreux autres livres d'emblèmes.
Les vertus morales
L'honneur
L'Eutrapélie, la vertu de la récréation
La vertu de bienveillance
La vertu d'exactitude
La vertu de gratitude
La vertu de bonne humeur
La vertu de discrétion
Le jeûne et l'abstinence
Les dons du Saint Esprit
Le don de crainte
Le don de piété
Le don de force
Le don de conseil
Le don d'intelligence
Le don de science
Le don de sagesse
Posté le 04.06.2008 par auto23652
La cupidité
L'enseignement lumineux de Jésus-Christ
La mentalité païenne, très centrée sur les jouissances physiques et matérielles et sur la recherche des honneurs, donnait une grande importance à l'avoir et au pouvoir. Cette mentalité foncièrement matérialiste déteignait fortement sur ceux des Juifs qui s'adonnaient au commerce ou étaient constitués en autorité, comme les docteurs de la Loi, dont l'Évangile nous dit qu'ils aimaient l'argent, c'est-à-dire qu'ils étaient cupides (Lc. 16.14). Aux païens devenus chrétiens et aux juifs convertis, saint Paul inculque, sous le nom de piété, une religion vraie, sincère, désintéressée, non considérée ou pratiquée comme une source de profits, mais toujours jointe à la modération :
"Elle est d'un grand profit, la piété jointe à la modération, écrit-il à Timothée (I Tim. VI, 6-10). Car nous n'avons rien apporté dans le monde, et nous n'en pouvons non plus rien emporter. Ayant la nourriture et les vêtements, contentons-nous en. Quant à ceux qui veulent s'enrichir, ils tombent dans la tentation et le piège, et dans beaucoup de convoitises insensées et honteuses, qui précipitent les hommes dans la ruine et la perdition. Car la racine de tous les maux est l'amour de l'argent : quelques-uns, pour s'y être livrés, ont erré loin de la foi et se sont infligés à eux-mêmes des douleurs nombreuses."
En accord avec les sages de l'Antiquité, mais avec beaucoup plus de profondeur, la sagesse chrétienne a dénoncé le grand désordre moral de la cupidité ou avarice. Jamais sage n'a condamné le mal de la cupidité en termes plus clairs et plus précis que Jésus-Christ dans l'Évangile.
Autant par l'exemple de sa vie que par sa doctrine, Jésus, dès sa naissance dans une étable à Bethléem, s'attaque à l'attachement aux richesses comme à une source principale de malheur pour les hommes. Il commence son sermon inaugural où il expose son programme spirituel, par la béatitude de la pauvreté : "Bienheureux, vous qui êtes pauvres, proclame-t-il, car le royaume des cieux est à vous"... En contrepartie, il veut faire comprendre que la voie du désir et de l'accumulation des richesses est une voie de malheur : "Malheur à vous, les riches, car vous avez reçu votre consolation" (Lc 6, 20-24). Non que Jésus méprise les riches et les condamne, car il est venu pour sauver les pauvres et les riches. C'est l'attachement aux richesses qu'il condamne, c'est-à-dire l'amour de l'argent, la cupidité ou avarice. Il y voit le premier obstacle pour entrer dans le royaume des cieux, pour vivre en enfants de Dieu et pour marcher à sa suite dans l'humilité et l'obéissance d'amour au Père ; il voit donc dans la cupidité l'obstacle premier à cette conversion du coeur qui ouvre le ciel.
Il ne faut pas se méprendre sur le langage de Jésus. Lorsqu'il dit : "Bienheureux les pauvres", ce n'est pas aux pauvres de biens matériels qu'il pense, car il y a beaucoup de pauvres qui sont très attachés aux biens de la terre. Il s'adresse à tous ceux qui ont l'esprit de pauvreté, qu'ils soient démunis ou comblés, ceux dont le coeur est détaché des richesses, et qui sont ainsi disposés à tout quitter pour le suivre, si telle est la volonté de Dieu sur eux. Dans la bouche de Jésus, la béatitude de la pauvreté est la béatitude de la sagesse de ceux qui sont libres intérieurement vis-à-vis de l'argent, et que la crainte de manquer de quoi que ce soit ne retient pas de faire part de leurs biens aux indigents. Ces hommes détachés de leurs biens et au coeur miséricordieux sont incomparablement plus sages que les plus habiles des hommes d'affaires qui ne pensent qu'à augmenter leur avoir, car ils savent se servir de l'argent, si souvent mal employé, pour se faire des amis qui les accueilleront dans les demeures éternelles. (Lc. 16, 9).
L'anathème que porte Jésus contre les riches - ceux qui aiment l'argent - sonne comme l'annonce du malheur irréparable que se préparent les insensés qui sont attachés à des biens qui passent et qui ne pourront jamais leur procurer le vrai bonheur. Les cupides sont insensés, parce que, pensant et voulant être heureux sur la terre, ils compromettent leur bonheur éternel. Ainsi, pour Jésus, la victoire sur la cupidité par le détachement des richesses n'est pas seulement, comme pour les philosophes grecs, la condition d'une félicité naturelle ; c'est une condition pour obtenir le bonheur éternel.
Posté le 03.06.2008 par auto23652
Prévarication (prévaricateur) - Notion. Le prévaricateur (du latin praevaricator) est celui qui trahit les intérêts qu’il a charge et mission de défendre ; en d'autres termes, qui manque à son devoir d'état, à ses obligations professionnelles ou associative.
Règle morale. Puisqu'elle consiste, de la part de quelqu'un, à violer ses devoirs envers la collectivité, la prévarication est fermement condamnée par la loi morale, relayée par la loi naturelle.
Le prévaricateur est un menteur, doublé d'un simulateur et dissimulateur. Si le pouvoir, au lieu de se dévouer au sujet, l'opprime en l'exploitant à son profit ; s'il s'engraisse de sa substance, au lieu de le nourrir, l'ordre et toute organisation sont troublés ; il n'y a plus que le semblant de la loi et la prévarication domine.
Le manquement à un devoir qu’il aurait dû considérer comme sacré constitue, notamment pour un homme, une faute morale d'une gravité telle qu'elle doit être réprimée par une sanction; d'autant que son mobile est d'ordinaire intéressé, généralement pécuniaire, quand ce n'est l'orgueil pur. Ce crime a toujours été incriminé.
A trop aimer le pouvoir on tombe généralement dans la prévarication, qui est toujours précédée d'un certain cynisme!
La prévarication est le contraire de l'acte chevaleresque qui se résume à " fais ce que tu dois advienne ce que pourra"
Adam et Eve et la prévarication
J’entrerai maintenant dans l’explication de la prévarication du premier homme. Cette prévarication est une répétition de celle des esprits pervers premiers émanés ; quoiqu’elle parte de la propre volonté d’Adam, elle ne vient point immédiatement de sa pensée, cette pensée lui ayant été suggérée par les esprits prévaricateurs.
Mais la prévarication du premier homme est plus considérable que celle des premiers esprits, en ce que, non seulement Adam a retenu impression du conseil des démons en faveur desquels il a contracté une volonté mauvaise, mais encore il s’est porté à mettre en usage toute sa vertu et puissance divine contre le Créateur, en opérant au gré des démons et de sa propre volonté un acte de création, ce que les esprits pervers n’avaient pas eu le temps de faire, leur pensée et leur volonté mauvaises ayant été tuées par le Créateur qui arrêta aussitôt et prévint l’acte de l’opération de cette volonté. L’on demandera peut-être pourquoi le Créateur n’a pas agi contre la mauvaise volonté et l’opération inique du premier homme ainsi qu’il l’avait fait contre celle des esprits pervers ? Je répondrai à cela que l’homme, étant l’instrument préposé par le Créateur pour la punition des premiers esprits, reçut des lois d’ordre en conséquence.
Le Créateur laissa subsister ces lois d’ordre qu’il avait données à l’homme, ainsi que celles qui étaient innées dans l’esprit mauvais, afin que ces deux êtres opérassent conformément à leur pensée et à leur volonté particulière. Le Créateur étant un être immuable dans ses décrets et dans ses dons spirituels, comme aussi dans ce qu’il promet et ce qu’il refuse, de même que dans les peines et récompenses qu’il envoie à sa créature selon qu’elle le mérite, ne pouvait, sans manquer à son immutabilité, arrêter la force et l’action des lois d’ordre que l’esprit mauvais et l’esprit mineur ou l’homme avait eues. Il laissa agir librement les deux êtres émanés, n’étant point en lui de lire dans les causes secondes temporelles, ni d’en empêcher l’action sans déroger à sa propre existence d’Etre nécessaire et à sa puissance divine.
Si le Créateur prenait quelque part aux causes secondes, il faudrait de toute nécessité qu’il communiquât lui-même non seulement la pensée, mais encore la volonté bonne ou mauvaise à sa créature, ou qu’il la fît communiquer par ses agents
Texte d'un phylosophe inconnu du XIX
Posté le 03.06.2008 par auto23652
L'abbaye des Châteliers, où vécut Isaac de l'Étoile
Isaac de l' Étoile
Moine cistercien (XII ème siècle)
Isaac naquit en Angleterre. Condisciple de Thomas Becket et de Jean Bellesmain, il entra à l'abbaye de l' Etoile en Poitou, qui allait être affiliée à Pontigny. Critiqué pour sa théologie jugée trop spéculative, mais aussi défenseur de Thomas Becket dans son conflit avec Henri II Plantagenêt, il s'attira les représailles du prince et dut s'exiler dans l'île de Ré, à l'abbaye Notre-Dame des Châteliers. On a longtemps cru qu' il y était mort, mais des recherches récentes on établi qu'il avait sans doute pu regagner l'Etoile à la fin de sa vie.
Si ces démêlés ont empêché qu'il puisse être inscrit au catalogue des bienheureux, Isaac n'en fut pas moins un remarquable auteur à la spiritualité toute cistercienne. Dans une prédication sur le Sermon sur la montagne, donnée pour la Toussaint, il écrit : «C'est la Béatitude elle-même qui parle de la béatitude, c'est Celui qui s'est fait pauvre qui parle de la pauvreté, Celui qui est le pain qui parle de la satiété. »
Sermon de la Pentecôte
« Ces hommes craintifs, qui pendant la passion du Seigneur l’abandonnèrent sans rien dire, ou le renièrent, les voilà éloquents et pleins d’ardeur. O pauvres hommes qui naguère aviez peur des autres hommes ! D’où vous vient cette force soudaine, que désormais au-dessus des hommes vous ne craigniez plus les hommes ? Il y a peu de temps, par crainte des juifs, vous vous enfermiez dans une maison étroite et obscure : comment parlez-vous dans le temple avec si grande assurance ? (Sermon pour la Pentecôte, S.C. 339 p 72-76)